Grève des taximen à Petite-Terre : circulation paralysée, menace d’extension
Le GATP a lancé une opération escargot ce jeudi matin contre le futur réseau de bus Msafara, prévu le 15 mai par le Département-Région.
Les chauffeurs de taxi de Petite-Terre ont entamé une grève de trois heures ce jeudi 7 mai 2026, sous forme d'opération escargot. La circulation a été fortement ralentie à Dzaoudzi-Labattoir et ses abords. Les taximen menacent de durcir le mouvement si le Département-Région de Mayotte ne répond pas à leurs revendications.
Les chauffeurs de taxi de Petite-Terre ont entamé une grève de trois heures ce jeudi 7 mai 2026, sous forme d’opération escargot. La circulation a été fortement ralentie à Dzaoudzi-Labattoir et ses abords. Les taximen menacent de durcir le mouvement si le Département-Région de Mayotte ne répond pas à leurs revendications.
L’essentiel
- 7 mai 2026, matin : opération escargot de trois heures organisée par le Groupement des Artisans Taxis de Petite-Terre (GATP).
- Motif : lancement imminent du réseau de bus Msafara le 15 mai 2026, à 2 euros le trajet, perçu comme une concurrence déloyale.
- 115 entreprises artisanales potentiellement menacées selon le GATP, selon La1ere.
- Impact immédiat : des voyageurs arrivant à l’aéroport ont dû marcher jusqu’à la barge pour rejoindre Mamoudzou.
- Menace d’extension : les taximen envisagent d’impliquer leurs collègues de Grande-Terre si aucune réponse n’est obtenue de la collectivité.
Une opération escargot qui bloque Petite-Terre
Ce jeudi matin, les membres du Groupement des Artisans Taxis de Petite-Terre (GATP), association fondée en 2009 et basée à Dzaoudzi-Labattoir, ont immobilisé la circulation sur les principaux axes de Petite-Terre. Le mouvement, annoncé à l’avance via un courrier adressé au préfet François-Xavier Bieuville, a pris la forme d’une opération escargot durant trois heures, selon La1ere et Linfokwezi.
Les conséquences ont été immédiates pour les usagers. Des voyageurs arrivant à l’aéroport de Dzaoudzi ont été contraints de rejoindre à pied la barge qui dessert Mamoudzou, faute de pouvoir trouver un taxi en circulation normale, rapporte La1ere. La barge reste le seul lien maritime régulier entre les deux îles.
Le réseau Msafara, déclencheur du conflit
Le cœur de la contestation est le lancement du réseau de transport interurbain Msafara, prévu par le Département-Région de Mayotte pour le 15 mai 2026. Ali Omar, 3e vice-président en charge des transports, a confirmé la date : « Normalement le 15 mai nous démarrerons sur les premières lignes », selon La1ere.
Le réseau comprendra quatre premières lignes, dont deux desservant directement Petite-Terre : Mamoudzou-Mzouazia via Chirongui et Mamoudzou-Dzoumogné. Le tarif est fixé à 2 euros par trajet, financé par la collectivité départementale, selon le Journal de Mayotte et Mayotte Hebdo.
Pour les taximen, ce tarif subventionné constitue une concurrence déloyale directe. Selon La1ere, le GATP estime que le déploiement de Msafara entraînerait la disparition de 115 entreprises artisanales et la perte de nombreux emplois, fragilisant des centaines de familles mahoraises.
Menace d’escalade à Grande-Terre
Le GATP ne s’en tient pas à cette première action. Les taximen de Petite-Terre menacent de durcir le mouvement dans les prochaines semaines et d’y associer leurs collègues de Grande-Terre, où se concentre la majorité de la population de Mayotte, si la collectivité ne répond pas à leurs revendications, selon La1ere. Une telle extension toucherait Mamoudzou et l’ensemble des communes du nord et du sud de la grande île.
La collectivité n’a pas encore communiqué de réponse officielle aux demandes du GATP à la date de publication de cet article. Le montant d’une éventuelle compensation ou d’un mécanisme de régulation n’a pas été précisé.
Contexte dans le département de Mayotte
À Mayotte, les taxis collectifs constituent historiquement l’épine dorsale du transport en commun depuis les années 1960, bien avant tout réseau de bus structuré. Ce rôle central les expose directement à chaque réforme de la mobilité insulaire.
Les mouvements sociaux du secteur ne sont pas nouveaux. En mai et juin 2025, les taximen avaient déjà protesté contre leur exclusion des voies réservées au Caribus, le réseau de bus urbain de Mamoudzou. En février-mars 2026, une grève avait été déclenchée contre des hausses du prix du carburant, suspendue après quinze jours, selon le Journal de Mayotte et La1ere. Ce troisième conflit en moins d’un an illustre la fragilité économique d’un secteur artisanal face aux transformations rapides de la mobilité sur l’île.
Selon l’INSEE, l’indice de chiffre d’affaires des transports de voyageurs par taxi s’établissait à 172,57 en janvier 2026 pour la France, un niveau stable mais qui ne reflète pas nécessairement la réalité mahoraise, où l’activité est plus dépendante des flux quotidiens interinsulaires. Cette fragilité face aux réorganisations institutionnelles n’est pas propre à Mayotte : d’autres secteurs publics et parapublics connaissent des tensions similaires dans les territoires d’outre-mer.
Mayotte, département le plus jeune de France (101e département depuis 2011), souffre d’un déficit chronique d’infrastructures de transport. Le réseau Msafara est présenté par la collectivité comme une réponse à ce manque. La commission permanente du Département-Région l’a validé le 25 mars 2026, selon le Journal de Mayotte.
Un calendrier sous tension
Le réseau Msafara doit démarrer sur ses quatre premières lignes le 15 mai 2026. Une extension est prévue en août 2026 pour le déploiement des lignes restantes, selon le Département-Région de Mayotte. Ce calendrier serré laisse peu de marge pour une négociation avec les taximens avant le lancement effectif.
Le GATP a adressé un courrier au préfet François-Xavier Bieuville, mais aucune réunion de médiation n’a été annoncée publiquement à ce stade. La question d’une coexistence régulée entre le futur réseau public et les artisans taxis reste sans réponse formelle de la collectivité. Les conflits sociaux liés aux mutations du service public dans les territoires ultramarins trouvent rarement une résolution rapide.
La prochaine étape sera déterminante : si aucun dialogue ne s’engage avant le 15 mai, les taximen de Grande-Terre pourraient rejoindre le mouvement, avec un impact bien plus large sur la circulation à Mamoudzou et dans le reste de l’île.
Sources
- La1ere / France Info : En grève ce jeudi matin, les chauffeurs de taxi de Petite-Terre menacent de durcir leur mouvement
- Linfokwezi : Les Artisans Taxis De Petite-Terre En Grève à Partir Du 7 Mai
- Le Journal de Mayotte : M'Safara, le bus à 2 euros qui veut changer les mobilités à Mayotte
- Mayotte Hebdo : Transport interurbain départemental : le coup d'envoi est prévu dans le courant du mois de mai