Dans l’Ain, le 119 submergé par les signalements de prostitution de mineurs
Le dispositif départemental Respire, lancé en novembre 2025, tente de répondre à un phénomène croissant qui dépasse les capacités d'alerte.
Le standard national d'alerte pour l'enfance en danger, le 119, enregistre un afflux massif d'appels en provenance de l'Ain concernant des faits de prostitution impliquant des mineurs. Un phénomène que le département tente d'endiguer depuis novembre 2025 avec le dispositif Respire, financé à hauteur de 600 000 € sur trois ans.
Le standard national d’alerte pour l’enfance en danger, le 119, enregistre un afflux massif d’appels en provenance de l’Ain concernant des faits de prostitution impliquant des mineurs. Un phénomène que le département tente d’endiguer depuis novembre 2025 avec le dispositif Respire, financé à hauteur de 600 000 € sur trois ans.
L’essentiel
- Standard saturé : Le 119 est débordé d’appels dans l’Ain signalant des cas de prostitution impliquant des mineurs vulnérables, selon Le Progrès (5 mai 2026).
- Dispositif Respire : Lancé le 4 novembre 2025 par le Conseil départemental, porté par l’Avema, financé à 600 000 € par l’État sur trois ans.
- 80 sollicitations en 15 jours : Dès son lancement, Respire a enregistré 80 alertes en quinze jours, selon Le Progrès (novembre 2025).
- 704 victimes en France en 2025 : Hausse de 43 % en quatre ans (depuis 2021), dont 94 % de filles, selon Libération (avril 2026).
- Entre 15 000 et 20 000 mineurs seraient concernés par la prostitution en France, selon des estimations citées par Le Progrès et le Conseil départemental de l’Ain.
Un standard qui ne désemplit plus
Le 119, numéro national de signalement pour l’enfance en danger, croule sous les appels dans l’Ain. Selon Le Progrès du 5 mai 2026, ces signalements portent spécifiquement sur des situations de prostitution ou d’exploitation sexuelle de mineurs, souvent très jeunes. Des cas de victimes âgées de 13 ans ou moins ont déjà été documentés dans le département, rappelle le même journal dans un article de novembre 2025.
Le phénomène est qualifié de « croissant et souvent invisible » par les professionnels du secteur. Les victimes sont recrutées par des réseaux qui opèrent notamment via les réseaux sociaux, loin des regards.
Respire : 80 alertes en quinze jours dès le lancement
Face à cette réalité, le Conseil départemental de l’Ain a lancé le 4 novembre 2025 le dispositif Respire. Il est porté par l’Association d’aide aux victimes et médiation dans l’Ain (Avema) et bénéficie d’une enveloppe de 600 000 € de l’État sur trois ans.
L’objectif : repérer les situations à risque, mettre à l’abri les jeunes victimes, accompagner les familles et former les professionnels. Une ligne dédiée fonctionne 24h/24 et 7j/7 au 06 86 16 83 77.
Le démarrage a été immédiat. Dès les quinze premiers jours, 80 sollicitations ont été enregistrées. Catherine Raffin, directrice du service enfance et famille au Département de l’Ain, a réagi sans détour, selon Le Progrès : « 80 sollicitations ont été enregistrées en 15 jours. C’est énorme, nous allons devoir nous adapter et envisager d’autres solutions. »
Ce chiffre a alerté les élus et les associations sur l’ampleur réelle du phénomène dans le département. La création de lieux d’accueil spécifiques est évoquée, selon les informations du Conseil départemental, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué à ce stade.
Des victimes de plus en plus jeunes, un recrutement passé au numérique
Le profil des victimes dans l’Ain correspond à la tendance nationale : majoritairement des filles, souvent issues de situations familiales fragilisées, recrutées via les réseaux sociaux. Des cas documentés montrent des victimes âgées d’à peine 13 ans, rappelle Le Progrès dans son enquête de novembre 2025.
Le passage au numérique a modifié les modalités de recrutement et compliqué le repérage pour les travailleurs sociaux et les forces de l’ordre. C’est précisément ce que Respire cherche à contrecarrer, en impliquant les établissements scolaires et les professionnels de la jeunesse dans le repérage précoce.
La protection des mineurs victimes d’exploitation sexuelle reste un enjeu documenté à l’échelle nationale. À titre d’exemple, en Guadeloupe, un ancien animateur a été mis en examen pour viols et placé en détention provisoire dans une affaire distincte impliquant des mineurs, illustrant la diversité des contextes d’exploitation.
Contexte dans l’Ain
L’Ain est un département de 660 000 habitants environ, marqué par une géographie contrastée entre zones périurbaines proches de Lyon et secteurs ruraux. Cette hétérogénéité complique le maillage des services sociaux et le repérage des situations à risque.
Le Conseil départemental de l’Ain gère la protection de l’enfance via son service enfance et famille. Le lancement de Respire marque une initiative propre au département, distincte du droit commun national, et financée en partenariat avec l’État. Le dispositif est présenté comme une réponse locale à un angle mort des politiques publiques.
Le département n’est pas isolé : d’autres territoires en Auvergne-Rhône-Alpes sont confrontés à des problématiques similaires, mais l’Ain fait figure de précurseur en matière de dispositif dédié à cette tranche d’âge et à ce type d’exploitation.
Une hausse nationale qui dépasse les frontières de l’Ain
À l’échelle de la France, les chiffres publiés en avril 2026 par Libération et BFMTV dressent un tableau préoccupant. En 2025, 704 mineurs victimes de prostitution ont été recensés par les services de l’État, dont 94 % de filles. C’est une hausse de 7 % par rapport à 2024 (659 victimes) et de 43 % depuis 2021.
Sur ces 704 victimes, 416 relèvent de faits de proxénétisme et 288 de recours à la prostitution. Par ailleurs, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur publiées en octobre 2025, le nombre de mineurs victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains enregistré par la police et la gendarmerie a augmenté de 22 % en 2024 par rapport à 2023, atteignant 490 victimes.
Les estimations les plus larges, citées par Le Progrès et le Conseil départemental de l’Ain, font état de 15 000 à 20 000 mineurs concernés en France, la grande majorité restant hors des radars institutionnels.
Ces chiffres placent la prostitution des mineurs parmi les sujets de protection de l’enfance les plus urgents en France. Des affaires judiciaires récentes illustrent d’autres formes de violence sur mineurs, comme le cas d’un animateur périscolaire parisien poursuivi pour agressions sur des fillettes, pour lequel dix-huit mois avec sursis ont été requis.
Ce que prévoit Respire pour la suite
Le dispositif Respire, accessible via la ligne dédiée au 06 86 16 83 77, couvre trois volets : le repérage des situations à risque, la mise à l’abri des victimes et l’accompagnement des proches et des professionnels. Le financement de 600 000 € court sur trois ans, ce qui couvre la période jusqu’en 2027-2028.
La question de la création de lieux d’hébergement ou d’accueil spécifiques pour les mineurs victimes de prostitution dans l’Ain est posée, selon le Conseil départemental, mais les modalités concrètes n’ont pas encore été arrêtées publiquement.
L’afflux d’appels au 119 signale en tout cas que la sensibilisation commence à porter ses fruits, même si les capacités de réponse restent à renforcer. Le Département devrait préciser ses orientations dans les prochaines semaines, selon les informations disponibles à ce stade.
Sources
- Le Progrès : Prostitution des mineurs : un standard débordé d'appels dans le département
- Ain.fr : Dispositif Respire – Conseil départemental de l'Ain
- Libération : Une tendance alarmante : la prostitution des mineures continue de progresser en France
- Le Progrès : Elles avaient à peine 13 ans, la prostitution des mineurs, cette réalité qui hante les pouvoirs publics