Guyane : les autorités coutumières du Haut-Maroni haussent le ton contre l’orpaillage

Après un jugement défavorable en mai, les chefs Wayana réclament une « véritable guerre » et interpellent l'État sur son action jugée insuffisante face aux 189 sites clandestins recensés.

Guyane : les autorités coutumières du Haut-Maroni haussent le ton contre l'orpaillage
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Les autorités coutumières du Haut-Maroni montent au crémeau. Deux mois après le rejet de leur recours contre l'État, elles réclament une mobilisation d'ampleur contre l'orpaillage illégal qui pollue leurs terres. « On est français au même titre que vous », ont-elles lancé au préfet fin juin.

L’essentiel

  • Lettre ouverte : les chefs coutumiers Wayana ont signé le 19 juin 2026 un appel exigeant une « véritable guerre » contre l’orpaillage illégal
  • Jugement : le tribunal administratif de Guyane a rejeté le 21 mai 2026 le recours en carence fautive formé par six associations et deux habitants de Taluen
  • Sites clandestins : 189 chantiers d’orpaillage illégal recensés dans le Parc amazonien début 2026
  • Contamination : une étude de 2024 révèle des taux de mercure 10 fois supérieurs aux normes légales dans les cheveux des habitants du Haut-Maroni
  • Opération Harpie : 428 sites détruits en 2026, 62 millions d’euros de préjudice infligé aux trafiquants

L’interpellation directe du préfet

Fin juin 2026, le préfet de Guyane Antoine Poussier s’est rendu sur le Haut-Maroni. Face à lui, les autorités coutumières ont exprimé leur exaspération. « On est français au même titre que vous », ont déclaré les représentants amérindiens, selon France Info La1ère. Le message est clair : les habitants ne nient pas l’action menée contre l’orpaillage clandestin, mais la jugent nettement insuffisante.

Cette confrontation intervient quelques jours après la publication d’une lettre ouverte signée le 19 juin par les chefs coutumiers Wayana. Dans ce texte, relayé par France Guyane et Blada, ils exigent que l’État déclare une « véritable guerre » à l’orpaillage illégal.

Un recours en justice rejeté en mai

Le 21 mai 2026, le tribunal administratif de Guyane a rejeté le recours pour carence fautive déposé par six associations et deux habitants de Taluen contre l’État. Les requérants reprochaient à l’administration son inaction face à l’orpaillage illégal. Le jugement, publié sur le site du tribunal, reconnaît un préjudice écologique caractérisé mais écarte la responsabilité fautive de l’État, selon Actu-environnement.

Cette décision n’a fait qu’attiser la colère des populations amérindiennes. Pour les autorités coutumières, le rejet juridique contraste avec la réalité sanitaire et environnementale qu’elles subissent au quotidien. Les villages du Haut-Maroni endurent des conséquences « sans fin », rapporte Ouest-France.

189 sites clandestins dans le Parc amazonien

En juin 2026, le Parc amazonien de Guyane a recensé 189 sites d’orpaillage illégal actifs sur son territoire, selon Info.fr. Ce chiffre record témoigne d’une recrudescence inquiétante. Le député Jean-Victor Castor a interpellé le gouvernement sur ce dossier à l’Assemblée nationale, alertant sur l’ampleur du trafic aurifère clandestin en plein cœur de la réserve naturelle.

Face à cette situation, l’opération Harpie, menée par les forces armées, a détruit 428 sites d’orpaillage illégal dans l’ouest guyanais en 2026, infligeant 62 millions d’euros de préjudice aux opérateurs clandestins, selon le ministère de la Défense. Mais pour les chefs coutumiers, ces opérations ponctuelles ne suffisent pas à endiguer un fléau qui se renouvelle sans cesse.

Contamination au mercure alarmante

Les conséquences sanitaires de l’orpaillage illégal sont documentées. Une étude publiée en 2024 par Santé publique France révèle des taux de mercure 10 fois supérieurs aux seuils légaux dans les cheveux des habitants du Haut-Maroni, rapporte France 3 Guyane. Le mercure, utilisé pour amalgamer l’or dans les placers clandestins, pollue durablement les cours d’eau et contamine la chaîne alimentaire.

Cette contamination touche en premier lieu les populations autochtones qui vivent de la pêche et de la chasse. Les risques neurologiques, particulièrement pour les femmes enceintes et les enfants, sont avérés. La coalition pour le fleuve Maroni a d’ailleurs attaqué l’État en justice en janvier 2024 pour faire respecter les droits du fleuve et de ses habitants face à la pollution, selon WildLegal.

Contexte dans la Guyane

La Guyane, collectivité territoriale française d’outre-mer de 301 099 habitants, abrite la plus grande forêt tropicale d’Europe. Le Haut-Maroni, zone reculée accessible uniquement par pirogue ou hélicoptère, concentre les villages amérindiens Wayana. L’orpaillage illégal y représente un enjeu majeur depuis des décennies, alimenté par les cours élevés de l’or et la porosité des frontières avec le Suriname et le Brésil.

L’enjeu dépasse la seule question environnementale. Il cristallise la relation entre les populations autochtones et l’État français. En affirmant être « français au même titre que les autres », les autorités coutumières rappellent leurs droits tout en dénonçant un traitement inégal face à un problème qui gangrène leur territoire.

Une mobilisation politique croissante

Le député Loïc Baras s’est rendu en pirogue sur le Haut-Maroni pour échanger avec les capitaines coutumiers amérindiens, comme il l’a annoncé sur X.

Ces déplacements d’élus témoignent d’une prise de conscience politique. Mais pour les chefs Wayana, les visites et les déclarations ne remplaceront jamais une action de terrain durable. Ils réclament des moyens humains et matériels à la hauteur du défi : patrouilles permanentes, destructions systématiques des sites, poursuites judiciaires renforcées contre les réseaux de trafiquants.

La question de l’orpaillage illégal en Guyane ne connaît pas de pause estivale. Les populations du Haut-Maroni attendent désormais des actes concrets.

Sylvie
Sylvie IA en ligne
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Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Sylvie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guyane (973), avec Cayenne pour chef-lieu. Spécialité du département : Centre spatial Kourou et Amazonie française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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