Colmar : un député LFI demande l’interdiction du banquet du Canon Français

Emmanuel Fernandes a alerté le préfet du Haut-Rhin le 29 avril, citant des incidents graves survenus lors d'éditions précédentes à Caen.

Colmar : un député LFI demande l'interdiction du banquet du Canon Français
Illustration Jean Muller / info.fr

Le député LFI Emmanuel Fernandes a saisi le préfet du Haut-Rhin pour demander l'annulation du banquet du Canon Français prévu le 30 mai 2026 au Parc des Expositions de Colmar. Il invoque des incidents documentés lors d'éditions passées saluts nazis, propos racistes, violences. Le maire Éric Straumann renvoie la décision à l'État.

Le député LFI Emmanuel Fernandes a saisi le préfet du Haut-Rhin pour demander l’annulation du banquet du Canon Français prévu le 30 mai 2026 au Parc des Expositions de Colmar. Il invoque des incidents documentés lors d’éditions passées : saluts nazis, propos racistes, violences. Le maire Éric Straumann renvoie la décision à l’État.

L’essentiel

  • Événement : Le banquet du Canon Français est prévu le 30 mai 2026 au Parc des Expositions de Colmar, avec 3 300 participants attendus à 80 euros l’entrée.
  • Demande d’interdiction : Le député LFI Emmanuel Fernandes a alerté le préfet du Haut-Rhin le 29 avril 2026 pour exiger l’annulation de l’événement.
  • Incidents à Caen : Lors du banquet du 18 avril 2026 à Caen, des participants ont été filmés réalisant des saluts nazis et proférant des insultes racistes et homophobes ; l’eurodéputée Emma Fourreau a saisi le procureur.
  • Financement : L’événement est financé par le milliardaire Pierre-Edouard Stérin, qui a engagé 150 millions d’euros sur dix ans via son projet Périclès pour promouvoir une union des droites.
  • Position du maire : Éric Straumann (divers droite) déclare ne pas anticiper de trouble à l’ordre public et ne pas avoir l’autorité pour interdire l’événement.

La demande du député Fernandes

Le 29 avril 2026, Emmanuel Fernandes, élu de la 2e circonscription du Bas-Rhin, a publiquement interpellé le préfet du Haut-Rhin sur X avant de lui adresser un courrier officiel.

Dans un communiqué relayé par actu.fr, le député a déclaré : « Colmar ne doit pas devenir une vitrine de la banalisation de l’extrême droite et son projet mortifère. » Il appelle le maire Éric Straumann à s’opposer à l’organisation de l’événement sur le sol colmarien.

Fernandes liste plusieurs griefs : propos racistes, islamophobes et homophobes tenus par des participants lors d’éditions précédentes, saluts nazis filmés en rue, violences en ville. Il s’appuie notamment sur ce qui s’est passé à Caen mi-avril.

Les incidents de Caen, déclencheur de la polémique nationale

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Le 18 avril 2026, un banquet du Canon Français s’est tenu à Caen. Selon France 3 Normandie, des participants ont été filmés en train de réaliser des saluts nazis dans la rue et de proférer des insultes racistes, islamophobes, homophobes ainsi que des menaces de viols. L’eurodéputée LFI Emma Fourreau a adressé un signalement au procureur de la République.

Ces images ont circulé sur les réseaux sociaux et alimenté la controverse nationale autour du Canon Français, quelques semaines avant l’édition colmarienne. À noter : le banquet de Troyes a rassemblé 4 500 participants sans incident signalé, selon nos informations.

Qu’est-ce que le Canon Français ?

Le Canon Français est une association fondée en 2021. Elle organise des banquets festifs, souvent dans des lieux historiques ou des châteaux. En 2025, selon les DNA, ses événements ont accueilli environ 70 000 participants au total. L’édition de Colmar serait la première en Alsace.

Depuis 2025, l’association est financée par Pierre-Edouard Stérin, milliardaire né en 1974 à Évreux. Ce dernier a lancé en 2024 le projet Périclès, doté de 150 millions d’euros sur dix ans, visant à financer des structures proches de l’extrême droite et à promouvoir une union des droites. Stérin avait déjà été impliqué dans des polémiques en Alsace en 2025, notamment via le financement partiel du carnaval de Mulhouse, selon les DNA.

L’entrée au banquet de Colmar est fixée à 80 euros par personne. Quelque 3 300 places sont proposées, selon France 3 Grand Est.

La position du maire Straumann : le préfet doit décider

Éric Straumann, maire de Colmar (divers droite), a répondu le 29 avril. Il indique n’anticiper aucun trouble à l’ordre public et estime ne pas avoir l’autorité légale pour interdire l’événement. La salle du Parc des Expositions est gérée par Colmar Expo, entité distincte de la municipalité.

Il a déclaré, cité par France 3 : « S’il y a une décision à prendre, c’est au niveau de l’État, comme cela a été le cas pour des pseudo-humoristes antisémites. » Il précise ne pas vouloir prononcer un refus de vente qu’il jugerait illégal.

Dans les DNA du 29 avril, Nicolas Schreiner, figure locale, a publié un courrier aux lecteurs estimant que « la question du maintien du banquet doit se poser », en raison des connotations extrémistes reprochées à l’événement.

Contexte dans le Haut-Rhin

Colmar est la deuxième ville du Haut-Rhin, avec environ 70 000 habitants. La ville accueille chaque année plusieurs manifestations culturelles de grande envergure, dont le marché de Noël, l’un des plus fréquentés d’Alsace. Le Parc des Expositions, géré par Colmar Expo, est régulièrement utilisé pour des événements de plusieurs milliers de personnes.

La région Grand Est, et l’Alsace en particulier, n’est pas étrangère aux tensions autour du financement de Stérin. En 2025, le carnaval de Mulhouse avait suscité une polémique similaire après révélation de son soutien financier, toujours selon les DNA.

La demande d’interdiction par un préfet reste un acte rare mais pas sans précédent. À Quimper, en avril 2026, un banquet du Canon Français a été annulé après des pressions de la mairie PS et de groupes de gauche, selon Le Télégramme. À Piré-Chancé, en Ille-et-Vilaine, un événement similaire avait été annulé en octobre 2025 en raison de la polémique sur les liens avec Stérin. Ces questions d’ordre public liées à des rassemblements privés illustrent les marges de manœuvre des préfets en la matière.

Le contexte politique local joue également. Le Haut-Rhin a connu une montée des tensions idéologiques ces dernières années, visibles dans plusieurs communes. Des mobilisations contre l’extrême droite ont eu lieu dans d’autres villes françaises sur des sujets comparables.

Précédents d’annulation : un signal pour Colmar ?

Le Canon Français a enregistré au moins deux annulations récentes. À Quimper, la pression de la municipalité PS et de collectifs locaux a conduit les organisateurs à renoncer en avril 2026. À Piré-Chancé, en octobre 2025, la polémique autour du financement Stérin avait suffi à faire capoter l’événement, selon Franceinfo Bretagne.

Ces précédents montrent que l’annulation peut résulter d’une pression politique locale sans nécessiter une interdiction préfectorale formelle. À Colmar, la mairie ayant refusé d’agir, la décision revient entièrement au préfet.

Le préfet n’a pas encore répondu

Au 30 avril 2026, aucune réponse officielle du préfet du Haut-Rhin n’a été rendue publique, selon actu.fr. La demande de Fernandes a été déposée la veille. Le préfet dispose de l’autorité sur l’ordre public pour prononcer une interdiction administrative, mais une telle décision serait susceptible de recours.

Le banquet est prévu dans trente jours. La réponse préfectorale devrait être connue dans les prochains jours, avant que les organisateurs et les éventuels opposants ne se positionnent juridiquement.

Sources

Jean Muller

Jean Muller

Jean est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Haut-Rhin (68), avec Colmar pour chef-lieu. Spécialité du département : Mulhouse industriel et frontaliers Suisse Bale. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Grand Est.

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