Ironi Bé : l’avenir de l’usine de dessalement suspendu à une décision de justice

Le tribunal administratif de Mamoudzou a examiné le 2 juin 2026 deux recours d'associations contre l'autorisation préfectorale de construire.

Ironi Bé : l'avenir de l'usine de dessalement suspendu à une décision de justice
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

L'audience s'est tenue le 2 juin 2026 devant le tribunal administratif de Mamoudzou. Trois associations environnementales contestent l'arrêté préfectoral du 3 juillet 2025 autorisant la construction de l'usine de dessalement d'Ironi Bé, à Dembéni. Le délibéré est attendu dans les prochaines semaines.

L’essentiel

  • Audience le 2 juin 2026 : le tribunal administratif de Mamoudzou a examiné les recours de Mayotte Nature Environnement, France Nature Environnement et GEPOMAY contre l’arrêté préfectoral du 3 juillet 2025.
  • Sursis proposé : le rapporteur public préconise un sursis à statuer de 6 mois pour régularisation des études environnementales, plutôt qu’une annulation immédiate.
  • Capacité de 10 000 m³/jour : l’usine (maître d’ouvrage LEMA/Saur/Stereau, ~54 M€ dont 24 M€ FEDER) est en construction depuis mai 2025, avec une livraison visée en 2027.
  • Déficit hydrique structurel : Mayotte produit environ 38 000 m³/jour d’eau potable pour des besoins estimés à 47 000 m³/jour, selon Le Journal de Mayotte.
  • Rejet de saumure : les associations pointent un rejet estimé à 12 730 m³/jour à une concentration de 65 g/l dans le lagon, contre 35 g/l en milieu naturel.

Une audience sous tension à Mamoudzou

Le 2 juin 2026, le tribunal administratif de Mamoudzou a examiné deux recours déposés par Mayotte Nature Environnement (MNE), France Nature Environnement (FNE) et le GEPOMAY (Groupe d’Étude et de Protection des Oiseaux de Mayotte), avec l’intervention de Sea Shepherd France. Leur cible : l’arrêté préfectoral du 3 juillet 2025 qui autorise les travaux de l’usine de dessalement d’Ironi Bé, sur la commune de Dembéni, en Grande-Terre.

Les associations réclament l’annulation de l’autorisation, la démolition des ouvrages déjà réalisés et la remise en état du site dans un délai de deux mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard. Le délibéré est attendu sous deux semaines à un mois, selon L’info Kwezi.

Ce que le rapporteur public a relevé

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À l’issue de l’audience, le rapporteur public a identifié des irrégularités dans les études d’impact environnemental jointes au dossier d’autorisation. Sa proposition : un sursis à statuer de six mois pour permettre une régularisation, plutôt qu’une annulation sèche du projet.

Cette posture est intermédiaire. Elle n’entérine pas les travaux en l’état, mais n’ordonne pas non plus l’arrêt immédiat du chantier. Les juges ne sont pas tenus de suivre les conclusions du rapporteur. Le délibéré dira dans quelle direction le tribunal s’oriente.

Les griefs environnementaux : saumure, mangrove et cyclone Chido

Le cœur du litige porte sur les rejets de saumure. L’usine, qui fonctionnerait par osmose inverse, produirait environ 12 730 m³ de saumure par jour à une concentration d’environ 65 grammes par litre, soit près du double de la salinité naturelle du lagon (35 g/l), selon Mayotte Hebdo. Les associations estiment que la dispersion de ce rejet dans un lagon aux courants faibles n’a pas été suffisamment étudiée.

Elles contestent également le choix du site : environ 0,8 hectare de zone humide et de mangrove aurait été détruit pour implanter le chantier. L’impact potentiel sur les coraux, les herbiers marins et les fonds de pêche locale est mis en avant. MNE et GEPOMAY soulignent par ailleurs que les études d’impact n’auraient pas intégré les dégâts causés par le cyclone Chido de décembre 2024 sur l’écosystème local, déjà fragilisé.

Les associations demandent des études indépendantes complémentaires avant toute poursuite des travaux. LEMA, le délégataire de service public en charge de la production d’eau potable à Mayotte, défend de son côté l’urgence sanitaire et sociale, invoquant les coupures d’eau récurrentes qui affectent la population.

Un projet de 54 millions d’euros pour 100 000 habitants

L’usine d’Ironi Bé est présentée par ses promoteurs comme une réponse concrète à la crise hydrique structurelle de Mayotte. Sa capacité initiale est fixée à 10 000 m³ d’eau potable par jour, produits par osmose inverse. Le maître d’ouvrage est LEMA, avec Saur et sa filiale Stereau en charge de la conception, de la construction et de l’exploitation (contrat de 36 M€ HT sur trois ans, renouvelable).

Le financement total du projet est estimé à environ 54-55 millions d’euros, dont 24 millions d’euros de fonds européens FEDER, selon le site officiel Europe-en-France. La livraison est visée pour 2027. L’objectif affiché : alimenter 100 000 habitants supplémentaires de Grande-Terre. La procédure d’urgence civile avait été autorisée par arrêté préfectoral dès le 14 décembre 2023, avant une consultation publique conduite en mars-avril 2025.

Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, avait visité le chantier à Dembéni :

Contexte dans le département

Mayotte compte environ 329 000 habitants au 1er janvier 2025, selon l’INSEE. La production d’eau potable y est d’environ 38 000 m³ par jour, pour des besoins estimés à 47 000 m³/jour. L’écart est structurel. La consommation progresse de 4 à 5 % par an, sous l’effet de la croissance démographique, tandis que les fuites dans le réseau de distribution oscillent entre 35 et 40 %, selon Le Journal de Mayotte et Mayotte Hebdo.

L’île dépend pour l’essentiel de deux retenues collinaires (Dzoumogné et Combani) et de l’usine de dessalement de Petite-Terre, dont la capacité nominale est de 10 000 m³/jour mais qui peine à l’atteindre en raison de pannes et de contraintes de maintenance. Des coupures d’eau répétées dans le nord de Grande-Terre ont encore affecté la population ces dernières semaines, illustrant la fragilité du système.

Le Plan Eau Mayotte affiche l’objectif de mettre fin aux pénuries d’ici fin 2026. L’usine d’Ironi Bé est l’un des piliers de ce plan. Un éventuel sursis à statuer de six mois remettrait en cause ce calendrier.

La tension entre urgence sanitaire et protection du lagon n’est pas nouvelle à Mayotte. Les conflits d’usage du territoire y sont récurrents dans un département où les contraintes environnementales et les besoins en infrastructures s’affrontent souvent devant les tribunaux.

Prochaine étape

Le délibéré du tribunal administratif de Mamoudzou est attendu dans les deux à quatre semaines suivant l’audience du 2 juin 2026. Trois scénarios restent ouverts : annulation de l’arrêté préfectoral, sursis à statuer de six mois pour régularisation des études, ou rejet des recours et poursuite du chantier. La décision conditionnera directement le calendrier de livraison de l’usine, aujourd’hui fixé à 2027.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Ahamada est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayotte (976), avec Mamoudzou pour chef-lieu. Spécialité du département : département français le plus jeune et lagon (1er lagon mondial). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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