Espagne : 1,2 million de demandes pour la régularisation des sans-papiers
Le programme exceptionnel lancé en avril a reçu le double des candidatures prévues, avec 67 % de Latino-Américains. Madrid maintient le cap malgré l'opposition de la droite.
L'Espagne a clôturé le 30 juin son plan de régularisation extraordinaire des migrants sans papiers. Près de 1,2 million de personnes ont déposé un dossier en dix semaines, soit deux fois plus que les prévisions initiales du gouvernement Sánchez.
L’essentiel
- 1 174 978 demandes : nombre de dossiers déposés entre mi-avril et fin juin 2026
- 67 % : part des candidats originaires d’Amérique latine
- 600 000 dossiers : déjà en cours de traitement par l’administration
- 3 mois : délai d’examen prévu pour chaque demande
- 500 000 : estimation initiale du gouvernement, largement dépassée
Un afflux deux fois supérieur aux attentes
Le Secrétariat d’État aux Migrations espagnol a enregistré 1 174 978 demandes de régularisation entre la mi-avril et le 30 juin 2026, date de clôture du programme. Ce chiffre dépasse largement les 500 000 personnes initialement estimées éligibles par le gouvernement, selon The Guardian.
Les ressortissants d’Amérique latine représentent 67 % des demandes déposées, d’après les données du Secrétariat d’État aux Migrations. Cette surreprésentation s’explique par les liens historiques et linguistiques entre l’Espagne et le continent latino-américain, ainsi que par la crise économique persistante dans plusieurs pays de la région.
Plus de 600 000 dossiers sont déjà en cours de traitement par les services de l’immigration espagnols, rapporte Al Jazeera. L’administration dispose d’un délai de trois mois à compter de la réception du dossier pour instruire chaque demande, selon le site Age in Spain.
Un décret controversé lancé en avril
Le plan de régularisation a officiellement débuté le 15 avril 2026 à la suite de la publication du décret royal 316/2026, précise le cabinet Balcells Group. Ce texte vise à offrir un statut légal aux migrants présents sur le sol espagnol mais dépourvus de titre de séjour, sous conditions de résidence et d’intégration.
Le Premier ministre Pedro Sánchez a justifié cette initiative par des arguments économiques. Il a déclaré que le PIB espagnol chuterait de 19 % d’ici 2050 sans apport migratoire, selon The Guardian. Le gouvernement socialiste mise sur cette main-d’œuvre pour combler les pénuries dans les secteurs de l’agriculture, de l’hôtellerie et des services à la personne, particulièrement touchés par le vieillissement démographique.
Contexte migratoire en Espagne
L’Espagne compte parmi les pays européens les plus accueillants en matière de migration. Le royaume a régularisé près de 600 000 personnes lors d’une précédente opération similaire en 2005, sous le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero. Cette fois, le volume de demandes pourrait dépasser ce précédent historique.
Le pays fait face à un double défi : d’une part, l’arrivée continue de migrants par voie maritime et terrestre, notamment via les enclaves de Ceuta et Melilla ; d’autre part, une population active en déclin qui menace la viabilité du système de retraites et la croissance économique. Selon l’Institut national de statistique espagnol, la population en âge de travailler devrait diminuer de plusieurs millions d’ici le milieu du siècle sans immigration.
Cette politique se démarque nettement de la ligne adoptée par d’autres capitales européennes. Alors que l’Italie de Giorgia Meloni et la France d’Emmanuel Macron ont durci leurs législations, Madrid persiste dans une approche pragmatique qui considère l’immigration comme une solution économique.
Opposition politique et recours juridiques
Le Parti Populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite) dénoncent un « effet d’appel » qui encouragerait de nouvelles arrivées irrégulières. Les gouvernements régionaux de Valence et d’Aragon, contrôlés par la droite, ont annoncé le dépôt de recours contre ce programme de régularisation, rapporte The Guardian.
Ces opposants estiment que la mesure récompense l’immigration illégale et alourdit les budgets sociaux des régions, chargées de l’accueil et de l’intégration. Ils pointent également les tensions sur le logement dans les zones urbaines déjà saturées.
Le gouvernement central rétorque que la régularisation permet de sortir des milliers de travailleurs de l’économie souterraine, d’augmenter les recettes fiscales et de garantir les droits sociaux de personnes déjà installées de facto sur le territoire.
Prochaines étapes
Les premières décisions administratives sont attendues dans les trois mois suivant le dépôt des dossiers, soit à partir de septembre 2026 pour les demandes déposées en juin. Les bénéficiaires obtiendront un permis de séjour et de travail d’un an, renouvelable sous conditions d’emploi et d’absence de condamnation pénale.
Les autorités espagnoles devront gérer un volume administratif sans précédent tout en faisant face aux recours juridiques. L’issue de ces contestations devant les tribunaux pourrait ralentir ou modifier le cadre d’application du décret. Les premiers résultats chiffrés sur le taux d’acceptation des dossiers seront déterminants pour évaluer la portée réelle de cette mesure.