Le Brent franchit les 90 dollars, première alerte depuis juin
Le baril de référence mondiale bondit de 15,9 % en une semaine, le détroit d'Ormuz se vide
Lundi 19 juillet, en fin de séance, le Brent atteint 90,79 dollars. Plus haut depuis juin. Le détroit d'Ormuz compte quatre navires au lieu de huit.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Approvisionnement énergétique mondial
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite entre 20% et 30% du pétrole mondial, voit son trafic ralentir. Une fermeture prolongée mettrait en péril l'approvisionnement de l'Europe et de l'Asie.
Risque inflationniste
La hausse du Brent se répercute déjà sur les prix du fioul en Europe. Un doublement du prix du pétrole pourrait réduire le PIB mondial de 1,4% après cinq trimestres, forçant les banques centrales à revoir leurs politiques de taux.
Stocks tendus
Les stocks mondiaux de brut sont à leur niveau le plus bas depuis cinq ans. Cette tension structurelle rend le marché particulièrement vulnérable à tout choc d'approvisionnement.
Accélération de la transition énergétique
Paradoxalement, la flambée des prix pourrait pousser les gouvernements à accélérer leurs investissements dans les énergies renouvelables et à repenser leur dépendance au pétrole.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le Brent atteint 90,79 dollars le 19 juillet, son plus haut niveau depuis juin, en hausse de 3,05% en une séance.
- La progression hebdomadaire de 15,9% est la plus forte depuis avril. Sur le mois, le Brent gagne 13,31%.
- Le trafic dans le détroit d'Ormuz chute 4 navires dimanche contre 8 la veille, alors que 20 à 30% du pétrole mondial y transite.
- Les stocks mondiaux de brut sont au plus bas depuis 5 ans, rendant les marchés vulnérables aux chocs d'approvisionnement.
- Les analystes prévoient une hausse entre 95 et 105 dollars dans les semaines à venir si le conflit persiste.
Lundi soir, 23h43 GMT. Le Brent franchit les 90 dollars. 90,79 exactement. Personne ne s’y attendait si vite. La veille, le baril de référence mondiale tournait autour de 88. En une séance, il bondit de 3,05 %. Le WTI américain suit à 84,68 dollars - en hausse de 2,65 %.
Ce n’est pas un accident. La semaine précédente, le Brent avait déjà grimpé de 15,9 % - sa plus forte progression hebdomadaire depuis avril. Sur le mois, la hausse atteint 13,31 %. Ce que personne ne dit: les stocks mondiaux de brut sont à leur niveau le plus tendu depuis cinq ans. Amarpreet Singh, analyste chez Barclays, le formule sans détour: « Les marchés sont encore trop complaisants quant aux conséquences potentielles sur les stocks ».
Le détroit d’Ormuz se vide
Dimanche, quatre navires ont traversé le détroit d’Ormuz. La veille, ils étaient huit. Ce passage stratégique, par lequel transite entre 20 % et 30 % du pétrole mondial - est de nouveau au cœur des affrontements. Le trafic maritime montre des signes de ralentissement. Les armateurs hésitent. Certains préfèrent contourner. D’autres attendent.
L’anxiété des marchés ne vient pas de nulle part. Le conflit s’intensifie avec une neuvième nuit consécutive de frappes américaines contre l’Iran - et des attaques signalées par le Koweït et Bahreïn. Les tensions géopolitiques ravivent les craintes de perturbations de l’approvisionnement. Une voie maritime bloquée, c’est un cinquième du commerce mondial qui s’arrête.
Ce que les chiffres ne disent pas
Le Brent est passé au-dessus de 90 dollars en ouverture dimanche soir, avec une hausse d’environ 3 %. Le seuil psychologique est franchi pour la première fois depuis juin. Mais le plus haut historique reste loin: 147,50 dollars en juillet 2008. Après les sanctions contre le pétrole russe - les prix avaient oscillé entre 70 et 90 dollars. Ils sont désormais au plafond de cette fourchette.
Trading Economics prévoit 90,87 dollars d’ici la fin du trimestre. D’autres analystes anticipent une poursuite de la hausse, avec des prévisions allant de 95 à 105 dollars le baril dans les semaines à venir, en l’absence d’apaisement du conflit.
Les bourses reculent
Les marchés boursiers réagissent. Wall Street recule. Le Nasdaq perd du terrain. Les investisseurs s’inquiètent des risques. En Asie, les bourses doutent de la rentabilité future des entreprises dans un tel contexte. Le pétrole cher, c’est l’inflation qui repart. Et l’inflation qui repart, c’est la Réserve fédérale qui réévalue ses politiques de taux d’intérêt.
Les perturbations peuvent s’étendre à d’autres secteurs, comme l’agriculture, en raison de l’augmentation des coûts des intrants. Des tensions dans le golfe d’Ormuz ont précédemment entraîné une grande volatilité des prix du fioul. Le précédent existe. Il n’a rien de rassurant.
Le paradoxe de la transition
Paradoxalement, la flambée des prix du pétrole pourrait accélérer la transition énergétique mondiale. Les gouvernements pourraient réévaluer leurs stratégies d’indépendance énergétique et investir davantage dans les énergies renouvelables. Une crise pétrolière pousse à chercher ailleurs. C’est l’ironie du système: la dépendance au pétrole se nourrit de ses propres chocs.
Le Brent reste le principal prix de référence pour le pétrole échangé dans le monde. Ce qu’il signale ce lundi soir, c’est un premier signal de tension sur les marchés énergétiques depuis plusieurs semaines. Le détroit d’Ormuz se vide. Les stocks sont tendus. Les analystes relèvent leurs prévisions. Le reste dépend du Golfe.