Angers : Bruno Séjourné alerte sur la propagation de l’inflation via les conflits géopolitiques
Le professeur d'économie de l'Université d'Angers et directeur de l'ESEMAP met en garde contre un effet de diffusion de la hausse des prix à l'ensemble de l'économie française.
Bruno Séjourné, professeur à l'Université d'Angers, a tiré la sonnette d'alarme lors d'une intervention à l'ESEMAP. Les tensions géopolitiques autour de l'Iran, d'Israël et des États-Unis font grimper les prix de l'énergie. Et le risque, selon lui, est que cette hausse se propage à toute l'économie.
Bruno Séjourné, professeur de sciences économiques à l’Université d’Angers et directeur de l’ESEMAP, a mis en garde contre une dynamique inflationniste nouvelle lors d’une intervention récente dans son établissement. En cause : les répercussions économiques du conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, déclenché fin février 2026.
L’essentiel
- 1,7 % : taux d’inflation en France en mars 2026 (INSEE), contre 0,9 % en février, soit un rebond de 0,8 point en un mois.
- +7,4 % : hausse des prix de l’énergie en mars 2026, principal moteur de la reprise inflationniste selon l’INSEE.
- +16 % : hausse du prix du Brent depuis fin février 2026, dépassant les 85 dollars le baril, selon La Finance pour Tous.
- 2,0 % : inflation IPCH harmonisée européenne en France en mars 2026 (INSEE), légèrement au-dessus des estimations provisoires.
- Citation directe : « Le vrai problème arrive lorsque l’inflation se diffuse à l’ensemble de l’économie », selon Bruno Séjourné, rapporté par Angers Villactu.
Un conflit au Moyen-Orient qui percute les marchés énergétiques
Le déclenchement de frappes aériennes conjointes américano-israéliennes sur des infrastructures iraniennes, fin février 2026, a provoqué une disruption immédiate sur les marchés énergétiques mondiaux. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part significative du pétrole mondial, est au cœur des tensions. Selon le site La Finance pour Tous, ces instabilités ont entraîné une hausse des primes d’assurance maritime en Europe et une flambée du Brent de plus de 16 % en quelques semaines.
Pour les ménages et les entreprises françaises, la traduction est directe : les prix du carburant repartent à la hausse. Les données INSEE de mars 2026 le confirment - l’énergie progresse de 7,4 % sur un an, après des mois de relative accalmie. La mobilisation contre la hausse des prix de l’énergie commence d’ailleurs à se manifester dans plusieurs territoires français.
L’alerte de Séjourné : le scénario de la diffusion
C’est précisément ce deuxième temps que redoute Bruno Séjourné. Dans son intervention à l’ESEMAP, l’économiste angevin a distingué deux phases : la hausse initiale des prix de l’énergie - mécanique, importée - et sa possible propagation à l’ensemble des prix de l’économie, via les coûts de production, la logistique, les salaires.
Ce mécanisme de diffusion, rappelle-t-il, avait été au cœur de la vague inflationniste de 2022-2023 en France. L’économiste fait partie du GRANEM, le Groupe de recherche angevin en économie et management, rattaché à l’Université d’Angers. Il suit ces dynamiques depuis plusieurs décennies.
En 2023, interrogé par Ouest-France, il avait déjà prévenu que les prix ne reviendraient pas à leur niveau d’avant la crise. Un avertissement qui s’inscrit dans la même logique : une fois l’inflation diffusée, elle laisse des traces structurelles.
Des chiffres nationaux qui donnent du crédit à l’alerte
Les dernières données de l’INSEE viennent appuyer l’analyse. En mars 2026, l’inflation française a rebondi à 1,7 % sur un an, après 0,9 % en février. Ce saut de 0,8 point en un seul mois est essentiellement porté par l’énergie. L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), utilisé pour les comparaisons européennes, ressort à 2,0 %, légèrement au-dessus des premières estimations.
Le Monde et France Info ont relayé ces chiffres fin mars. La dynamique rappelle, selon les économistes, le profil de 2022 : une flambée initiale sur l’énergie, suivie d’une contamination progressive aux autres postes de dépense. La dépendance structurelle de la France aux énergies fossiles renforce cette vulnérabilité aux chocs externes.
Contexte dans le Maine-et-Loire
Angers, préfecture du Maine-et-Loire (environ 160 000 habitants, premier pôle universitaire de l’Ouest après Nantes-Rennes), abrite l’Université d’Angers, établissement de taille intermédiaire qui forme plusieurs milliers d’étudiants en sciences économiques et de gestion chaque année. L’ESEMAP - École supérieure spécialisée en banque, finance et assurance - y est rattachée depuis la prise de direction de Séjourné en 1998.
Le tissu économique du département est fortement marqué par l’agroalimentaire, la viticulture et les entreprises industrielles de taille intermédiaire. Ces secteurs sont directement exposés aux hausses des coûts logistiques et énergétiques. Une diffusion de l’inflation aux prix de production pourrait peser sur des filières déjà fragilisées par les aléas climatiques.
La parole publique d’un économiste local sur un sujet macro-économique reste rare à Angers. L’intervention de Séjourné à l’ESEMAP s’inscrit dans une mission de vulgarisation que l’universitaire assume régulièrement, selon les médias locaux qui le suivent.
Un précédent de 2022-2023 en toile de fond
Le profil du choc actuel présente des similitudes avec l’épisode 2022-2023, déclenché par l’invasion russe de l’Ukraine. À l’époque, la hausse des prix de l’énergie s’était effectivement diffusée à l’alimentation, aux transports, puis aux loyers et aux services. L’inflation avait culminé à plus de 6 % en France. Selon Ouest-France, Séjourné avait alors insisté sur la non-réversibilité des prix : les niveaux atteints ne reviennent pas en arrière, même quand l’inflation baisse.
Le contexte de 2026 diffère sur un point : le niveau de départ est plus bas (1,7 % contre 6 %). Mais le mécanisme de transmission est le même, et c’est ce que l’économiste angevin juge préoccupant.
Les prochaines publications de l’INSEE sur l’inflation d’avril 2026 permettront d’évaluer si la dynamique se poursuit ou si les marchés pétroliers se stabilisent.
Sources
- Angers Villactu : Bruno Séjourné : « Le vrai problème arrive lorsque l'inflation se diffuse à l'ensemble de l'économie »
- INSEE : Indice des prix à la consommation – mars 2026
- Ouest-France : Inflation : « Les prix ne reviendront pas à leur niveau d'avant »
- La Finance pour Tous : Guerre en Iran : quel impact sur les prix de l'énergie et l'économie mondiale ?