Chlordécone : la HAS publie ses recommandations de suivi médical, un colloque s’ouvre en Martinique
La Haute Autorité de santé dévoile des protocoles inédits de dépistage et de surveillance. En parallèle, 300 chercheurs se réunissent à l'Université des Antilles pour un colloque scientifique.
La Haute Autorité de santé (HAS) a publié ce mercredi 24 juin 2026 des recommandations officielles pour harmoniser le suivi médical des personnes exposées à la chlordécone aux Antilles. Cette publication coïncide avec l’ouverture, la veille, du colloque scientifique international « Chlordécone Comprendre & agir » à l’Université des Antilles, sous l’égide du préfet de la Martinique.
L’essentiel
- Fait 1 : La HAS publie le 24 juin 2026 des recommandations de bonne pratique sur le dosage de la chlordéconémie et le suivi des patients.
- Fait 2 : Le colloque international « Chlordécone : Comprendre & agir » a débuté le 23 juin 2026 sur le campus de Schoelcher, réunissant 300 chercheurs.
- Fait 3 : Ces annonces interviennent après la confirmation du non-lieu par la cour d’appel de Paris (22 juin) et la promulgation de la loi du 12 juin 2026 reconnaissant la responsabilité de l’État.
- Fait 4 : Un village grand public « Chlor’acteurs » est prévu le 26 juin à Fort-de-France pour sensibiliser la population.
Des recommandations inédites de la HAS
La Haute Autorité de santé (HAS) a diffusé ce mercredi 24 juin 2026 des recommandations de bonne pratique destinées aux professionnels de santé de Guadeloupe et de Martinique. Élaborées en collaboration avec la Société de toxicologie clinique (STC), elles visent à standardiser le dosage de la chlordéconémie et à organiser la surveillance des personnes exposées.
Concrètement, le texte prévoit :
- Un suivi gynécologique renforcé pour les femmes enceintes présentant un taux détectable de chlordécone, afin de prévenir les risques de prématurité.
- Une surveillance neurodéveloppementale annuelle pour les enfants exposés avant l’âge de 7 ans, jusqu’à leurs 18 ans.
- Un dépistage systématique du cancer de la prostate pour tous les hommes exposés à partir de 45 ans, quel que soit leur niveau de chlordéconémie.
Selon la HAS, ces recommandations doivent permettre d’« harmoniser les pratiques » et d’améliorer le dépistage précoce
dans les territoires les plus touchés.
Un colloque scientifique d’envergure
Parallèlement, le colloque international « Chlordécone : Comprendre & agir » s’est ouvert lundi 23 juin 2026 sur le campus de Schoelcher de l’Université des Antilles. Organisé jusqu’au 25 juin, il rassemble près de 300 chercheurs, experts en toxicologie, épidémiologie et sciences sociales.
Le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, a ouvert les débats en soulignant l’importance de la mobilisation scientifique
face à un problème sanitaire persistant
. Les échanges portent sur les impacts à long terme du pesticide, les stratégies de dépollution des sols et les dispositifs de soins adaptés.
Contexte dans le département de la Martinique
Avec une population d’environ 370 000 habitants, la Martinique est l’un des deux départements français (avec la Guadeloupe) où l’utilisation intensive de la chlordécone dans les bananeraies a contaminé les sols et les ressources en eau. Selon les données de Santé publique France, près de 90 % des adultes martiniquais présentent des traces du pesticide dans leur organisme. L’exposition chronique est liée à un risque accru de cancer de la prostate et de complications obstétricales. Ces recommandations de la HAS constituent une première réponse structurée à un problème sanitaire majeur pour le territoire.
Un contexte juridique récent
Ces annonces interviennent dans un climat judiciaire et politique tendu. Le 22 juin 2026, la cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’enquête pénale sur le scandale du chlordécone, une décision qui a suscité l’indignation des associations de victimes. Quelques jours plus tôt, le 12 juin 2026, une loi promulguée au Journal officiel a acté la reconnaissance officielle de la responsabilité de l’État dans ce dossier - une avancée que le Parlement avait déjà validée en mai (notre article sur la reconnaissance par le Parlement). Les travaux du colloque et les nouvelles recommandations médicales cherchent à traduire en actes concrets cette responsabilité reconnue.
Prochaine étape : le village grand public
Le colloque s’achèvera le 25 juin, mais un temps fort est prévu le 26 juin 2026 : le Village Chlor’acteurs
sera installé à Fort-de-France pour sensibiliser la population aux risques et aux gestes de prévention. Animations, stands d’information et ateliers pratiques sont au programme. L’accès est gratuit.
Ces initiatives témoignent d’une volonté - tant scientifique qu’institutionnelle - de comprendre et agir
, comme le résume le nom du colloque. La loi du 12 juin a posé le cadre politique ; aux médecins et chercheurs d’en décliner les applications concrètes.