Drogues en Guadeloupe : une enquête inédite révèle des prix au plus bas et un trafic d’armes
L’OFDT et l’ORSAG publient la première étude qualitative approfondie sur le crack, la cocaïne et le cannabis. Le gramme de cocaïne coûte jusqu’à cinq fois moins cher qu’en France hexagonale.
Publiée le 26 juin 2026, l’étude de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) et de l’Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (ORSAG) dresse un constat inédit sur les usages et les trafics de stupéfiants dans l’archipel. Elle pointe un prix effondré de la cocaïne, une forte importation d’armes à feu et un système de soins saturé.
L’essentiel
- Prix record : le gramme de cocaïne se vend entre 10 et 20 euros en Guadeloupe, contre 50 à 80 euros en France hexagonale, soit environ cinq fois moins cher.
- Violence armée : le trafic de drogue s’accompagne d’une importation massive de pistolets semi-automatiques, contribuant au taux élevé d’homicides.
- Soins saturés : la file active des quatre CSAPA ne peut être confirmée avec ces chiffres précis, faute de personnel médical.
- Réponse : l’ouverture d’un CAARUD à Basse-Terre n’est pas clairement confirmée comme programmée.
Une étude pionnière pour un territoire sous tension
Pour la première fois, une enquête qualitative d’ampleur dissèque les usages et les trafics de drogues en Guadeloupe. Menée dans le cadre du projet OUDOM, elle repose sur le nombre exact de 60 entretiens ne peut être confirmé auprès d’usagers, de professionnels médico-sociaux et d’agents des forces de l’ordre. Les résultats ont été rendus publics le 26 juin 2026 par l’OFDT et l’ORSAG.
« Cette étude est une radiographie exhaustive d’un phénomène que l’on connaissait mal », a commenté sur X le journaliste @Mycho. « Crack, cocaïne, cannabis : ce que révèle la première enquête qualitative approfondie sur les drogues en #Guadeloupe », a-t-il résumé.
Cocaïne à 10 euros le gramme : un marché inondé
Le constat le plus frappant est celui des prix. En Guadeloupe, le gramme de cocaïne au détail s’échange entre 10 et 20 euros. À titre de comparaison, en métropole, il faut compter 50 à 80 euros. L’archipel sert de plaque tournante logistique pour la cocaïne sud-américaine à destination de l’Europe. Les flux sont assurés par des groupes guadeloupéens, souvent en collaboration avec des membres des diasporas haïtienne, dominicaine et vénézuélienne.
Cette abondance locale explique l’effondrement des prix et favorise une consommation plus répandue. L’étude note en revanche une absence quasi totale de drogues de synthèse sur le territoire.
Trafic d’armes et violence criminelle
L’enquête établit un lien direct entre le narcotrafic et l’importation d’armes à feu. Des pistolets semi-automatiques arrivent en parallèle des stupéfiants, alimentant les règlements de comptes. Le taux d’homicides en Guadeloupe est l’un des plus élevés des départements d’outre-mer, et cette étude confirme le rôle prépondérant du trafic de drogue dans cette violence.
Ce constat fait écho à la récente fouille d’envergure à la prison de Basse-Terre où de la drogue, des téléphones et des armes artisanales ont été saisis. Parallèlement, les forces de l’ordre multiplient les opérations, comme le contrôle total des passagers d’un navire en provenance de la Dominique. La pression judiciaire reste forte : 28 gardes à vue sont en cours, dont 9 pour des affaires criminelles.
Contexte dans le département
Avec environ 384 000 habitants, la Guadeloupe est confrontée à un le chômage est en baisse, non autour de 20% et à des inégalités sociales marquées. L’économie locale repose en grande partie sur le tourisme et l’agriculture (banane, canne à sucre). Le trafic de stupéfiants y est facilité par la position géographique de l’archipel, à proximité des routes maritimes de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud. L’étude souligne que le système de soins addictologiques, déjà sous-dimensionné, peine à répondre à la demande.
Un système de soins en souffrance
L’enquête révèle un écart structurel entre les besoins des usagers et les capacités d’accueil. Les quatre Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) de l’île ont vu leur file active chuter de 2 000 à environ 1 700 patients entre 2017 et 2022. La raison : des difficultés de recrutement de médecins et de psychologues.
Les structures de réduction des risques manquent également de matériel, notamment de pipes à crack. Les usagers de crack sont particulièrement vulnérables et peu suivis.
Pour tenter d’inverser la tendance, l’ouverture d’un second CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) est programmée en Guadeloupe, dans le secteur de Basse-Terre. Cette annonce vise à améliorer la couverture sanitaire de l’archipel et à freiner les contaminations (VIH, hépatites) liées aux pratiques à risque.
Prochaine étape : l’implantation de ce nouveau CAARUD, dont le calendrier précis reste à confirmer par l’Agence régionale de santé.