Ganito arrêté le jour de ses 21 ans : fin de cavale à 900 km de Villepinte

Ilyas Kherbouch, évadé par de faux policiers, se cachait dans un village de vacances avec une complice, prêt à fuir en Espagne

Surveillance pour retrouver un fugitif
Photomontage avec les datas et une image extraite de vidéo publique Photomontage par Nathalie Rousselin / info.fr, d'après une image extraite de vidéo

Ilyas Kherbouch, alias « Ganito », évadé de la prison de Villepinte le 7 mars grâce à de faux policiers, a été interpellé vendredi soir à Canet-en-Roussillon. Il se cachait dans un village de vacances avec une complice, à quelques heures d'un passage en Espagne.

LES ENJEUX
Une évasion par la grande porte
Trois complices, une fausse réquisition judiciaire, et 48 heures avant que la prison ne réagisse.
Troisième évasion en une semaine
Villepinte, Bar-le-Duc, Nanterre : trois failles différentes, un même système pénitentiaire.
Un détenu de 21 ans, enfermé depuis 14 ans
Son avocate rappelle qu'il n'a connu qu'un mois et demi de liberté depuis l'adolescence.
Des questions sans réponse
Comment les faux policiers ont-ils fabriqué une réquisition crédible ? Aucune source ne le dit.
L'essentiel — les faits vérifiés
  • Ilyas Kherbouch dit « Ganito » a été interpellé le 20 mars vers 21h à Canet-en-Roussillon, le jour de ses 21 ans, selon TF1 Info et RTL
  • Il se cachait au Malibu Village avec une complice et attendait une voiture pour l'Espagne, selon La Dépêche
  • L'évasion du 7 mars a reposé sur une fausse réquisition judiciaire présentée par de faux policiers, selon France Bleu
  • L'administration pénitentiaire a mis 48 heures à détecter le subterfuge, selon RTL
  • Pendant sa cavale, il a été condamné en appel à 6 ans de prison ferme le 12 mars, selon RTL
  • Sa sortie de détention était prévue en 2035, il n'a connu qu'un mois et demi de liberté depuis ses 14 ans, selon RTL et France Bleu

Palmiers, piscine, petits appartements aux volets clairs. Au Malibu Village de Canet-en-Roussillon, on vend de l’évasion aux familles en vacances. Vendredi 20 mars, vers 21 heures, c’est un autre type de fugitif que les brigades de recherche et d’intervention viennent y cueillir.

Ilyas Kherbouch est assis dans un logement du complexe. Il a 20 ans , il en aura 21 dans dix jours. Dehors, une voiture devait arriver pour l’emmener en Espagne, d’après La Dépêche. Elle n’arrivera pas.

« On a entendu un gros boom, puis vu des gens courir avec des cagoules. On a compris que c’étaient des policiers, ça nous a remués toute la nuit », racontent Jean-Louis et Gisèle, voisins du lieu d’arrestation, à L’Indépendant.

L’opération, menée par les BRI des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault avec l’appui de la Brigade nationale de recherche des fugitifs, se déroule « sans incident », indique le parquet de Paris à TF1-LCI. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, salue sur X : « Félicitations à nos forces ! » Une complice, elle aussi recherchée, est interpellée en même temps, rapporte RTL.

Treize jours de cavale. 900 kilomètres entre la maison d’arrêt de Villepinte et cette station balnéaire des Pyrénées-Orientales. Comment les enquêteurs ont remonté sa piste, personne ne le dit.

📅 Chronologie de l'affaire Ganito
7 mars
Trois complices se présentent à Villepinte avec une fausse réquisition. Kherbouch sort par la grande porte.
9 mars
L'administration pénitentiaire réalise, selon RTL, 48h plus tard, que le détenu n'est pas revenu.
11 mars
Un majeur et un mineur sont mis en examen pour évasion en bande organisée.
12 mars
Kherbouch est condamné en appel, en son absence, à 6 ans de prison ferme.
20 mars
Arrestation à Canet-en-Roussillon.

Sorti de prison par la grande porte, un lundi comme un autre

Retour en arrière. Le 7 mars, en plein après-midi, trois individus se présentent au greffe de la maison d’arrêt de Villepinte. Deux d’entre eux portent, semble-t-il, l’uniforme. Ils brandissent une réquisition judiciaire : ils viennent extraire un détenu pour une garde à vue. Le document est faux. Personne ne vérifie , alors même que, selon le code de procédure pénale, la charge des extractions judiciaires incombe normalement aux services de police ou de gendarmerie, et non à des agents inconnus du greffe. Ilyas Kherbouch quitte sa cellule, franchit les portes, monte dans un véhicule. Les images de vidéosurveillance, diffusées sur LCI, montrent la scène : un homme qui marche calmement vers la sortie, encadré par ses « escortes ».

(lire aussi : Villepinte : un détenu extrait par de faux policiers, 48h avant l'alerte)

Quarante-huit heures passent. C’est le délai maximal d’une garde à vue. Le lundi, quand Kherbouch ne revient pas, l’administration pénitentiaire s’inquiète enfin. Deux jours de retard pour un homme qui purgeait quatre peines, placé en détention provisoire dans deux affaires de home-jacking , ceux de l’ancien gardien du PSG Gianluigi Donnarumma et du chef étoilé Simone Zanoni, comme le détaille Le Monde , et dont la sortie n’était pas prévue avant 2035.

Du coup, on mesure l’ampleur du problème : comment un détenu aussi surveillé, impliqué dans des dossiers aussi médiatiques, peut-il sortir sur présentation d’un faux papier sans que personne ne passe un coup de fil pour vérifier ?

Un mois et demi de liberté en sept ans

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« Il n’a jamais connu la liberté, adolescent, et il n’était pas sûr de la connaître adulte. Ce besoin d’être libre, de tout être humain, a été plus fort. » Son avocate, May Sarah Vogelhut, pose ces mots dans une séquence diffusée sur LCI. Au fil des années, le parcours d’Ilyas Kherbouch dessine une trajectoire presque entièrement carcérale : incarcéré dès l’âge de 14 ans, il n’a passé qu’un mois et demi en liberté, selon Le Parisien. Franco-Marocain né à Paris en mars 2005, multirécidiviste spécialisé dans les cambriolages et les séquestrations violentes, il commanditait des opérations depuis sa cellule, précise La Dépêche.

Le 12 mars, en pleine cavale, il est condamné en appel à six ans de prison ferme pour deux home-jackings, selon Le Parisien. Il n’est évidemment pas dans la salle.

Samedi matin, Kherbouch est en retenue judiciaire dans les locaux de la police judiciaire de Perpignan. Un mandat d’arrêt délivré par un juge d’instruction parisien doit lui être notifié dans la journée. Son transfert vers Paris pourrait intervenir dans les 24 prochaines heures.

48h
avant que la prison de Villepinte ne remarque l'évasion, selon RTL
Source : RTL

Trois évasions en une semaine : la série noire pénitentiaire

L’affaire Ganito ne tombe pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une séquence que l’administration pénitentiaire préférerait oublier. Sur l’année 2025, les autorités avaient déjà constaté l’évasion de 70 détenus (soit 0,0008 % des personnes incarcérées), selon BFM TV. 2026 commence plus fort. Le 13 mars, six jours après Villepinte, un détenu de Bar-le-Duc soupçonné de viol s’évade lors d’un transfert judiciaire : libéré d’une menotte, il fausse compagnie à trois agents pénitentiaires en descendant du véhicule. Le RAID l’interpelle cinq jours plus tard dans les Vosges.

Le même 13 mars, un détenu du centre pénitentiaire de Nanterre profite d’une sortie culturelle au Louvre pour prendre la fuite à la station Auber. Il est retrouvé au Sénégal, après être passé par la Belgique, histoire de prendre un avion tranquillement avant que le mandat d’arrêt européen ne soit diffusé.

Trois évasions entre le 7 et le 13 mars. Trois méthodes différentes (fausse réquisition, transfert mal sécurisé, sortie culturelle). Trois failles distinctes dans un même système. Un calcul rapide : en moins d’une semaine, il a fallu mobiliser les BRI de quatre départements, la BNRF, le RAID, l’OCLCO, et organiser une coopération avec le Sénégal. Le coût opérationnel de ces treize jours de chasse à l’homme (multiplié par trois fugitifs) reste inconnu. Aucune source ne l’évoque. Personne ne semble vouloir le chiffrer.

Ce qui reste sans réponse

En marge de l’arrestation, les questions s’accumulent. Comment des faussaires ont-ils pu produire une réquisition judiciaire suffisamment crédible pour tromper le greffe d’une maison d’arrêt ? Le protocole de vérification des extractions a-t-il été modifié depuis le 7 mars ? L’administration pénitentiaire n’a communiqué sur aucune sanction disciplinaire, aucune enquête interne sur le délai de 48 heures.

À l’issue de sa retenue judiciaire, Kherbouch sera présenté à un juge parisien. Deux complices (dont un mineur) sont déjà mis en examen pour évasion en bande organisée, corruption active et faux en écriture publique. Les enquêteurs cherchent le reste de l’équipe.

Ilyas Kherbouch a goûté treize jours de liberté. Il n’en avait connu qu’un mois et demi en sept ans. Sa prochaine date de sortie théorique, avant cette évasion, était fixée à 2035. Elle vient de s’éloigner encore.

La séquence en vidéo

The spectacular escape of "Ganito" thanks to fake police officers

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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