Avignon : l’audit Klopfer révèle une épargne en chute libre et une dette de 200 M€
Le cabinet Klopfer pointe une baisse de 33,6 % de l'épargne brute en un an. Le maire Olivier Galzi dénonce un « champ de ruines ». L'opposition boycotte la réunion budgétaire et réclame une contre-expertise.
L'audit financier commandé par la mairie d'Avignon au cabinet Klopfer dresse un tableau sévère des comptes communaux l'épargne brute a fondu de 28 à 18,6 M€ entre 2024 et 2025, et la dette atteint 200 M€. Le maire Olivier Galzi accuse l'ancienne majorité de « manipulation comptable », tandis que l'opposition de gauche refuse la lecture faite par l'exécutif.
L’essentiel
- Baisse de l’épargne : l’épargne brute d’Avignon est passée de 28 M€ en 2024 à 18,6 M€ en 2025, soit une chute de 33,6 %.
- Dette élevée : l’encours de la dette du budget principal s’élève à 200 M€, soit 2 124 € par habitant contre 1 318 € en moyenne nationale.
- Réunion boycottée : le groupe d’opposition Ensemble et Solidaires, mené par David Fournier, a refusé de participer à la réunion budgétaire du 29 juin 2026.
Un audit commandé dans les premiers mois du mandat
Arrivé à la mairie d’Avignon en 2026, Olivier Galzi a rapidement commandé un audit des finances communales au cabinet Michel Klopfer, spécialisé dans le conseil aux collectivités locales. Les conclusions ont été présentées lors d’une conférence de presse le 26 juin. Selon l’audit, l’épargne brute - indicateur clé de la santé financière d’une commune - est passée de 28 millions d’euros en 2024 à 18,6 millions en 2025. Soit une baisse de 33,6 % en un an.
Parallèlement, l’encours de la dette sur le budget principal atteint 200 millions d’euros, ce qui représente 2 124 euros par habitant, contre une moyenne nationale de 1 318 euros. Le ratio d’endettement est donc nettement supérieur à celui des villes de taille comparable.
« Champ de ruines » : la charge du maire
Dans ses déclarations rapportées par Le Dauphiné Libéré, Olivier Galzi a estimé que « sur le plan financier, la cité des papes n’est plus qu’un champ de ruines ». Il accuse l’ancienne majorité municipale d’avoir « manipulé les comptes » pour masquer la dégradation de la situation. « On nous a présenté des budgets en excédent, mais la réalité est tout autre », a-t-il insisté.
Le maire a justifié la commande de cet audit par la nécessité de disposer d’une photographie sincère des finances avant d’engager son propre programme. Il promet des mesures d’économies « drastiques » mais n’a pas encore détaillé les premiers arbitrages.
L’opposition boycotte la réunion budgétaire
Ce lundi 29 juin, une réunion budgétaire était organisée en mairie pour présenter les conclusions de l’audit aux conseillers municipaux. Le groupe d’opposition de gauche Ensemble et Solidaires, conduit par David Fournier, a refusé d’y participer. Contacté par La Provence, David Fournier dénonce « une instrumentalisation politique des chiffres ». Il estime que le maire « tire des conclusions hâtives et partiales » et appelle à une « lecture contradictoire de l’audit Klopfer ». Le groupe réclame que le rapport soit soumis à un regard indépendant avant toute décision.
L’opposition souligne aussi que l’audit n’a pas été présenté en conseil municipal, mais lors d’une conférence de presse à destination exclusive des médias, ce qu’elle considère comme un défaut de transparence.
Contexte dans le Vaucluse
La situation financière d’Avignon tranche avec celle du Département du Vaucluse, qui affiche une santé budgétaire bien meilleure. Comme le relève La Marseillaise, le conseil départemental « se pavane sur sa bonne situation financière », affichant un taux d’épargne brute supérieur à 15 %. Avignon, avec ses 200 M€ de dette, pèse lourd dans le paysage local : la ville concentre près de 91 000 habitants, soit environ un quart de la population du département. Le niveau d’endettement par habitant - 2 124 € - dépasse de plus de 60 % la moyenne nationale des communes de même strate.
Ce contraste alimente les tensions politiques locales, d’autant que la ville bénéficie de dotations de l’État et de recettes fiscales liées à son statut de pôle touristique et économique du Vaucluse.
Des précédents qui alourdissent le passif
Ce n’est pas la première fois que les finances d’Avignon font l’objet de vifs débats. En 2019 déjà, un rapport de la Chambre régionale des comptes avait pointé une dérive des dépenses de fonctionnement et une capacité de désendettement jugée préoccupante. L’audit Klopfer confirme que la tendance s’est aggravée durant le mandat précédent, malgré des exercices comptables présentés comme équilibrés.
Par ailleurs, plusieurs investissements lourds engagés sous l’ancienne majorité - notamment autour du pôle gare TGV et de l’embellissement du centre-ancien - ont lourdement pesé sur les comptes sans générer les retombées attendues à court terme.
Prochaine étape : un débat budgétaire sous tension
La prochaine étape est le vote du budget primitif 2026, qui doit intervenir avant la fin de l’été. Le maire a annoncé qu’il présenterait un plan de redressement intégrant des coupes dans les dépenses de fonctionnement et une revue des subventions aux associations. L’opposition, elle, promet de saisir la Chambre régionale des comptes si aucune « lecture contradictoire » n’est organisée. Le climat politique à Avignon reste donc lourd, entre accusations réciproques de manipulation et appels à la transparence.