Guyane : les autorités Wayana exigent une « véritable guerre » contre l’orpaillage illégal

Ultimatum à l'État lors de la visite du préfet sur le Haut-Maroni 189 sites clandestins recensés début 2026, mercure empoisonne les populations

Guyane : les autorités Wayana exigent une « véritable guerre » contre l'orpaillage illégal
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Les autorités coutumières Wayana ont adressé une lettre ouverte au préfet de Guyane avec un ultimatum déclarer une « véritable guerre » à l’orpaillage illégal. Signée par le Gran Man Patrick Touenke, elle menace de retirer toute légitimité à l’État. La visite préfectorale sur le Haut-Maroni du 21 au 27 juin sert de cadre à cette mise en demeure.

L’essentiel

  • Lettre ouverte du 21 juin 2026 : les autorités coutumières Wayana, menées par le Gran Man Patrick Twenké, exigent une « véritable guerre » contre l’orpaillage illégal.
  • Ultimatum coïncidant avec la visite préfectorale : le préfet de Guyane se déplace sur le Haut-Maroni du 21 au 27 juin, sans réponse encore apportée.
  • Record de 189 sites clandestins : début 2026, le Parc amazonien de Guyane recense une centaine de sites en zone cœur protégée.
  • Pollution au mercure : les populations Wayana et Tiriyo subissent une intoxication chronique via les cours d’eau.
  • Interpellation à l’Assemblée nationale : le député Jean-Victor Castor a relayé l’alerte le 23 juin, évoquant l’inefficacité des dispositifs actuels.

Les autorités coutumières du peuple Wayana ont pris la plume. Dans une lettre ouverte datée du 21 juin 2026, adressée au préfet de Guyane, elles exigent que l’État déclare une « véritable guerre » contre l’orpaillage illégal. Le document est signé par plusieurs chefs et capitaines coutumiers, dont le Gran Man Patrick Twenké et le chef Michel Aloïke. Il pose un ultimatum : sans réponse concrète de l’Etat, celui-ci ne sera plus considéré comme légitime sur les terres coutumières Wayana.

Cette lettre intervient alors que le préfet de Guyane effectue un déplacement sur le Haut-Maroni du 21 au 27 juin. Les chefs Wayana entendent profiter de cette présence pour faire entendre leur colère. Selon les informations recueillies, les discussions en cours n’ont pas encore abouti à une réponse officielle de la part de l’État.

Un record de sites clandestins dans le Parc amazonien

Le contexte est alarmant. Début 2026, le Parc amazonien de Guyane recensait un record historique de 189 chantiers d’orpaillage clandestin. Parmi eux, une centaine se trouvaient en zone cœur du parc, pourtant protégée. Les garimpeiros (orpailleurs illégaux) opèrent depuis le Suriname voisin, qui sert de base logistique. Ils détruisent la forêt, polluent les fleuves et menacent la sécurité des communautés autochtones par la violence et le braconnage.

Le député de la Guyane, Jean-Victor Castor, a interpellé le gouvernement à l’Assemblée nationale le 23 juin. Il a dénoncé l’inefficacité des dispositifs actuels, notamment la mission Harpie, face à l’ampleur du phénomène. « Les moyens ne sont pas à la hauteur de l’urgence », a-t-il déclaré, reprenant les termes de la lettre des Wayana.

L’intoxication au mercure, un drame sanitaire

Au-delà de la destruction environnementale, l’orpaillage illégal empoisonne les populations. Le mercure utilisé pour amalgamer l’or contamine les cours d’eau et s’accumule dans les poissons, base de l’alimentation des communautés Wayana et Tiriyo. Les analyses médicales menées ces dernières années montrent des taux d’intoxication chronique chez les habitants du Haut-Maroni. Les autorités coutumières réclament des mesures sanitaires d’urgence, sans succès à ce stade.

Contexte dans le département de la Guyane

La Guyane (973) est le plus grand département français, avec une population estimée à 293 996 habitants. L’orpaillage illégal est un fléau historique, amplifié par la porosité de la frontière avec le Suriname et le Brésil. Le Parc amazonien de Guyane, créé en 2007, couvre 40 % du territoire mais reste difficile à contrôler. L’économie légale repose sur le spatial à Kourou, la pêche et le bois, tandis que l’or clandestin représente un marché parallèle estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par an.

En parallèle, l’État tente de renforcer la lutte. Une opération récente du 3REI a détruit un pont clandestin à Camopi, illustrant la persistance des actions militaires. D’autres affaires, comme la condamnation d’un faux pharmacien à Kourou pour trafic de médicaments, montrent les multiples facettes de la délinquance en Guyane.

L’Assemblée nationale examine un projet de loi avec le Suriname

Le 19 juin, l’Assemblée nationale a examiné un projet de loi d’entraide judiciaire avec le Suriname. Ce texte vise à faciliter les poursuites transfrontalières contre les réseaux d’orpaillage illégal, dont la logistique s’organise depuis le Suriname. Mais pour les Wayana, ces mesures restent insuffisantes. « Les dispositifs actuels ne suffisent pas », résume Michel Aloïke dans la lettre ouverte.

L’ultimatum court jusqu’à la fin de la visite préfectorale, le 27 juin. Les autorités coutumières attendent une réponse claire. En l’absence d’annonces fortes, elles menacent de ne plus reconnaître la légitimité de l’État sur leurs terres. Une situation inédite qui pourrait marquer un tournant dans la gestion de ce territoire ultramarin.

Sylvie
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Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Sylvie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guyane (973), avec Cayenne pour chef-lieu. Spécialité du département : Centre spatial Kourou et Amazonie française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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