Canicule : trois réacteurs nucléaires du Rhône à l’arrêt ou ralentis
Face à la hausse des températures du fleuve, EDF a stoppé Bugey 3 et réduit la puissance de huit autres réacteurs. L'ASNR accorde une dérogation temporaire.
Le 12 juillet 2026, EDF a mis à l'arrêt le réacteur Bugey 3 et réduit la puissance de huit autres unités le long du Rhône en raison de la canicule. L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a autorisé une dérogation thermique jusqu'au 20 juillet pour éviter des coupures.
L’essentiel
- Trois réacteurs à l’arrêt : Bugey 3 (Rhône), Golfech 2 (Garonne) et Chooz 2 (Meuse) ont été coupés le 12 juillet 2026
- Huit réacteurs ralentis : Saint-Alban 1 et 2, Bugey 4 et 5, Tricastin 3 fonctionnent à puissance réduite
- Dérogation ASNR : valable jusqu’au 20 juillet 2026, elle limite l’échauffement du Rhône à 1 °C entre amont et aval
- Pic de consommation : fin juin 2026, la demande électrique nationale a atteint 57 GW en raison des climatiseurs
Ce qui s’est passé le 12 juillet
Le réacteur nucléaire Bugey 3, situé sur le fleuve Rhône dans l’Ain, a été mis à l’arrêt le 12 juillet 2026, selon EDF. La hausse des températures du fleuve, liée à la canicule, empêche le refroidissement du réacteur dans les limites réglementaires. Deux autres réacteurs ont été coupés le même jour : Golfech 2 au bord de la Garonne et Chooz 2 sur la Meuse.
Huit réacteurs fonctionnent à puissance réduite, dont Saint-Alban 1 et 2, Bugey 4 et 5, et Tricastin 3, tous implantés le long du Rhône. Cette réduction permet de limiter les rejets thermiques dans le fleuve, déjà échauffé par les températures extérieures dépassant 35 °C dans la vallée.
Une dérogation temporaire accordée par l’ASNR
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a publié le 10 juillet 2026 une décision n° 2026-DC-052 modifiant de manière temporaire les limites de rejets pour la centrale nucléaire du Bugey. La mesure, homologuée par la ministre chargée de la sûreté nucléaire le même jour, reste en vigueur jusqu’au 20 juillet 2026.
Selon l’ASNR, la dérogation impose que l’échauffement du Rhône entre l’amont et l’aval de la centrale reste inférieur à 1 °C. Une surveillance renforcée des paramètres environnementaux accompagne cette autorisation exceptionnelle.
Le gestionnaire de réseau RTE a qualifié le maintien à puissance minimale du Bugey de « nécessité publique » pour garantir la stabilité électrique. Lors de la vague de chaleur de fin juin 2026, la surconsommation nationale liée aux climatiseurs a atteint un pic estival proche de 57 GW, selon RTE.
Contexte dans le Rhône
Le département du Rhône ne possède aucune centrale nucléaire sur son territoire. Les installations concernées - Bugey, Saint-Alban, Tricastin - se situent dans les départements voisins (Ain, Isère, Drôme) le long du fleuve Rhône. Le fleuve traverse néanmoins le département du Rhône sur plusieurs dizaines de kilomètres, notamment à Lyon et dans la vallée du Rhône.
La métropole de Lyon, qui regroupe 1,4 million d’habitants, dépend partiellement de l’électricité produite par ces centrales pour alimenter son réseau. Les autorités locales ont ouvert des salles climatisées dans plusieurs communes, comme à Argenteuil en Val-d’Oise, pour protéger les populations fragiles.
Un arbitrage entre sécurité du réseau et protection du fleuve
La décision de l’ASNR illustre l’arbitrage entre maintien de la production électrique et préservation de l’écosystème du Rhône. Les rejets thermiques des centrales, lorsqu’ils s’ajoutent à la température naturelle du fleuve en période caniculaire, peuvent affecter la faune aquatique.
Les limitations de rejets, fixées en temps normal pour protéger l’environnement, deviennent contraignantes lorsque le fleuve dépasse 24 °C. La dérogation temporaire permet de maintenir une production minimale tout en surveillant l’impact sur le milieu naturel.
Situation à surveiller jusqu’au 20 juillet
La dérogation accordée par l’ASNR expire le 20 juillet 2026. Si les températures restent élevées au-delà de cette date, EDF devra solliciter une nouvelle autorisation ou réduire davantage la puissance des réacteurs concernés. Météo-France prévoit une atténuation de la canicule en milieu de semaine prochaine, ce qui pourrait permettre un retour à la normale.
Le Rhône connaît régulièrement des épisodes de chaleur en été, mais la fréquence et l’intensité des canicules augmentent depuis plusieurs années, compliquant la gestion du parc nucléaire français, largement implanté le long des fleuves.