Carqueiranne : le préfet du Var signe le permis de la Trenette, 171 logements
Simon Babre a délivré l'autorisation de construire pour 171 logements dont 54 sociaux, malgré l'opposition frontale du maire Arnaud Latil qui dénonce un "passage en force".
Le préfet du Var a signé le permis de construire du projet immobilier La Trenette à Carqueiranne (171 logements, 54 sociaux). Le maire Arnaud Latil crie au "passage en force" et menace de saisir le tribunal administratif. Le dossier était enlisé depuis 2018.
L’essentiel
- Fait 1 : Le préfet Simon Babre a signé le 18 juin 2026 le permis de construire du projet La Trenette à Carqueiranne : 171 logements, dont 54 sociaux.
- Fait 2 : La préfecture avait repris la compétence de délivrance des permis sur la commune, faute de taux de logements sociaux suffisant (environ 6 %, contre 25 % exigés par la loi SRU).
- Fait 3 : Le maire Arnaud Latil s’oppose fermement à cette décision, qu’il qualifie de « passage en force ». Il affirme que le permis couvre en réalité 200 logements.
- Fait 4 : Le projet initial déposé en 2018 prévoyait 398 logements. Après négociations, il a été réduit à 171.
Le préfet signe, le maire s’indigne
Le préfet du Var, Simon Babre, a signé jeudi 18 juin 2026 le permis de construire du projet immobilier « La Trenette » (parfois orthographié « La Trelette ») à Carqueiranne, commune de 9 500 habitants située entre Toulon et Hyères. Ce permis autorise la construction de 171 logements, dont 54 logements sociaux, sur une parcelle de 2,8 hectares en centre-ville, en friche depuis une quarantaine d’années (parcelles cadastrales Section AZ n°45, 46, 47, 51, 98). Un accord avait été signé le 26 mars 2026 avec le SCCV Carqueiranne La Trelette / Cogedim Provence, selon les services de la préfecture.
Cette signature intervient dans un contexte tendu. Depuis le 30 janvier 2026, le préfet a repris la compétence de délivrance des permis de construire sur la commune de Carqueiranne par arrêté préfectoral de substitution, en application de la loi SRU. La commune affichait alors un taux de logements sociaux d’environ 5,5 à 6,3 %, très loin des 25 % exigés par la loi Solidarité et Renouvellement Urbain. Selon la préfecture, près de 37 000 ménages sont en demande de logement social dans le Var.
« Un passage en force » selon le maire
Le maire de Carqueiranne, Arnaud Latil, a immédiatement réagi dans les colonnes de Nice-Matin. « C’est un passage en force », a-t-il déclaré, dénonçant une décision prise sans concertation suffisante. « J’ai proposé un projet alternatif de 100 à 120 logements, avec davantage de logements sociaux. Le préfet a refusé d’en discuter. » Il affirme par ailleurs que le permis accordé prévoit en réalité 200 logements, un chiffre que contredit la préfecture, qui maintient le nombre de 171.
Lors d’une convocation à la préfecture le 16 juin, le ton serait monté. Arnaud Latil relate que le préfet lui « a parlé comme à un gosse » et aurait évoqué la possibilité de créer une aire de grand passage pour gens du voyage sur le même terrain, ce que le maire interprète comme une menace à peine voilée. « Il a utilisé l’outil réglementaire pour me faire plier », a-t-il confié au quotidien régional. Contacté par info.fr, le cabinet du préfet n’a pas souhaité commenter ces échanges.
Un dossier enlisé depuis 2018
Le projet La Trenette n’est pas neuf. Un premier permis de construire avait été déposé en 2018 pour environ 398 logements. Il avait suscité une vive opposition locale et n’avait jamais été délivré. Le préfet Simon Babre, interrogé par Nice-Matin, a justifié sa décision comme une « main tendue » pour débloquer un dossier qui « piétine depuis huit ans ». « Ma seule boussole, c’est la recherche de compromis », a-t-il affirmé, soulignant que les négociations avaient permis de réduire la densité de 398 à 171 logements, et d’améliorer l’intégration architecturale avec un style « provençal ».
Le promoteur Cogedim Provence, bénéficiaire du permis, voit le jour. Mais le maire ne compte pas en rester là. Il a annoncé son intention de saisir le tribunal administratif de Toulon pour contester la légalité de l’arrêté préfectoral et du permis de construire. « Nous allons utiliser toutes les voies de recours », a-t-il prévenu.
Contexte dans le Var
La situation de Carqueiranne illustre les tensions persistantes autour de la production de logements sociaux dans le Var. Le département connaît une croissance démographique d’environ 0,7 % par an, soit 7 500 nouveaux habitants supplémentaires chaque année, selon les données de la préfecture. En 2025, 2 173 logements sociaux ont été lancés dans le Var, un chiffre en hausse mais encore insuffisant face aux 36 826 demandes enregistrées. Un précédent article d’info.fr détaillait ce décalage. Carqueiranne fait partie des communes du littoral varois où le foncier est rare et cher, ce qui complique la réalisation des objectifs SRU. Sur les 26 communes varoises soumises à la loi SRU, plusieurs sont en déficit et sous le coup de procédures de reprise de compétence par l’État.
Le député de la circonscription, Jean-Louis Masson, a pris la défense du maire, dénonçant une méthode « brutale » du préfet et appelant à un « moratoire sur ce projet jusqu’à une réelle concertation ».
La suite : un recours au tribunal administratif
Le permis de construire est désormais signé, mais la bataille juridique ne fait que commencer. Arnaud Latil promet un recours devant le tribunal administratif. De son côté, le préfet espère que ce compromis permettra de « tourner la page » et de relancer la construction de logements sur la commune. Les premiers coups de pioche ne sont pas attendus avant 2027.
Sources
- Presse83 : Carqueiranne : le préfet du Var signe le permis de la Trenette, 171 logements
- Nice Matin : "Ma seule boussole, c'est la recherche de compromis" : à Carqueiranne, malgré la polémique politique, le préfet signe le permis de construire pour 171 logements
- Nice Matin : "Il m'a parlé comme à un gosse !" : le maire de Carqueiranne furieux après sa rencontre avec le préfet
- Préfecture du Var : Poursuivre la dynamique engagée en 2025 - Logement social dans le Var

