Aude : une plateforme mobilité inclusive pour les publics précaires face à la hausse du carburant
Le Département de l'Aude développe un outil numérique et physique pour réduire le non-recours aux aides à la mobilité dans les zones rurales.
Dans un département où plus de 80 % des déplacements se font en voiture, le Conseil départemental de l'Aude monte une plateforme mobilité pour les personnes précaires et en perte d'autonomie. Premier comité de pilotage le 12 mai 2026. Résultats de l'étude attendus à l'automne.
L’essentiel
- 12 mai 2026 : premier comité de pilotage du projet « Territoire à éco-mobilité inclusive », retenu dans un AMI national.
- Partenaires : Cerema + communautés de communes Piège Lauragais Malepère et Castelnaudary Lauragais Audois.
- Aides existantes : Passeport mobilité (450 €), Fonds d’aide aux jeunes (jusqu’à 1 000 €), gratuité transports pour l’insertion, covoiturage Mobil’Aude.
- Non-recours : selon la DREES, entre 33 et 37 % des foyers éligibles au RSA n’y recouraient pas fin 2021 ; le taux est estimé encore plus élevé pour les aides à la mobilité.
- Autopartage à Villerouge-Termenès : deux véhicules électriques partagés par ~140 habitants ont parcouru 25 000 km en 2023.
Un territoire rural très dépendant de la voiture
Plus de 80 % des déplacements dans l’Aude s’effectuent en voiture, quasi exclusivement en autosolisme, selon le schéma des mobilités départemental adopté en juin 2024. Pour les personnes sans véhicule ou sans permis - allocataires du RSA, personnes en situation de handicap, seniors en perte d’autonomie - , se rendre à un rendez-vous médical ou à un entretien d’embauche relève souvent de l’impossible.
C’est dans ce contexte que la conseillère départementale déléguée aux mobilités, Kattalin Fortuné, porte depuis deux ans un projet structurant : une plateforme mobilité à double entrée, numérique et physique, avec accompagnement personnalisé. « Quand on veut se passer de sa voiture ou quand on n’en a pas, avoir accès à l’information entière sur les transports, ou encore à toutes les aides, c’est un vrai parcours du combattant, d’autant plus qu’il y a une multiplicité d’intervenants sur le sujet, avec le Département, la Région, les missions locales… », déclare-t-elle dans L’Indépendant.
Le projet « Territoire à éco-mobilité inclusive » : ce qui est prévu
Retenu dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) national, le projet associe le Cerema et deux communautés de communes : Piège Lauragais Malepère et Castelnaudary Lauragais Audois. Son objectif premier est de centraliser, sur un seul accès, l’ensemble des informations sur les transports disponibles et les aides financières existantes - pour lutter contre le non-recours.
Le premier comité de pilotage s’est réuni le 12 mai 2026, selon L’Indépendant. L’étude conduite par le Cerema doit livrer ses résultats à l’automne 2026, avant que les scénarios concrets de la plateforme ne soient arrêtés. Le montant du projet n’a pas encore été communiqué à ce stade.
La plateforme prévoit aussi un volet physique avec accompagnement humain, pensé pour les publics en situation de fracture numérique - plus fréquente en zones rurales, rappelle Kattalin Fortuné.
Des aides déjà disponibles, mais peu connues
Le Département dispose d’un arsenal d’aides à la mobilité, recensées sur le site officiel aude.fr. Parmi les dispositifs actifs :
- Le Passeport mobilité : 450 € pour les jeunes précaires, pour financer le permis de conduire ou des frais de transport liés à une formation ou un emploi.
- Le Fonds d’aide aux jeunes (FAJ) : jusqu’à 1 000 €, mobilisable notamment pour des dépenses de déplacement.
- La gratuité des transports pour les personnes en parcours d’insertion.
- Mobil’Aude : plateforme départementale de covoiturage.
Le problème, selon Fortuné, est précisément le non-recours. La DREES estimait entre 33 et 37 % la part des foyers éligibles au RSA qui n’y recouraient pas fin 2021. Le taux est jugé encore plus élevé pour les dispositifs de mobilité, selon L’Indépendant. D’où l’ambition d’une porte d’entrée unique.
Contexte dans l’Aude
L’Aude (11) est un département à dominante rurale et périurbaine, structuré autour de Carcassonne et de quelques pôles secondaires comme Castelnaudary, Narbonne ou Limoux. L’offre de transport en commun y reste limitée hors des axes principaux. Les publics accompagnés par le Département - bénéficiaires du RSA, personnes handicapées, seniors - sont souvent les plus éloignés des réseaux de transport. La hausse des prix du carburant depuis 2022 a accentué la pression sur les ménages qui n’ont pas d’alternative à la voiture individuelle.
Le schéma des mobilités, adopté en juin 2024, est le cadre de référence de l’ensemble de ces actions. Il reconnaît explicitement la dépendance automobile du territoire et pose la mobilité inclusive comme enjeu d’insertion sociale, selon le site départemental.
Ce qui existe déjà sur le terrain
Plusieurs initiatives locales illustrent, selon L’Indépendant, ce que la future plateforme entend fédérer.
Dans les Corbières, le service d’accompagnement solidarité (SAS) du Sivom des Corbières fonctionne depuis 2022, lancé à l’origine par les mairies de Paziols et Tuchan. Il propose des déplacements de première nécessité - rendez-vous médicaux, courses, visites - grâce au bénévolat et à une plateforme téléphonique. Le transfert au Sivom a été acté le 27 avril 2026.
À Villerouge-Termenès, le village de 140 habitants a mis en place un système d’autopartage électrique : deux véhicules acquis depuis 2022, après un premier en 2018. En 2023, ils ont parcouru 25 000 km. Selon l’Ademe, une voiture en autopartage peut remplacer entre cinq et sept voitures individuelles.
À Castelnaudary, l’association La Roue qui Tourne, créée en 2014, propose la location sociale de vélos, scooters et voiturettes électriques, un atelier Recyclo Vélo et des diagnostics mobilité. Depuis 2024, elle anime une Maison de l’éco-mobilité installée à la gare SNCF. Elle est inscrite au plan départemental d’insertion et retenue dans le programme TIMS (AREC / Mob’In Occitanie, 2024-2026). Pour les personnes en recherche d’emploi, ce type de service représente souvent un levier d’autonomie concret dans des territoires peu desservis.
Prochaine étape : l’automne 2026
Les résultats de l’étude menée par le Cerema sont attendus à l’automne 2026. Ils devront permettre de définir les scénarios opérationnels de la plateforme, selon L’Indépendant. Le calendrier de déploiement n’a pas encore été précisé par le Département.
Sources
- L'Indépendant : Face à la hausse des prix de carburants : comment le Département de l'Aude veut rendre leur mobilité aux personnes en situation de précarité ou de perte d'autonomie
- Département de l'Aude : Je cherche une aide au transport
- Département de l'Aude : Un schéma des mobilités pour faciliter les déplacements des Audois
- DREES : Non-recours au RSA : plus d'un tiers des foyers éligibles ne le percevaient pas fin 2021