Bardella revendique trois responsabilités au RN : programme, gouvernement, majorité
Le président du RN assume programme, gouvernement et conquête de majorité dans un entretien au Figaro
Jordan Bardella annonce un gouvernement d'union nationale ouvert à la droite, tout en se positionnant comme futur Premier ministre aux côtés de Marine Le Pen candidate à l'Élysée.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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12 juil. 2026
Entretien au Figaro
Bardella revendique trois responsabilités : programme, gouvernement, majorité [^f1]
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2026
Condamnation Le Pen
Marine Le Pen condamnée en appel dans l'affaire des assistants parlementaires européens [^f19]
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Automne 2026
Publication du troisième livre
Bardella publiera un troisième livre avant une tournée de dédicaces [^f3]
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2027
Présidentielle
Marine Le Pen candidate à l'Élysée, Bardella positionné comme futur Premier ministre [^f5]
Le 12 juillet 2026 - Jordan Bardella pose les trois piliers de son pouvoir dans les colonnes du Figaro: « bâtir le programme, former un gouvernement et conquérir une majorité ». Trois responsabilités, un seul homme. Marine Le Pen candidate à la présidentielle de 2027 - lui à Matignon. Le ticket est acté.
Bardella ne se contente plus de présider le parti. Il annonce un « gouvernement d’union nationale » qui ne serait « pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN ». La main tendue à « l’électorat historique de la droite » - jugé « orphelin d’un leader et d’une incarnation ». La stratégie est claire: élargir pour conquérir.
Ce que personne ne dit: un numéro deux qui se comporte en numéro un
Le paradoxe saute aux yeux. Marine Le Pen maintient sa candidature à l’Élysée - Bardella se positionne comme son futur Premier ministre. Mais c’est lui qui construit le programme, lui qui dessine le gouvernement, lui qui mène la bataille pour la majorité à l’Assemblée. La condamnation en appel de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens a rebattu les cartes. Bardella, initialement pressenti comme héritier, devient « numéro deux officiel », un numéro deux avec les pleins pouvoirs opérationnels.
Cette répartition pose une question institutionnelle lourde: qui gouvernera vraiment? La Cinquième République a conçu l’exécutif pour être fort, pas bicéphale. La dyarchie, le partage du pouvoir entre président et Premier ministre, fonctionne en cohabitation quand les deux camps s’opposent. Ici, c’est le même parti, mais deux légitimités concurrentes. Bardella affirme n’éprouver « aucune déception » à ce scénario. Le ton dément la formule.
L’obsession du dépassement
Bardella martèle son « obsession » du rassemblement et du dépassement. La « porte sera toujours ouverte » - promet-il. Concrètement, cela signifie des ministres issus de la droite classique, de la société civile, des profils technocratiques. Un fonds souverain pourrait « accueillir en son sein un pilier de capitalisation » pour les retraites, une proposition qui flirte avec les codes de la droite économique libérale.
Cette stratégie d’ouverture n’est pas nouvelle. Ce qui change, c’est qu’elle arrive après la confirmation de la candidature de Marine Le Pen. Certaines analyses évoquent un « rééquilibrage » ou une « compétition interne » au sein du mouvement. Bardella publiera d’ailleurs un troisième livre à l’automne 2026 - avant une tournée de dédicaces. Un candidat au poste de Premier ministre ne fait pas de séances de dédicaces. Un futur président, si.
Le risque de la dyarchie: qui tranche?
Charles de Gaulle ne souhaitait pas « un pouvoir à deux têtes ». L’histoire lui a donné raison: les cohabitations ont toujours été des périodes de blocage institutionnel ou de tension larvée. Ici, le scénario est encore plus complexe. Marine Le Pen à l’Élysée aurait la légitimité du suffrage universel direct. Jordan Bardella à Matignon aurait celle du terrain, du programme qu’il a construit - du gouvernement qu’il a formé - de la majorité qu’il a conquise.
Si les deux divergent sur une ligne stratégique, une réforme, un arbitrage budgétaire, une nomination, qui tranche? Le système institutionnel français repose sur un principe: en cas de crise, le président dissout l’Assemblée. Mais dissoudre sa propre majorité, conquise par son Premier ministre, serait un aveu d’échec. Le RN prépare une victoire. Il ne prépare pas encore ce qui viendra après cette victoire.
Ce que les sources ne disent pas
Aucune source consultée ne précise la composition envisagée du gouvernement d’union nationale. Quels noms? Quels profils de droite accepteraient d’entrer dans un gouvernement RN? Quelle part de ministères pour le RN, quelle part pour les « ralliés »? Le flou est total. Bardella promet l’ouverture, mais ne nomme personne. Un gouvernement sans noms, c’est une promesse sans risque.
Autre absence: aucune voix critique n’a émergé publiquement au sein du RN pour contester cette répartition des rôles. Le parti affiche une discipline de fer. Mais la décision de Marine Le Pen de maintenir sa candidature a « bousculé le scénario qui voyait Bardella comme l’héritier désigné ». Ce silence interne ne signifie pas adhésion. Il signifie prudence.
L’angle mort: aucune garantie d’efficacité
Le concept de « gouvernement d’union nationale » sonne bien. Il rassure les électeurs modérés, il donne une image de responsabilité, il légitime le RN comme parti de gouvernement. Mais historiquement, les unions nationales fonctionnent en temps de crise exceptionnelle, guerre, catastrophe, effondrement économique, et pour une durée limitée. Les gouverner sur un mandat complet, avec un programme partisan, est une contradiction dans les termes.
Le risque: un gouvernement hétérogène, sans cohérence idéologique, où chaque arbitrage devient une négociation. Un Premier ministre qui passe son temps à gérer les équilibres internes plutôt qu’à gouverner. Bardella promet le « dépassement » - mais ne démontre pas qu’il maîtrise les mécanismes institutionnels pour le faire tenir.
Il publiera un troisième livre à l’automne. Il fera des dédicaces. En attendant, le parti construit sa double tête. Le 12 juillet 2026 - dans les pages du Figaro - le RN a acté sa dyarchie. Ce que personne ne sait encore, c’est si cette dyarchie survivra à la victoire qu’elle prépare.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (7)
« Cette déclaration intervient après la décision de Marine Le Pen de maintenir sa candidature à l'Élysée pour l'élection présidentielle de 2027. »
sudouest.fr ↗ ↩
« Ces déclarations s'inscrivent dans la perspective des élections nationales de 2027, où Marine Le Pen a confirmé sa candidature à la présidence, positionnant Bardella comme son potentiel Premier ministre. »
publicsenat.fr ↗ ↩
« Dans le système politique de la Cinquième République française, la dyarchie fait référence au partage du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le Premier ministre. »
revue-pouvoirs.fr ↗ ↩
« Bien que le terme exact de "dyarchie" ne soit pas explicitement employé dans les résultats, la répartition des rôles et l'influence de chacun des deux dirigeants sur la stratégie du parti et la future gouvernance mettent en lumière cette potentielle dualité du pouvoir. »
cnews.fr ↗ ↩
« constituer un gouvernement d’union nationale qui ne sera pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN »
lefigaro.fr ↗ ↩
« Il a également indiqué que ce gouvernement ne serait pas exclusivement composé de membres ou parlementaires issus du RN, tendant la main à "l'électorat historique de la droite" qu'il juge "orphelin d'un leader et d'une incarnation". »
parlons-politique.fr ↗ ↩
« Ma responsabilité est de bâtir le programme, former un gouvernement et conquérir une majorité »
lefigaro.fr ↗ ↩
Sources
- Le Figaro - Jordan Bardella : ma responsabilité est de bâtir le programme, former un gouvernement et conquérir une majorité
- Le Monde - Jordan Bardella tend la main à l'électorat historique de la droite
- Libération - Bardella se rêve à la tête d'un gouvernement d'union nationale au-delà du RN
- BFMTV - Jordan Bardella dit vouloir former un gouvernement d'union nationale
- Public Sénat - La structure électorale du RN est celle d'un parti de gouvernement
