Eau potable dans le Pays de Dreux : un rapport de la Chambre des comptes alerte sur les fuites et les pesticides
La Chambre régionale des comptes pointe un morcellement persistant, l'absence de schéma directeur et des pollutions critiques aux nitrates et pesticides dans l'agglomération.
La Chambre régionale des comptes Centre-Val de Loire a publié le 1er juillet 2026 un rapport sévère sur la gestion de l'eau potable dans le Pays de Dreux. L'institution dénonce des fuites massives, une pollution aux pesticides et l'absence de planification malgré l'échéance légale de 2025.
L’essentiel
- Retard réglementaire : l’agglomération du Pays de Dreux n’a pas adopté son schéma de distribution d’eau potable avant le 1er janvier 2025, comme la loi l’exigeait.
- Fuites importantes : l’indice de pertes atteint 5,8 m³ par jour et par kilomètre à Dreux en 2024, contre une moyenne nationale de référence inférieure à 2.
- Pollution généralisée : la nappe de la craie est contaminée par des nitrates et des métabolites de pesticides (ESA métolachlore), obligeant à des mélanges complexes.
- Recommandations urgentes : la CRC a émis quatre prescriptions obligatoires, dont un plan pluriannuel d’investissement, à mettre en œuvre avant fin 2026.
Le rapport, rendu public le 1er juillet, dresse un constat sans complaisance sur la situation de l’eau potable dans les 52 communes de l’agglomération drouaise. Selon la Chambre régionale des comptes (CRC) Centre-Val de Loire, la collectivité accumule les retards structurels face à des défis sanitaires et environnementaux majeurs.
Un morcellement persistant de la compétence
Premier point soulevé par les magistrats financiers : la gestion de l’eau reste fragmentée. Alors que l’agglomération est censée exercer la compétence « eau potable » depuis 2020, elle la partage encore avec huit syndicats mixtes pour une partie des communes. Cette organisation, jugée complexe, freine toute vision d’ensemble. Surtout, l’agglomération n’a toujours pas élaboré le schéma directeur de distribution d’eau potable, document rendu obligatoire par la loi depuis le 1er janvier 2025. Aucun diagnostic territorial des accès à l’eau n’a non plus été réalisé.
La CRC estime que cette absence de planification compromet la gestion à long terme du réseau. Les investissements consacrés aux réseaux d’adduction restent très limités : 720 000 € seulement en 2024, un montant jugé « notoirement insuffisant » par le rapport.
Une pollution aux pesticides et aux nitrates
La nappe de la craie, principale ressource en eau du secteur, est exposée à une contamination chronique. Les analyses montrent des taux élevés de nitrates et de métabolites de pesticides, notamment l’ESA métolachlore, un sous-produit de désherbants agricoles. Pour distribuer une eau conforme aux normes sanitaires, la collectivité doit recourir à des mélanges d’eaux issues de différents captages. Une opération technique lourde et coûteuse.
Cette pollution, liée aux pratiques agricoles intensives de la Beauce, n’est pas nouvelle mais le rapport souligne son aggravation. La CRC recommande de renforcer la surveillance de la qualité et d’engager des actions de protection des aires de captage.
Des fuites et des disparités tarifaires
Sur le réseau, les pertes en eau sont préoccupantes. L’indice linéaire de pertes atteint 5,8 m³ par jour et par kilomètre à Dreux en 2024, soit près du triple du seuil d’alerte de 2 m³. Ces fuites représentent un gaspillage économique et environnemental important, d’autant que la ressource est sous pression.
Parallèlement, les prix de l’eau présentent de fortes disparités entre les communes. Pour une consommation de référence de 120 m³, la facture annuelle variait de 362,81 € à Châteauneuf-en-Thymerais à 471,60 € à Sainte-Gemme-Moronval en 2024. La Chambre juge cette situation inéquitable et préconise une harmonisation à l’échelle de l’agglomération.
Les recommandations de la Chambre
La CRC a formulé quatre recommandations obligatoires, assorties d’un délai de mise en œuvre avant la fin de l’année 2026. Il s’agit de :
- Finaliser et adopter le schéma directeur de distribution d’eau potable ;
- Élaborer un plan pluriannuel d’investissement pour la rénovation des réseaux ;
- Mettre en place un système de tarification harmonisé ;
- Renforcer les actions de lutte contre les pollutions diffuses.
La Chambre a annoncé qu’elle effectuerait un contrôle de l’application de ces mesures dans un délai d’un an.
Contexte dans l’Eure-et-Loir
Le Pays de Dreux est l’un des territoires les plus peuplés d’Eure-et-Loir (environ 110 000 habitants). La nappe de la craie constitue la principale ressource en eau potable du département, mais elle est vulnérable aux pollutions agricoles. Plusieurs captages ont déjà été abandonnés dans la région en raison des taux de nitrates trop élevés. Ce rapport de la CRC s’inscrit dans une série de contrôles récents sur la gestion de l’eau dans le Centre-Val de Loire. À titre de comparaison, dans le département voisin de l’Eure, un incendie a récemment détruit quatre hectares de culture à Vesly (lire notre article), illustrant les multiples pressions sur l’environnement local. Par ailleurs, la décoration d’un maire de l’Orne (voir ici) rappelle l’engagement des élus ruraux, confrontés à des défis similaires d’investissement.
La prochaine étape sera cruciale : l’agglomération doit présenter, avant le 31 décembre 2026, un plan d’actions répondant aux exigences de la Chambre. Le rapport complet est consultable sur le site de l’agglomération du Pays de Dreux.