Briançon : au rond-point de la Grande Boucle, des migrants cherchent à quitter les Hautes-Alpes
Des exilés et des bénévoles pratiquent l'autostop au carrefour briançonnais pour rejoindre d'autres départements.
Au rond-point de la Grande Boucle, à Briançon, des migrants tentent chaque jour de quitter les Hautes-Alpes par l'autostop, accompagnés par des bénévoles de Refuges Solidaires. Un point de passage devenu symbole d'une situation frontalière qui se tend depuis dix ans.
La scène se répète. Au rond-point de la Grande Boucle, en sortie de Briançon, des hommes et des femmes lèvent le pouce. À leurs côtés, des bénévoles de l’association Refuges Solidaires. Objectif : trouver un véhicule, quitter les Hautes-Alpes. Selon Le Dauphiné Libéré, ce phénomène est documenté depuis l’été 2025. Il se poursuit en 2026.
Un flux qui ne faiblit pas
Briançon est une ville-étape. Depuis fin 2016, le col de Montgenèvre sert de point de passage entre l’Italie et la France, comme le rappelle France Culture dans un grand reportage consacré à la frontière. Les migrants traversent la montagne, arrivent à Briançon, puis cherchent à rejoindre d’autres villes françaises.
Les chiffres ont explosé en dix ans. En 2016, la Direction centrale de la police aux frontières (DCPAF) de Briançon recensait 316 décisions de non-admission. En 2017, ce nombre atteignait 1 900, selon les données publiées au Journal officiel. En septembre 2025, l’association Les Terrasses Solidaires alertait sur une hausse de 85 % des arrivées au poste-frontière de Montgenèvre.
Depuis mai 2025, les forces de l’ordre ont été renforcées à la frontière franco-italienne, selon le Forum Civique. La pression s’est accrue sur les associations déjà sollicitées à leur maximum.
Les associations à la limite
En 2023, Le Monde rapportait déjà que l’accueil à Briançon était devenu « non gérable » selon les associations locales, après un afflux massif au printemps de cette année-là. Trois ans plus tard, la situation n’a pas fondamentalement changé. Depuis janvier 2026, le collectif Tous Migrants documente des situations critiques de familles et de personnes isolées à la frontière haute.
Les 6 et 7 février 2026, la Commémor’action organisée à Briançon a réuni plus de 400 personnes - 150 le vendredi, 250 le samedi - pour honorer les migrants disparus dans les montagnes frontalières, selon la page Facebook de Tous Migrants. Un rassemblement annuel qui illustre la mobilisation locale, mais aussi la permanence du drame.
Un contexte européen qui se referme
Le 10 février 2026, le Parlement européen a adopté des modifications aux règlements sur l’asile, facilitant les procédures accélérées pour les ressortissants de pays tiers dits « sûrs », selon le ministère de l’Intérieur. Ces réformes pourraient peser sur le traitement des dossiers en préfecture des Hautes-Alpes, bien que leurs effets locaux précis restent à confirmer.
Pour les migrants qui attendent au rond-point de la Grande Boucle, la question est plus immédiate : trouver un conducteur qui accepte de les emmener vers Grenoble, Lyon ou Paris. Les bénévoles sont là. Les voitures, pas toujours.
Un précédent qui remonte à 2015
Le Briançonnais n’est pas nouveau dans l’accueil de populations exilées. En 2015, à la demande de l’État, 21 personnes venues de Calais avaient été hébergées dans des Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) du secteur, rappelle le site de Tous Migrants. Ce qui était alors une mesure exceptionnelle est devenu, en une décennie, une réalité quotidienne que les structures locales peinent à absorber.
Sources
- Le Dauphiné Libéré : Au rond-point de la Grande Boucle, des migrants autostoppeurs cherchent à quitter les Hautes-Alpes
- Le Monde : A Briançon, l'accueil des migrants de plus en plus compliqué : « Ce n'est plus gérable »
- France Culture : Briançon, une zone frontière à bout de souffle
- Tous Migrants : Communiqués de presse – Tous Migrants