Bobigny : l’ex-chef antistups du parquet avoue cinq ans d’addiction à la méthamphétamine

Le vice-procureur, ancien patron de la lutte antidrogue, comparaissait le 12 mai devant le Conseil supérieur de la magistrature

Bobigny : l'ex-chef antistups du parquet avoue cinq ans d'addiction à la méthamphétamine
Illustration Fatima Benali / info.fr

Un vice-procureur de 48 ans, ancien responsable de la division antistupéfiants au parquet de Bobigny, a reconnu une addiction de cinq ans à la méthamphétamine et au GHB. L'audience disciplinaire s'est tenue le 12 mai 2026 devant le Conseil supérieur de la magistrature. La Chancellerie a requis son déplacement d'office.

Un vice-procureur de 48 ans, ancien chef de la division des affaires criminelles et de la délinquance organisée (Dacrido) au parquet de Bobigny, a comparu le 12 mai 2026 devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Il a reconnu publiquement une addiction de longue durée aux drogues de synthèse, contractée alors qu’il dirigeait lui-même la lutte contre les stupéfiants en Seine-Saint-Denis.

L’essentiel

  • Audience du 12 mai 2026 : le magistrat a comparu devant le Conseil supérieur de la magistrature pour achat, détention et consommation de stupéfiants.
  • Cinq ans d’addiction : consommation de méthamphétamine et de GHB entre 2019 et 2024, dans un cadre privé lié au chemsex, entrecoupée de sevrages.
  • 3 grammes par mois : approvisionnement via un dealer en Seine-Saint-Denis, pour environ 500 euros mensuels, sans que sa qualité de magistrat ne soit connue du revendeur.
  • Déplacement d’office requis : la Chancellerie a demandé son transfert ; la décision du CSM est attendue dans les semaines suivantes.
  • Volet pénal classé : le parquet de Paris a classé sans suite les poursuites pénales contre le magistrat.

Une double vie révélée en novembre 2024

L’affaire a débuté par une convocation du magistrat à la brigade des stupéfiants en novembre 2024, selon Le Parisien. C’est à cette occasion que sa consommation personnelle a été mise au jour. Pendant cinq ans, entre 2019 et 2024, il s’approvisionnait auprès d’un dealer local du 93, pour environ 500 euros par mois, soit 3 grammes de méthamphétamine. Le revendeur ignorait l’identité professionnelle de son client.

Les drogues étaient consommées dans un cadre privé, dans le contexte du chemsex - pratique combinant substances psychoactives et rapports sexuels, observée notamment chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Le magistrat a évoqué plusieurs tentatives de sevrage sur cette période.

L’audience disciplinaire : portes ouvertes pour la transparence

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L’audience devant le CSM, initialement prévue à huis clos, s’est finalement tenue portes ouvertes, selon le Conseil supérieur de la magistrature. Le magistrat faisait face à des chefs d’achat, de détention et de consommation de stupéfiants.

La Chancellerie a requis un déplacement d’office - mesure disciplinaire contraignant le magistrat à changer de juridiction. La décision du CSM est attendue dans les semaines suivantes. En parallèle, le parquet de Paris a classé sans suite le volet pénal de l’affaire, selon Le Figaro.

Un magistrat soutenu par sa hiérarchie, malgré tout

Le profil du magistrat complique la lecture disciplinaire. Dix-huit ans de carrière sans accroc. Considéré comme exemplaire par sa hiérarchie, selon Le Parisien et Le Figaro. Après la révélation des faits, il a été déplacé en interne : il dirige désormais la division des affaires civiles au parquet de Bobigny.

Plus surprenant : il aspire à un poste de juge des enfants - une ambition que la décision du CSM pourrait définitivement contrarier. Ce poste, particulièrement sensible, implique la protection de mineurs en danger, souvent issus de familles confrontées précisément aux problèmes d’addiction.

Ce paradoxe n’a pas échappé aux observateurs. Le département de Seine-Saint-Denis concentre plusieurs affaires judiciaires à fort retentissement ces dernières semaines, dans un contexte de pression sécuritaire soutenue.

Contexte dans le 93 : premier tribunal de France, département sous pression

Le parquet de Bobigny est le premier tribunal de grande instance de France pour les affaires impliquant des mineurs. La Dacrido, la division que dirigeait ce magistrat, traite environ 220 000 plaintes par an, selon des données publiées dans le cadre de documentaires judiciaires sur le tribunal. Le département est identifié comme une plaque tournante du trafic de drogue à l’échelle nationale.

En 2025, les infractions à la législation sur les stupéfiants en Seine-Saint-Denis ont reculé de 1,1 %, avec 17 136 faits constatés contre 17 334 en 2024, selon la préfecture de Seine-Saint-Denis. Les saisies atteignaient 5,07 tonnes, dont 4,8 tonnes de cannabis et 175 kilogrammes de cocaïne.

Ces chiffres en légère baisse ne masquent pas la réalité structurelle : le 93 reste l’un des départements les plus exposés du pays aux trafics de stupéfiants. Des affaires récentes, comme les tensions à Clichy-sous-Bois ou la fusillade à Pantin, illustrent la pression quotidienne exercée sur les forces de l’ordre et les magistrats de ce ressort.

À l’échelle nationale, le marché des drogues illicites a triplé depuis 2010, atteignant 6,8 milliards d’euros en 2023 selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). L’essor des psychostimulants de synthèse, dont la méthamphétamine, est documenté par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Un précédent en 2017 à l’OCRTIS

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable de la lutte antidrogue se retrouve lui-même dans le viseur de la justice. En 2017, une procédure disciplinaire avait visé l’ex-patron de la lutte antidrogue à l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS), soupçonné de complicité de trafic, avec une décision rendue en octobre de la même année, selon Le Point. L’affaire de Bobigny s’en distingue : il s’agit ici d’une consommation personnelle, non d’une complicité de trafic, et le volet pénal a été classé.

Le contexte national du chemsex ajoute une dimension moins souvent évoquée dans les affaires disciplinaires. La pratique, longtemps cantonnée aux rapports de santé publique, s’invite désormais dans les prétoires. Dans un rapport récent sur les LGBTphobies en France, les associations de défense des droits pointaient un déficit de prise en charge des personnes concernées par des addictions liées à ces pratiques.

La décision du CSM, prochaine étape

Le CSM doit rendre sa décision dans les semaines suivant l’audience du 12 mai. Elle déterminera si le magistrat reste en poste à Bobigny - même aux affaires civiles - ou est contraint à un déplacement d’office vers une autre juridiction. Sa candidature à un poste de juge des enfants dépend directement de cette issue.

Sources

Fatima Benali

Fatima Benali

Fatima est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Seine-Saint-Denis (93), avec Bobigny pour chef-lieu. Spécialité du département : Stade de France et basilique cathédrale Saint-Denis. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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