Bastia : des associations occupent des immeubles vides pour dénoncer la crise du logement

Face à 6 500 demandes annuelles pour 1 000 attributions, les militants bastiais passent à l'action concrète.

Bastia : des associations occupent des immeubles vides pour dénoncer la crise du logement
Illustration Lisandru Marchetti / info.fr

Des associations bastiaises multiplient les occupations symboliques de logements vacants pour alerter sur la crise du mal-logement. En Corse, la pénurie de logements sociaux atteint un niveau record. À Bastia, 23 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Des immeubles vides, des familles à la rue. À Bastia, des associations ont choisi l’occupation symbolique pour rendre visible une crise que les chiffres peinent à traduire. L’île détient le parc locatif social le plus faible de France métropolitaine, selon le site ICI : environ 6 500 demandes de logements sociaux déposées chaque année en Corse, pour seulement 1 000 attributions.

La ville concentre l’essentiel de la tension. Deux tiers des logements sociaux de Haute-Corse sont situés à Bastia, qui regroupe 58 % des demandes du département, selon la DREETS de Corse. En 2021, la ville comptait 5 229 logements sociaux - dont 598 vacants - et le parc n’a progressé que de 196 unités entre 2016 et 2021, d’après le blog de l’élu Francesco Poletti. Dans le même temps, 11 000 habitants y vivaient sous le seuil de pauvreté.

Une pauvreté structurelle

Le taux de pauvreté à Bastia atteint près de 23 %, selon Corse Matin. Un contexte qui rend la pénurie de logements abordables particulièrement aiguë. À l’échelle insulaire, 28 000 foyers vivent en situation de suroccupation, faisant de la Corse la deuxième région de France la plus touchée par ce phénomène, selon France Bleu. Nationalement, le rapport 2026 sur le mal-logement recense 4,2 millions de personnes concernées, avec une hausse de 15 % des hébergements contraints chez des tiers entre 2013 et 2020, selon Habitat et Humanisme.

Le marché privé n’offre guère d’alternative. Selon France 3, la reprise immobilière corse en 2025 s’est accompagnée d’une hausse progressive des prix. Les professionnels du secteur restent inquiets pour 2026, en raison de la fragilité économique et des contraintes constructives sur l’île.

Des programmes publics insuffisants à ce stade

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La Collectivité de Corse a lancé le programme Una casa per tutti : 65 millions d’euros sur cinq ans pour financer 3 700 logements sociaux et 700 logements communaux, selon ICI. Un effort réel, mais que les associations jugent insuffisant au regard de l’ampleur des besoins.

La Ville de Bastia, de son côté, prolonge jusqu’en 2030 son Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat sur les copropriétés dégradées, selon la convention publiée sur le site de la mairie. Lancée une première fois entre 2008 et 2013 sur 31 immeubles du centre ancien, cette OPAH cible désormais prioritairement les familles en situation de mal-logement.

Les occupations symboliques menées par les associations visent à peser sur ce débat, à quelques semaines des élections municipales 2026 où le logement s’impose comme thème central, selon Corse Matin. Les candidats multiplient les annonces. Les associations, elles, attendent des actes.

Sources

Lisandru Marchetti

Lisandru Marchetti

Correspondant à Ajaccio, suit la politique insulaire, les tensions nationalistes, le tourisme estival et les chantiers routiers. Diplômé de l'IUT info-com de Corte, il a grandi dans le Sartenais et connaît les clans locaux. Principe : ne jamais céder aux pressions, vérifier les marchés publics, interroger élus et militants, croiser les sources avant de conclure.

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