Fête de Jeanne d’Arc à Castres : patriotisme ou marqueur d’extrême droite ?
La cérémonie du 10 mai 2026 organisée par la mairie RN divise l'opposition castraise, qui dénonce une récupération symbolique.
Cent participants réunis autour de la statue du jardin Frascaty, un maire qui défend un rassemblement apolitique, une opposition qui parle de signal idéologique la fête de Jeanne d'Arc célébrée le 10 mai 2026 à Castres a relancé une controverse ancienne sur l'appropriation d'un symbole national par l'extrême droite.
Cent participants réunis autour de la statue du jardin Frascaty, un maire qui défend un rassemblement apolitique, une opposition qui parle de signal idéologique : la fête de Jeanne d’Arc célébrée le 10 mai 2026 à Castres a relancé une controverse ancienne sur l’appropriation d’un symbole national par l’extrême droite.
L’essentiel
- Cérémonie du 10 mai : plus d’une centaine de participants ont assisté à la fête de Jeanne d’Arc autour de la statue du jardin Frascaty à Castres, organisée par la municipalité.
- Initiative du maire : Florian Azéma, maire RN de Castres, a présenté l’événement comme un rassemblement patriotique apolitique.
- Critique de l’opposition : Guillaume Arcese et Sahel-Beriouni Poitevineau (« Castres en commun ») dénoncent un marqueur symbolique de l’extrême droite, hérité des rassemblements du FN initiés par Jean-Marie Le Pen dès 1979.
- Double commémoration occultée : le 10 mai est aussi la journée nationale commémorant l’abolition de l’esclavage, selon l’opposition.
- Statue centenaire : le monument de Jeanne d’Arc au jardin Frascaty date de 1914, soit 112 ans cette année.
Une cérémonie relancée sous la municipalité Azéma
Le deuxième dimanche de mai correspond, depuis 1920, à la fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme, instaurée dans le calendrier républicain après la Grande Guerre. Dans la plupart des villes françaises, cette célébration est tombée en désuétude. Elle se maintient, selon La Dépêche du Midi, principalement dans les communes dirigées par le Rassemblement national.
À Castres, la mairie a inscrit la cérémonie à son agenda officiel. Le site de la ville mentionne cet événement pour 2025 et 2026. Dimanche 10 mai, élus et habitants se sont retrouvés devant la statue de Jeanne d’Arc au jardin Frascaty, un monument de 1914. Florian Azéma, maire RN élu en 2026, a conduit la cérémonie. Il a rejeté toute lecture partisane, soulignant - toujours selon La Dépêche - que le RN ne serait plus le seul à honorer Jeanne d’Arc.
L’opposition voit un signal politique
Pour Guillaume Arcese, élu d’opposition, la charge symbolique de l’événement ne fait pas débat. Il évoque directement les rassemblements organisés par Jean-Marie Le Pen à partir de 1979, qui ont progressivement fait de Jeanne d’Arc un emblème frontiste. Le Front national avait déplacé son rassemblement au 1er mai en 1988, pour le lier à la fête du Travail, mais la figure de la Pucelle d’Orléans est restée associée à ce courant politique, comme le rappelle France Info dans un documentaire audio consacré à cette appropriation entre 1985 et 2015.
Sahel-Beriouni Poitevineau, élu du groupe « Castres en commun », ajoute un autre grief : tenir cette cérémonie le 10 mai revient, selon lui, à occulter la journée nationale commémorant l’abolition de l’esclavage, qui tombe le même jour. Cette tension entre les deux commémorations du 10 mai n’est pas propre à Castres. À Vierzon, la mairie RN a annulé la cérémonie officielle de l’abolition de l’esclavage, une décision qui a provoqué une vive réaction de l’opposition locale. À Cergy, à l’inverse, le préfet a présidé la commémoration des 25 ans de la loi Taubira.
Un débat qui dépasse Castres
Le même 10 mai, à Carcassonne, autre ville dirigée par un maire RN, des militantes Femen ont perturbé une cérémonie similaire dédiée à Jeanne d’Arc. France 3 Occitanie a rapporté l’incident, les militantes dénonçant l’appropriation de la figure médiévale par l’extrême droite. Sur les réseaux sociaux, les réactions illustrent la fracture.
Ce débat sur les symboles nationaux et leur usage politique dépasse la seule question de Jeanne d’Arc. À Vierzon, l’opposition a organisé une cérémonie alternative après l’annulation par la mairie RN de la commémoration du 10 mai, signe que la controverse autour du calendrier mémoriel dans les communes RN s’étend à plusieurs villes.
Contexte dans le Tarn
Castres compte environ 43 000 habitants selon les projections INSEE basées sur le recensement 2022. C’est la deuxième ville du Tarn après Albi. L’élection de Florian Azéma à la mairie en 2026 a marqué un changement de majorité notable dans ce territoire. La ville abrite le musée Goya, l’un des seuls musées espagnols hors d’Espagne, et son identité culturelle est historiquement ancrée dans la tradition protestante du Languedoc.
La polémique autour de la fête de Jeanne d’Arc s’inscrit dans un contexte départemental où les équilibres politiques ont évolué ces dernières années. Le Tarn, département rural de 390 000 habitants environ, a vu plusieurs de ses communes basculer lors des derniers scrutins municipaux. La question de l’usage des symboles patriotiques par les nouvelles majorités municipales y est désormais un sujet de débat récurrent.
Historique de la figure de Jeanne d’Arc dans le débat politique
La fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme existe dans le droit français depuis 1920. Pendant des décennies, elle a été célébrée dans de nombreuses communes sans connotation partisane particulière. L’inflexion date de 1979, quand le Front national a commencé à organiser ses propres rassemblements autour de cette figure. En 1988, le FN a déplacé son rassemblement au 1er mai, superposant fête du Travail et hommage à Jeanne d’Arc. Depuis, l’association entre le mouvement d’extrême droite et la Pucelle d’Orléans est documentée par plusieurs historiens et médias, dont France Info dans une émission consacrée à cette période 1985-2015.
La défense d’Azéma - selon laquelle cette célébration dépasse le seul RN - renvoie à un argument souvent avancé par les élus de ce parti : la réappropriation d’un patrimoine civique que d’autres formations auraient abandonné. Ses opposants répondent que le contexte historique récent rend cette neutralité revendiquée peu crédible.
Prochaine étape
Aucune suite institutionnelle n’a été annoncée à ce stade par la municipalité ou l’opposition castraise. La question du calendrier mémoriel du 10 mai - Jeanne d’Arc d’un côté, abolition de l’esclavage de l’autre - devrait néanmoins revenir en conseil municipal, selon les déclarations de l’opposition rapportées par La Dépêche du Midi.
Sources
- La Dépêche du Midi : "Marqueur de l'extrême droite" ou "cérémonie de rassemblement" ? La célébration de la fête de Jeanne d'Arc, à Castres, fait polémique
- France 3 Occitanie : "Féministes, pas fascistes !" : des militantes Femen ciblent le maire RN de cette commune et perturbent une cérémonie
- France Info : Comment Jeanne d'Arc a été privatisée par le Front national (1985-2015)
- Mairie de Castres : Fête nationale de Jeanne d'Arc et du patriotisme