La Boisserie en vente : l’État hésite, la Haute-Marne avance

La demeure historique du général à Colombey-les-Deux-Églises cristallise les tensions entre État et département avant 2027

La Boisserie en vente : l'État hésite, la Haute-Marne avance
Illustration François Meunier / info.fr

Les quatre petits-fils de Charles de Gaulle sont prêts à vendre la Boisserie, leur propriété familiale à Colombey-les-Deux-Églises. Le département de la Haute-Marne a pris les devants en reprenant la gestion du site au 1er mai 2026. L'Élysée temporise, tandis que les liens pro-russes de l'un des héritiers alimentent un débat qui dépasse le cadre local.

Les quatre petits-fils de Charles de Gaulle sont prêts à vendre la Boisserie, leur propriété familiale à Colombey-les-Deux-Églises. Le département de la Haute-Marne a pris les devants en reprenant la gestion du site au 1er mai 2026. L’Élysée temporise, tandis que les liens pro-russes de l’un des héritiers alimentent un débat qui dépasse le cadre local.

L’essentiel

  • Héritiers vendeurs : les quatre petits-fils de Charles de Gaulle envisagent la vente de la Boisserie depuis le décès de leur père Philippe de Gaulle en mars 2024.
  • 50 % des parts : Pierre de Gaulle, connu pour ses positions pro-russes, détient désormais la moitié de la propriété après avoir racheté les parts d’un autre héritier.
  • Gestion départementale : le département de la Haute-Marne a repris la régie du site au 1er mai 2026, avec 22 salariés et un budget de 1 305 000 € de dépenses pour 2026.
  • Classement en cours : le ministère de la Culture a lancé la procédure de classement aux monuments historiques le 4 décembre 2025, validée à l’unanimité par la Commission nationale du patrimoine.
  • 100 000 visiteurs par an : le Mémorial Charles de Gaulle attire ce flux depuis 2012, soit plus d’un million de visiteurs cumulés depuis son ouverture en 2008.

Un héritage familial mis en vente

La Boisserie est entrée dans la famille de Gaulle le 9 juin 1934. Charles de Gaulle l’avait acquise en viager pour 45 000 francs, moyennant une rente annuelle de 6 000 francs. Le domaine, ouvert au public depuis 1980 et inscrit aux monuments historiques depuis 2004, est resté propriété familiale depuis lors.

Le décès de Philippe de Gaulle en mars 2024 a modifié l’équilibre successoral. Ses quatre fils, ses petits-fils du général, se sont déclarés vendeurs, selon Le Parisien. La valeur immobilière de la propriété est estimée à environ 800 000 euros selon le maire de Colombey-les-Deux-Églises Pascal Babouot, cité par France 3 Régions - un montant jugé nettement inférieur à sa valeur historique et symbolique.

Pierre de Gaulle, 50 % des parts et une question de souveraineté

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La situation est compliquée par la configuration actionnariale. Pierre de Gaulle, l’un des quatre petits-fils, a racheté les parts d’un autre héritier et détient désormais 50 % de la propriété, selon France 3 Régions et France Inter. Pierre de Gaulle est connu pour ses prises de position pro-russes, ce qui alimente les craintes d’une cession à des investisseurs étrangers.

Cette hypothèse, rapportée par Le Canard Enchaîné, s’est glissée dans le débat politique national. La question n’est plus seulement patrimoniale : elle touche à la souveraineté culturelle française, à quelques mois des échéances électorales de 2027.

La Haute-Marne prend position

Face à l’hésitation de l’État, le département de la Haute-Marne n’a pas attendu. Présidé par Nicolas Lacroix (LR), il a repris la gestion en régie directe du Mémorial Charles de Gaulle et de la Boisserie à compter du 1er mai 2026, transférant les 22 salariés du site, selon le communiqué officiel du conseil départemental.

Le budget de fonctionnement prévu pour 2026 s’établit à 1 305 000 euros de dépenses pour 955 000 euros de recettes. La subvention départementale atteint 350 000 euros, complétée par une dotation d’investissement de 77 800 euros pour modernisation. Nicolas Lacroix s’est positionné pour un rachat conjoint avec l’État. Il a déclaré : « C’est un bien qui appartient aux petits-fils du général de Gaulle et c’est aussi à eux de décider le devenir de cette maison », tout en affirmant l’engagement du département.

Le département gère déjà le territoire rural entre Meuse et Haute-Marne, souvent confronté à des enjeux de désertification et de maintien des services publics. La reprise en régie de la Boisserie s’inscrit dans cette logique de préservation locale.

L’Élysée préfère la gestion nationale

L’État n’est pas absent du dossier. Le ministère de la Culture a lancé une procédure de classement de la Boisserie aux monuments historiques le 4 décembre 2025, à la demande de l’Élysée. La Commission nationale du patrimoine et de l’architecture l’a validée à l’unanimité, selon France Inter. Ce classement donnerait à l’État un droit de préemption en cas de vente, lui permettant d’intervenir sans rachat préalable.

Mais le projet de l’Élysée va plus loin. Selon Le Figaro, le gouvernement préférerait confier la gestion du site au Centre des monuments nationaux (CMN), structure nationale, plutôt que de laisser le département de la Haute-Marne aux commandes. La raison est politique : éviter qu’un élu LR - voire d’autres tendances d’opposition - ne contrôle un lieu aussi symbolique à l’approche des élections.

Cette tension entre gestion locale et gestion nationale n’est pas sans rappeler d’autres bras de fer entre État et acteurs de terrain sur le contrôle d’institutions à forte valeur symbolique.

Contexte dans la Haute-Marne

Colombey-les-Deux-Églises est une commune de quelques centaines d’habitants, dans un département rural de 170 000 résidents. La Haute-Marne est l’un des départements les moins densément peuplés de France métropolitaine. Le Mémorial Charles de Gaulle, inauguré en 2008, y joue un rôle économique direct : 100 000 visiteurs par an depuis 2012, soit plus d’un million de visiteurs cumulés selon les données du mémorial et de Wikipédia.

Le site constitue la première attraction touristique du département. Une privatisation ou une cession à des intérêts mal identifiés fragiliserait une économie locale qui dépend en partie de ce flux. Le conseil départemental, conscient de cet enjeu, a structuré son budget 2026 autour du maintien de l’offre touristique actuelle.

La Boisserie est inscrite aux monuments historiques depuis 2004 (base Mérimée, référence PA52000023). Son classement complet, en cours depuis décembre 2025, renforcerait encore les contraintes pesant sur toute cession future.

Un dossier qui entre dans le calendrier électoral

L’enjeu dépasse désormais le périmètre local. La question du devenir de la Boisserie - vente à l’État, au département, à un consortium public, ou risque de cession privée - s’est invitée dans le débat sur la protection du patrimoine national avant 2027.

Les partis de droite et d’extrême droite ont fait de la souveraineté patrimoniale un argument de campagne. Les liens de Pierre de Gaulle avec des cercles pro-russes, documentés par plusieurs médias dont Le Canard Enchaîné, alimentent une rhétorique sur le risque d’une France qui vend ses symboles. L’Élysée, qui a commandé la procédure de classement, n’a pas encore tranché sur le mode de rachat ni sur l’acheteur final.

Les modalités précises du rachat et le calendrier de finalisation du classement aux monuments historiques n’ont pas encore été rendus publics. Le département de la Haute-Marne, désormais gestionnaire de fait, attend une réponse de l’État sur le partage - ou non - de la maîtrise du dossier.

Sources

François Meunier

François Meunier

François est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Haute-Marne (52), avec Chaumont pour chef-lieu. Spécialité du département : festival international affiche graphique et Colombey-les-Deux-Eglises. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Grand Est.

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