La Chine rattrapée par la faiblesse de sa demande intérieure
L'activité manufacturière chinoise s'est contractée de manière inattenée en juillet, révélant la fragilité persistante de la consommation domestique malgré les promesses de relance.
Pour la première fois depuis février, l'activité manufacturière chinoise a reculé en juillet 2026. Le PMI est tombé à 49,2, en dessous du seuil de 50 qui sépare expansion et contraction. Un signal d'alarme qui révèle la faiblesse structurelle de la demande intérieure, malgré les typhons invoqués pour expliquer une partie du repli.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le PMI manufacturier chinois est tombé à 49,2 en juillet 2026, première contraction depuis février, contre 50,3 en juin.
- L'indice des nouvelles commandes s'est effondré à 48,5, son plus bas niveau depuis 38 mois.
- Le PMI non manufacturier a chuté à 49,0, sa plus forte contraction depuis plus de trois ans.
- La croissance économique chinoise au T2 2026 s'est établie à 4,3%, la plus faible depuis trois ans.
- Le président Xi Jinping a reconnu le 30 juillet les difficultés économiques et promis un renforcement des politiques macroéconomiques.
Les chiffres publiés le 31 juillet par le Bureau national des statistiques (NBS) chinois ont pris de court les économistes. Le PMI manufacturier officiel est tombé à 49.4 en juillet, contre 49.5 en juin, marquant la première contraction depuis février et manquant les prévisions qui tablaient sur un maintien autour de 50.
Un recul sur tous les fronts
Le repli ne touche pas que l’industrie. Le PMI non manufacturier, qui mesure l’activité dans les services et la construction, a chuté à 50.2 contre 50.5 en juin, sa plus forte contraction depuis plus de trois ans. Le secteur de la construction affiche un score de 51.2, un record bas, en baisse de 2 points en un mois.
L’indice composite, qui agrège manufacturier et services, s’établit à 49,3 selon les données Wind, son niveau le plus faible depuis 2023. Après quatre mois d’expansion ininterrompue, la dynamique s’est brutalement inversée.
Les commandes s’effondrent
Le signal le plus préoccupant vient de l’indice des nouvelles commandes, sous-composante clé du PMI manufacturier. Il s’est effondré à 48,5, son plus bas niveau depuis février 2023 (environ 17 mois). Cette chute reflète l’effondrement de la demande intérieure, désormais minée par la crise persistante du secteur immobilier et le manque de confiance des ménages.
Selon Julian Evans-Pritchard, économiste chez Capital Economics cité par CNBC, les typhons et les conditions météorologiques extrêmes ont certes perturbé la production en juillet, mais la faiblesse de la demande domestique reste le facteur principal de la contraction. Le NBS a lui-même évoqué les pluies, inondations et températures extrêmes dans son communiqué, mais ces perturbations ponctuelles ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du recul des commandes.
Les exportations, soutien fragile
Les exportations chinoises, dopées par la demande mondiale pour l’électronique et les composants liés à l’intelligence artificielle, ont offert un soutien relatif à l’activité. Mais ce moteur montre des signes d’essoufflement. Après une forte poussée en juin, motivée par l’anticipation de nouveaux tarifs américains, les ventes à l’étranger ont ralenti en juillet, selon les analyses de China Beige Book et de CNBC.
Le Figaro rappelle que cette dépendance aux exportations intervient dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec les États-Unis et l’Union européenne, qui limitent les marges de manœuvre de Pékin pour compenser la faiblesse de sa consommation intérieure.
Xi Jinping promet des mesures
Le président Xi Jinping a reconnu le 30 juillet, soit la veille de la publication des PMI, les « difficultés et défis » de l’économie chinoise. Selon l’agence Chine Nouvelle, il a appelé à renforcer les politiques macroéconomiques et à exploiter le potentiel de la demande intérieure. Des engagements qui restent pour l’instant au stade des promesses.
La croissance économique chinoise au deuxième trimestre 2026 s’est établie à 4,3% en rythme annuel, la plus faible depuis trois ans, manquant la cible inférieure de 4,5% fixée par Pékin. Le gouvernement doit maintenant convaincre qu’il peut inverser la tendance au second semestre.
Contexte en Chine
La Chine reste la deuxième économie mondiale et le premier partenaire commercial de nombreux pays, dont la France. Mais sa trajectoire de croissance ralentit. La crise immobilière, déclenchée en 2021 par les difficultés du géant Evergrande, continue de peser sur la confiance des ménages et la consommation. Le secteur représente environ un quart du PIB chinois et son effondrement a des répercussions en cascade sur l’emploi et l’épargne.
Selon le NBS, le taux de chômage urbain officiel s’établit à 5,0% en juin, mais les économistes jugent ce chiffre sous-estimé. Le chômage des jeunes, lui, s’établit à 17.1%, un niveau qui alimente les craintes de tensions sociales. Face à ces défis, Pékin hésite entre relance budgétaire massive et discipline financière.
Un espoir de rebond au second semestre
Malgré la contraction de juillet, les indices mesurant les anticipations des entreprises pour leur production future ont bien résisté, note Capital Economics. Cette résilience suggère que les acteurs économiques parient sur un soutien politique budgétaire accru au second semestre 2026.
Reste à savoir si Pékin déploiera les moyens nécessaires pour relancer la machine. Les prochains mois diront si les promesses de Xi Jinping se traduiront en mesures concrètes capables de ranimer une demande intérieure durablement atone.
