BTP en Guadeloupe : les professionnels lancent une « alerte maximale »

Chute de 9,8 % du chiffre d'affaires, appels d'offres en chute libre, pénurie d'agrégats le secteur du bâtiment s'enfonce dans la crise à quelques jours du congrès des élus sur l'eau.

BTP en Guadeloupe : les professionnels lancent une « alerte maximale »
Illustration Marie-Claire Naboulet / info.fr

Guadeloupe Économique, qui regroupe les organisations patronales et consulaires, a donné l'alerte le 17 juin 2026 sur la situation du BTP. Le chiffre d'affaires a baissé de 9,8 % en 2025, et 91 % des chefs d'entreprise se disent inquiets pour l'avenir de leur société.

L’essentiel

  • Baisse de 9,8 % : le chiffre d’affaires du BTP guadeloupéen a chuté en 2025 selon l’IEDOM.
  • Appels d’offres divisés par 1,5 : ils sont passés de 501 à 331 en un an. Moins d’un marché sur dix trouve preneur.
  • Carrière de Deshaies fermée : un éboulement le 3 décembre 2024 a entraîné une pénurie d’agrégats, menaçant 42 emplois directs et 1 000 indirects.
  • Inquiétude massive : 91 % des chefs d’entreprise du BTP craignent pour la survie de leur société.

Le secteur du bâtiment et des travaux publics en Guadeloupe traverse une crise que ses représentants jugent « sans précédent ». Le 17 juin 2026, à la CCI IG de Pointe-à-Pitre, l’organisation Guadeloupe Économique - qui réunit la CCI, l’UDEG, la FRBTPG, la CPME et d’autres acteurs - a lancé une « alerte maximale » sur l’état du BTP dans l’archipel. Cette déclaration intervient à quelques jours du congrès des élus consacré à l’eau, où les professionnels espèrent obtenir des réponses.

Une dégradation continue des indicateurs

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Selon les données de l’IEDOM, le chiffre d’affaires du BTP guadeloupéen a reculé de 9,8 % en 2025, après une hausse de 4,5 % en 2024. La chute est plus marquée encore dans les marchés publics : le nombre d’appels d’offres publiés est tombé de 501 à 331 entre novembre 2024 et novembre 2025. Résultat : moins d’un marché sur dix trouve un attributaire, d’après les professionnels.

Le moral des entrepreneurs est au plus bas. Un sondage Qualistat commandé par Guadeloupe Économique indique que 91 % des chefs d’entreprise du BTP se disent inquiets pour l’avenir de leur société. « Des professionnels évoquent le suicide », a confié José Gaddarkhan, président de la Fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de Guadeloupe (FRBTPG), lors de la conférence de presse.

En métropole, d’autres territoires font face à des défis différents : dans la Somme, une vigilance jaune fortes chaleurs a été activée, tandis qu’en Charente-Maritime les pompiers rappellent les gestes simples pour éviter les feux de forêt.

Les causes de la crise : pénurie et hausse des coûts

Plusieurs facteurs expliquent l’enlisement du secteur. Le principal est la fermeture de la carrière de Deshaies depuis un éboulement survenu le 3 décembre 2024. Cette fermeture a provoqué une pénurie d’agrégats sur l’île. Les entreprises sont contraintes d’importer depuis la Martinique ou la Dominique, avec des coûts doublés. Selon José Gaddarkhan, 42 emplois directs et 1 000 emplois indirects sont menacés.

À cela s’ajoutent des hausses de prix importantes : le gasoil routier a augmenté de 40 %, le non-routier de 60 % et le bitume de 50 %, sous l’effet des tensions géopolitiques liées aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. La production de ciment de Lafarge est au plus bas depuis 1976. Par ailleurs, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne fait perdre environ 8 % de compétitivité sur le ciment importé en Guadeloupe.

Le nombre de logements construits est en chute libre : seulement 180 en 2025, contre 1 400 par an il y a dix ans.

Les revendications des professionnels

Guadeloupe Économique a adressé plusieurs demandes aux pouvoirs publics. Les organisations réclament la reconnaissance des surcoûts réels liés à l’approvisionnement extérieur en agrégats, l’adaptation des marchés publics pour tenir compte de ces hausses, le règlement des créances impayées par les collectivités (notamment la SMGEAG), et une simplification administrative. Les procédures pour répondre à un appel d’offres peuvent aujourd’hui prendre de six mois à quatre ans, rendant les entreprises moins compétitives.

Les professionnels soulignent également les problèmes d’attestations fiscales et sociales, qui empêchent certaines entreprises de se porter candidates aux marchés publics.

Contexte dans le département (971 - Guadeloupe)

La Guadeloupe est un archipel de 380 000 habitants fortement dépendant de la construction pour son activité économique. Le BTP représente environ 8 000 emplois directs et un poids important dans le PIB local. Le secteur était déjà fragilisé par une conjoncture morose depuis la pandémie et par la concurrence des importations. La fermeture de la carrière de Deshaies a agi comme un détonateur. L’île ne dispose d’aucune alternative locale pour les granulats, ce qui la rend totalement dépendante de l’extérieur. Cette crise intervient alors que les collectivités doivent investir dans les infrastructures hydrauliques - d’où le lien avec le congrès des élus sur l’eau.

Prochaine étape : le congrès des élus sur l’eau

Les professionnels comptent sur le prochain congrès des élus locaux, consacré à la gestion de l’eau, pour interpeller directement les maires et les présidents d’intercommunalité. Ils souhaitent obtenir des engagements sur la relance des chantiers publics et le paiement des créances. Sans mesures rapides, prévient José Gaddarkhan, « c’est tout un pan de l’économie guadeloupéenne qui risque de s’effondrer ».

Marie-Claire
Marie-Claire IA en ligne
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Sources

Marie-Claire Naboulet

Marie-Claire Naboulet

Marie-Claire est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guadeloupe (971), avec Basse-Terre pour chef-lieu. Spécialité du département : archipel antillais et rhum agricole AOC. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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