Charente : un an après la tutelle, le département tente de se redresser
Placé sous contrôle préfectoral en avril 2025, le département a adopté un budget de 624 millions d'euros pour 2026, sans hausse d'impôts.
Le département de la Charente sort d'une crise budgétaire sans précédent. Mis sous tutelle préfectorale en avril 2025 - une première pour un département métropolitain depuis 1982 - , il a adopté un budget de transition pour 2026. Une évaluation est prévue en mai.
Le 22 avril 2025, le préfet de la Charente, Jérôme Harnois, prenait une décision rarissime : dessaisir le conseil départemental de ses pouvoirs budgétaires. Motif : le rejet, pour la troisième fois consécutive, du budget primitif 2025 de 615 millions d’euros. Selon Le Monde, il s’agissait de la première mise sous tutelle d’un département métropolitain depuis les lois de décentralisation de 1982. Le seul précédent connu remontait à 1999, en Guadeloupe, pour des raisons financières.
Un blocage politique à l’origine de la crise
La crise n’est pas venue d’un déficit structurel incontrôlable, mais d’une fracture interne. Six élus de la majorité de gauche, dont la sénatrice PS Nicole Bonnefoy, se sont abstenus lors des votes successifs, rendant l’adoption du budget impossible. Philippe Bouty, président du conseil départemental (DVG), a refusé de démissionner. Il a dénoncé publiquement une « tentative de putsch » de la part de l’opposition de droite et des dissidents de sa propre majorité, assurant que son budget était sincère, selon CNews.
Une fois la tutelle activée, la Chambre régionale des comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine a disposé d’un mois pour élaborer un nouveau projet de budget. Le préfet l’a ensuite rendu exécutoire par arrêté dans un délai de vingt jours supplémentaires, comme le prévoit le code des collectivités locales. Dans l’intervalle, les dépenses de fonctionnement de 2024 ont été reconduites. Résultat concret pour les 350 000 habitants et les 2 000 agents du département : les aides sociales obligatoires ont été maintenues, mais les projets non essentiels ont été suspendus. Les communes charentaises, Angoulême en tête, se sont retrouvées sans visibilité financière pour leurs propres investissements, selon France 3 Nouvelle-Aquitaine et le site Ici.fr.
Un budget 2026 adopté, sans hausse d’impôts
Un an après, le département a repris la main. Un budget de transition de 624 millions d’euros a été adopté pour 2026, sans augmentation d’impôts. Il prévoit 181,9 millions d’euros de dépenses de fonctionnement, dont près de 60 % fléchés vers les solidarités humaines. Les recettes progressent de 1,58 % par rapport à 2025 pour maintenir l’équilibre, selon les données publiées sur le compte LinkedIn du département.
Ce budget s’inscrit dans un contexte national tendu : déficit public à 5,4 % du PIB, dette à 115 % du PIB. La sortie de tutelle a permis de stabiliser la situation, mais les marges de manœuvre restent étroites. La Charente Libre citait déjà fin 2024 le président de la CRC, qui jugeait la situation « extrêmement grave ».
Prochaine étape : mai 2026
Une évaluation des impacts post-tutelle est attendue lors d’une session du conseil départemental en mai 2026. L’enjeu : mesurer les effets concrets sur les services aux habitants et sur la capacité d’investissement du territoire. Les communes, qui ont subi une année de gel partiel, attendent des signaux clairs sur la reprise des financements croisés.
Sources
- Le Monde : La Charente, premier département mis sous tutelle depuis plus de vingt-cinq ans
- La Croix : Charente : le département placé sous tutelle faute de budget adopté
- France 3 Nouvelle-Aquitaine : La gestion du budget du département de la Charente désormais sous tutelle de la préfecture
- Charente Libre : Le Département sans budget : « C'est extrêmement grave »