Roissy : SOS Racisme saisit le Défenseur des droits pour discriminations raciales chez Watch Over

Des salariés noirs du sous-traitant d'ADP auraient été écartés des caméras de TF1 le 7 août 2025, cinq d'entre eux licenciés ensuite.

Roissy : SOS Racisme saisit le Défenseur des droits pour discriminations raciales chez Watch Over
Illustration Julie Renault / info.fr

SOS Racisme a saisi le Défenseur des droits le 1er mai 2026 pour des soupçons de discriminations raciales à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. L'association vise Watch Over, sous-traitant d'ADP employant 2 700 agents de sécurité. ADP dément toute instruction discriminatoire.

SOS Racisme a saisi le Défenseur des droits le 1er mai 2026 pour des soupçons de discriminations raciales à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. L’association vise Watch Over, sous-traitant d’ADP employant 2 700 agents de sécurité. ADP dément toute instruction discriminatoire.

L’essentiel

  • 1er mai 2026 : SOS Racisme saisit le Défenseur des droits pour discriminations raciales présumées à Roissy-CDG.
  • 7 août 2025 : des salariés noirs de Watch Over auraient été réaffectés pour être éloignés des caméras lors d’un reportage TF1, remplacés par des agents à peau claire.
  • Cinq licenciements contestés : sept agents ont quitté Watch Over après avoir protesté, dont cinq licenciés pour des motifs jugés infondés selon BFMTV.
  • Enquête pénale : l’Inspection du travail a ouvert une enquête depuis 2025.
  • Watch Over : sous-traitant d’ADP, 2 700 salariés, opère dans un secteur de 94 600 emplois sur la plateforme de Roissy (INSEE 2023).

Ce qui s’est passé le 7 août 2025

Les faits allégués remontent au 7 août 2025. Ce jour-là, une équipe de TF1 tourne un reportage à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Selon les informations rapportées par France Info et BFMTV, des agents de sécurité noirs employés par Watch Over auraient reçu l’instruction d’être réaffectés pour s’éloigner du champ des caméras. Ils auraient été remplacés par des agents à peau claire.

Watch Over (WO Group) est un sous-traitant d’Aéroports de Paris (ADP), spécialisé dans la sûreté aéroportuaire. L’entreprise emploie 2 700 salariés selon Ouest-France.

Ces faits ont été révélés publiquement en avril 2026 par Le Canard Enchaîné, avant que plusieurs médias nationaux ne reprennent l’affaire.

La réaction interne : alertes et licenciements

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Dès septembre 2025, le comité social et économique (CSE) de Watch Over alerte sur ces faits, selon Le Monde et Ouest-France. L’alerte remonte ensuite à SOS Racisme.

Selon BFMTV - source unique sur ce point - , sept agents ont quitté l’entreprise à la suite de ces événements. Cinq d’entre eux auraient été licenciés pour des motifs jugés infondés après avoir protesté contre les pratiques dénoncées. Les deux autres départs n’ont pas été précisés.

L’Inspection du travail a ouvert une enquête pénale sur ces faits depuis 2025, selon BFMTV et une source relayée sur X.

La saisine du Défenseur des droits

Le 1er mai 2026, SOS Racisme franchit une étape supplémentaire en saisissant formellement le Défenseur des droits. L’association demande l’ouverture d’une enquête formelle, susceptible de révéler des pratiques systémiques dans le secteur de la sécurité aéroportuaire, selon les informations publiées par Le Monde et corroborées par SOS Racisme sur son site officiel.

Le Défenseur des droits dispose de pouvoirs d’investigation étendus : il peut demander des documents internes, entendre des témoins et formuler des recommandations contraignantes. Une enquête formelle, si elle est ouverte, pourrait aller bien au-delà du seul épisode du 7 août 2025. Pour un sujet connexe touchant à la responsabilité institutionnelle, l’affaire de la policière adjointe d’Angoulême écrouée pour corruption illustre la portée de telles procédures.

La position d’ADP : volontariat et expertise

Le groupe Aéroports de Paris dément fermement toute instruction discriminatoire. Selon France Info et Ouest-France, ADP affirme que les réaffectations du 7 août 2025 reposaient sur le volontariat des agents et sur des critères d’expertise. Le groupe n’a pas commenté les licenciements qui ont suivi.

Watch Over n’a pas fait de déclaration publique recensée dans les sources disponibles à ce stade.

Contexte dans le département de Paris et en Île-de-France

L’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle est implanté à cheval sur la Seine-Saint-Denis et le Val-d’Oise, deux départements à forte diversité ethnique. La plateforme aéroportuaire emploie 94 600 salariés au total, selon les données INSEE 2023. C’est l’un des premiers bassins d’emploi d’Île-de-France, avec une concentration importante de postes dans la sécurité, la logistique et les services aux passagers.

Ce tissu économique attire une main-d’œuvre issue des communes alentour, notamment de Seine-Saint-Denis, où la part de la population immigrée ou d’ascendance étrangère est parmi les plus élevées de France métropolitaine. Le secteur de la sûreté aéroportuaire y représente des milliers d’emplois accessibles sans diplôme de niveau bac.

Selon une étude de l’Observatoire des métiers de l’aérien, la mixité ethnique dans les postes dits « visibles » - aux guichets, face aux caméras, à l’accueil - reste faible. Aucun précédent public similaire impliquant ADP ou Watch Over à Roissy n’avait été recensé avant 2025, selon cette même source.

L’affaire intervient dans un contexte de débat récurrent sur la diversité dans les secteurs réglementés. Les 359 millions d’euros investis par l’État pour le projet Roissy-Picardie témoignent du poids stratégique de la plateforme, qui concentre aussi des tensions sociales durables. Par ailleurs, les questions de discrimination institutionnelle font l’objet d’une attention croissante, comme en témoigne la chronologie de l’affaire Bardella-Hanouna devant l’Arcom, autre institution de régulation saisie pour des manquements présumés.

Une enquête qui pourrait dépasser le cas Watch Over

L’enjeu de la saisine dépasse le seul sous-traitant. Si le Défenseur des droits ouvre une enquête formelle, elle pourrait porter sur les pratiques de l’ensemble de la chaîne de sous-traitance à Roissy, voire sur les procédures d’ADP en matière de gestion des équipes lors de tournages ou d’événements médiatiques.

SOS Racisme n’a pas précisé, dans les sources disponibles, si des plaintes pénales complémentaires étaient envisagées. L’enquête de l’Inspection du travail, ouverte depuis 2025, suit son cours de manière indépendante.

La question de pratiques systémiques - au-delà du seul incident du 7 août 2025 - reste entière. Les témoignages d’autres agents de Watch Over n’ont pas été rendus publics à ce stade.

Le Défenseur des droits n’a pas encore communiqué sur les suites données à la saisine du 1er mai 2026. Une décision sur l’ouverture ou non d’une enquête formelle est attendue dans les prochaines semaines.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Julie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Paris (75), avec Paris pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique et premiere place economique française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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