Double féminicide de l’Aveyron : le Portugal refuse l’extradition, la famille crie à la ‘nouvelle violence’
La Cour d'appel de Coimbra a rejeté le mandat d'arrêt européen le 8 mai 2026, laissant la mère d'Angela Legobien-Cadillac sans réponse.
La Cour d'appel de Coimbra a rejeté le 8 mai 2026 le mandat d'arrêt européen émis par la France contre Cédric Prizzon, soupçonné du double meurtre d'Audrey Cavalié et d'Angela Legobien-Cadillac. La mère d'Angela dénonce ce refus comme une 'nouvelle violence' et exige que le suspect soit jugé en France.
La Cour d’appel de Coimbra a rejeté le 8 mai 2026 le mandat d’arrêt européen émis par la France contre Cédric Prizzon, soupçonné du double meurtre d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac. La mère d’Angela dénonce ce refus comme une ‘nouvelle violence’ et exige que le suspect soit jugé en France.
L’essentiel
- 8 mai 2026 : La Cour d’appel de Coimbra rejette le mandat d’arrêt européen émis par la France contre Cédric Prizzon, invoquant que les crimes ont été commis sur le territoire portugais.
- 20 mars 2026 : Enlèvement à Vailhourles (Aveyron) d’Audrey Cavalié, 40 ans, de son fils Elio, 13 ans, et d’Angela Legobien-Cadillac, 26 ans.
- 25 mars 2026 : Les corps des deux femmes sont retrouvés enterrés près de Bragance, au Portugal. Prizzon est arrêté le même jour et placé en détention provisoire à la prison de Guarda.
- 28 mars 2026 : Lors d’un interrogatoire de 8 heures, Prizzon avoue les meurtres mais nie toute préméditation.
- Cause de la mort : Asphyxie, selon le rapport d’autopsie publié début avril, rapporté par Le Figaro.
Un refus fondé sur la territorialité des crimes
La décision de la Cour d’appel de Coimbra est juridiquement encadrée. Les autorités portugaises estiment que les meurtres ayant été commis sur leur sol, c’est leur justice qui doit instruire et juger. Ce principe de territorialité est reconnu en droit européen, même dans le cadre du mandat d’arrêt européen (MAE). Le Portugal ne remet pas ses ressortissants - ni les suspects de crimes commis chez lui - à un État tiers, sauf exceptions prévues par les traités.
Résultat : deux procédures criminelles parallèles sont désormais en cours, l’une en France pour l’enlèvement et les faits commis sur le territoire aveyronnais, l’autre au Portugal pour les meurtres. Une demande d’entraide pénale internationale a été engagée, selon France 3 Occitanie.
La mère d’Angela : « On n’est pas entendu »
Centre Presse Aveyron a recueilli, en exclusivité, la réaction de la mère d’Angela Legobien-Cadillac. Ses mots sont directs : « On n’est pas entendu. C’est une nouvelle violence. » Elle réclame que Cédric Prizzon soit jugé en France, là où la vie de sa fille a basculé, là où les proches des victimes pourraient suivre le procès.
Cette demande est partagée par la famille d’Audrey Cavalié. Le Figaro rapporte que la mère d’Angela a formellement demandé, à son tour, un procès en France. L’incompréhension face au silence des autorités portugaises est totale, selon Centre Presse Aveyron.
La question est aussi pratique : un procès à Guarda ou à Coimbra signifie des déplacements au Portugal pour les proches, des audiences dans une langue étrangère, une procédure suivie à distance. Pour des familles déjà éprouvées, c’est une contrainte considérable.
Les faits, du 20 au 28 mars 2026
Le 20 mars 2026, Cédric Prizzon, ancien policier de 42 ans, enlève à Vailhourles, commune rurale de l’Aveyron, son ex-compagne Audrey Cavalié, leur fils Elio, 13 ans, et la compagne de Prizzon, Angela Legobien-Cadillac, 26 ans.
Cinq jours plus tard, le 25 mars, les corps des deux femmes sont retrouvés enterrés près de Bragance, dans le nord-est du Portugal. Prizzon est arrêté le même jour. Il est incarcéré à la prison de Guarda. Selon Marie Claire et France 3 Occitanie, il avoue les meurtres le 28 mars au terme d’un interrogatoire de huit heures, mais nie toute préméditation.
Le rapport d’autopsie, rapporté par Le Figaro début avril, établit que les deux victimes sont mortes par asphyxie. Le sort d’Elio, le fils mineur, n’a pas été précisé dans les sources disponibles à ce stade. Selon Midi Libre, Prizzon aurait contraint son fils à faire le guet pendant les meurtres - une information à source unique, non confirmée par les autorités.
Profil du suspect : un ancien policier dans des réseaux masculinistes
Cédric Prizzon, 42 ans, est décrit par plusieurs médias comme un ancien policier ayant fréquenté des sphères masculinistes liées aux « droits des pères », dans un contexte de conflit de garde. Basta.media et Libération ont documenté ses liens avec ces mouvances, dans des articles publiés après son arrestation.
Cette dimension renvoie à un débat plus large sur les violences post-séparation et les angles morts du système de protection. Des associations de terrain alertent régulièrement sur les risques que font peser ces conflits de garde sur les femmes. Libération établit un parallèle avec l’affaire de Cestas, présentée comme un « acte fondateur » de la mouvance masculiniste des pères séparés.
Contexte dans l’Aveyron
L’affaire a débuté à Vailhourles, commune de moins de 400 habitants dans le Ruthénois, à une vingtaine de kilomètres au sud de Rodez. L’Aveyron, département rural de 280 000 habitants, est rarement au centre de faits divers d’ampleur nationale. Cette affaire y a provoqué une onde de choc durable.
Le double féminicide illustre une réalité statistique : les violences conjugales mortelles surviennent dans tous les territoires, y compris les plus ruraux. L’isolement géographique peut compliquer l’accès aux dispositifs d’alerte et de protection. D’autres affaires de meurtre impliquant des proches ont marqué l’actualité judiciaire française ces dernières semaines.
La procédure ouverte en France porte sur l’enlèvement et les actes commis en Aveyron avant le passage de la frontière. Elle est distincte de l’instruction portugaise. Les deux procédures coexistent, sans coordination publiquement annoncée à ce stade.
Un enjeu européen : les limites du mandat d’arrêt
Le rejet du MAE par Coimbra met en lumière une tension connue des juristes : le mandat d’arrêt européen facilite les remises entre États membres, mais chaque pays conserve des motifs de refus, dont le fait que les infractions ont été commises sur son territoire. Ce n’est pas un vide juridique, c’est une disposition délibérée du cadre européen.
Pour les familles, cette subtilité procédurale est difficilement audible. Elles veulent un procès lisible, accessible, conduit dans la langue où elles peuvent se faire entendre. D’autres affaires judiciaires récentes montrent à quel point les délais et les décisions de justice pèsent sur les proches des victimes, indépendamment de l’issue.
La défense de Prizzon n’a pas été citée dans les sources disponibles concernant le refus d’extradition. Sa position sur un éventuel procès en France n’est pas connue à ce stade.
La prochaine étape sera déterminée par la justice portugaise, qui instruit désormais les meurtres d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac sur son sol. La France peut encore engager des voies de recours diplomatiques ou judiciaires, mais aucune n’a été annoncée publiquement au 8 mai 2026.
Sources
- Le Parisien : Double féminicide de l'Aveyron : le Portugal refuse de remettre Cédric Prizzon à la France
- Centre Presse Aveyron : « On n'est pas entendu, c'est une nouvelle violence » : la mère d'Angela Legobien-Cadillac réclame le procès en France
- Le Figaro : Disparues de l'Aveyron : les deux victimes sont mortes par asphyxie selon le rapport d'autopsie
- France 3 Occitanie : Double féminicide au Portugal : un mandat d'arrêt européen lancé contre l'ancien policier accusé