Le Croisic : le tribunal de Nantes examine la stérilisation des œufs de goélands

Trois associations environnementales demandent la suspension d'une dérogation préfectorale autorisant le badigeonnage de 260 œufs de goélands argentés.

Le Croisic : le tribunal de Nantes examine la stérilisation des œufs de goélands
Illustration Stéphane Joly / info.fr

Le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a examiné le 28 mai 2026 le recours de Bretagne Vivante, FNE 44 et LPO Loire-Atlantique contre la campagne de stérilisation d'œufs de goélands autorisée au Croisic. La décision est en délibéré.

Le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a examiné le 28 mai 2026 le recours de Bretagne Vivante, FNE 44 et LPO Loire-Atlantique contre la campagne de stérilisation d’œufs de goélands autorisée au Croisic. Les trois associations demandent la suspension de l’arrêté préfectoral en vigueur. La décision est mise en délibéré.

L’essentiel

  • Audience : 28 mai 2026 au tribunal administratif de Nantes, juge des référés, décision en délibéré.
  • Périmètre contesté : jusqu’à 260 œufs de goélands argentés autorisés à la stérilisation, soit environ 15 % des effectifs urbains locaux selon les associations.
  • Espèce en déclin : le goéland argenté accuse un recul de 62 % en 30 ans à l’échelle nationale ; il figure sur la liste rouge quasi-menacée.
  • Méthode : badigeonnage (asphyxie des œufs par enduit), coût estimé à 10 000 € par campagne.
  • Précédent : des suspensions similaires ont été prononcées en Normandie en mai 2025 par le tribunal de Caen, pour Cherbourg et une autre commune.

Ce qui s’est passé le 28 mai

L’audience s’est tenue dans la matinée. Les trois associations - Bretagne Vivante, FNE 44 et LPO Loire-Atlantique - ont demandé la suspension immédiate de la campagne, autorisée jusqu’à fin juin. La préfecture de Loire-Atlantique et la mairie du Croisic ont défendu la légalité de la dérogation et son périmètre limité : centre-ville et zone artisanale.

Le juge n’a pas statué séance tenante. L’ordonnance est attendue dans les jours suivant l’audience, selon Ouest-France.

Ce que contestent les associations

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Les trois organisations pointent plusieurs griefs. Elles estiment d’abord que l’arrêté est insuffisamment motivé : le lien entre la présence des goélands et la pollution bactériologique (E. coli) en baie du Pouliguen, invoqué via une étude de Cap Atlantique, n’est pas établi selon elles.

Elles dénoncent aussi la méthode elle-même. Le badigeonnage des œufs par un enduit asphyxiant est critiqué pour ses effets potentiels sur les abeilles et les organismes aquatiques. Les associations soulignent par ailleurs que les goélands pratiquent des pontes de remplacement, ce qui limiterait l’efficacité réelle de l’opération, selon France 3 Pays de la Loire.

Des alternatives n’auraient pas été étudiées sérieusement : électro-répulsion, amélioration de la gestion des déchets alimentaires. Les associations reprochent aussi à la commune de ne pas avoir respecté les conditions fixées par la dérogation de 2025.

Enfin, le recul de l’espèce est mis en avant : - 62 % en trente ans à l’échelle nationale. Le goéland argenté est classé quasi-menacé sur la liste rouge française.

La position de la préfecture et de la mairie

La préfecture de Loire-Atlantique défend la dérogation annuelle comme un outil proportionné pour limiter les nuisances : dégradations de toitures, dispersion de déchets, gêne pour les touristes et les riverains. Elle fait valoir que la campagne est circonscrite au centre-ville et à la zone artisanale, et que son impact reste limité.

Jean-Yves Jégou, élu maire du Croisic depuis les municipales de mars 2026 avec environ 59 % des voix au second tour selon Ouest-France, soutient la démarche. La commune recourt à des marchés publics pour ces opérations - un marché sur 36 mois a été passé, visible dans les données de la centrale des marchés - et bénéficie de dérogations préfectorales renouvelées chaque année.

Contexte dans la Loire-Atlantique

Le Croisic n’est pas un cas isolé en Loire-Atlantique. Plusieurs communes du littoral atlantique sont confrontées depuis des années aux nuisances liées aux goélands argentés nichant en milieu urbain. La préfecture publie régulièrement des consultations publiques sur ces dérogations, consultables sur son site. La dernière autorisation pour 2024 y est archivée.

La tension entre régulation des nuisances et protection d’une espèce légalement protégée est récurrente sur ce territoire balnéaire. Le goéland argenté est intégralement protégé par la réglementation française, ce qui impose une dérogation préfectorale explicite pour toute intervention sur les œufs ou les nids, rappelle la préfecture de Loire-Atlantique.

À l’échelle nationale, le dossier prend une autre dimension depuis les suspensions prononcées en Normandie. En mai 2025, le tribunal administratif de Caen a suspendu les arrêtés autorisant la stérilisation à Cherbourg et dans une autre commune normande, selon FNE Normandie et Manche Nature. Ces décisions sont citées par les associations dans leur argumentaire nantais.

En Loire-Atlantique, les décisions préfectorales environnementales font l’objet d’une attention croissante des associations, qui multiplient les recours contentieux sur les arrêtés dérogatoires.

Une méthode sous pression juridique

Le précédent normand est le principal argument des requérantes. Si le juge nantais suit le même raisonnement que son homologue caennais, la campagne 2026 au Croisic pourrait être suspendue avant la fin de la période d’autorisation, fixée à fin juin.

La campagne est déjà en cours au moment de l’audience. Les œufs stérilisés correspondent, selon les comptages des associations, à environ 15 % des effectifs de goélands présents en zone urbaine au Croisic. La préfecture n’a pas contesté ce chiffre publiquement à ce stade.

Le coût de l’opération est estimé à 10 000 € par campagne annuelle, selon France 3. Ce montant inclut la prestation du prestataire retenu dans le cadre du marché public communal.

L’ordonnance du juge des référés est attendue dans les prochains jours. Elle déterminera si les opérations en cours peuvent se poursuivre jusqu’à fin juin ou doivent être suspendues dans l’attente d’un examen au fond.

Sources

Stéphane Joly

Stéphane Joly

Stéphane est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Loire-Atlantique (44), avec Nantes pour chef-lieu. Spécialité du département : chantiers navals (1ers d'Europe) et french tech Nantes. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Pays de la Loire.

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