Hautes-Alpes : la moitié des agriculteurs partira dans 5 ans, qui reprendra leurs fermes ?

La Chambre d'agriculture et Safer PACA tirent la sonnette d'alarme sur le renouvellement générationnel en zone montagneuse.

Hautes-Alpes : la moitié des agriculteurs partira dans 5 ans, qui reprendra leurs fermes ?
Illustration Antoine Blanc / info.fr

Un millier de chefs d'exploitation sont en activité dans les Hautes-Alpes. La moitié a plus de 57 ans. Sans action rapide, des centaines de fermes risquent de disparaître faute de repreneurs dans les trois à cinq prochaines années.

Un millier de chefs d’exploitation sont en activité dans les Hautes-Alpes. La moitié a plus de 57 ans. Sans action rapide, des centaines de fermes risquent de disparaître faute de repreneurs dans les trois à cinq prochaines années. La Chambre d’agriculture et Safer PACA ont décidé de hausser le ton.

L’essentiel

  • 1 000 chefs d’exploitation actifs dans les Hautes-Alpes, dont 500 ont plus de 57 ans, selon Le Dauphiné Libéré et Presse Agence.
  • 30 avril 2026 à Gap : première édition de TERR’AGORA, cycle de dialogues lancé par Safer PACA en partenariat avec la Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes.
  • 7 252 exploitations d’élevage (52 %) et 6 603 végétales recensées dans l’Atlas 2025 de la Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes.
  • -30 % de candidats à l’installation agricole en PACA en 2024, selon La Marseillaise.
  • 390 000 exploitations en France métropolitaine en 2020, en baisse de 2,3 % par an entre 2010 et 2020, selon l’INSEE.

Une échéance à trois à cinq ans

Le chiffre est connu des acteurs du secteur, mais il prend une résonance particulière en 2026 : sur les environ 1 000 chefs d’exploitation recensés dans les Hautes-Alpes, la moitié approche ou a dépassé 57 ans. La question de la transmission se pose donc, concrètement, à un horizon de moins d’une décennie pour une large partie du tissu agricole alpin.

La Chambre d’agriculture du département ne mâche pas ses mots. Sans mobilisation collective, « les exploitations ne se transmettront pas d’elles-mêmes », avertit-elle. Le constat rejoint celui dressé à l’échelle nationale par l’INSEE : entre 2010 et 2020, le nombre d’exploitations agricoles en France métropolitaine a reculé de 2,3 % par an, tombant à 390 000 unités avec une surface agricole utile moyenne de 69 hectares. En zone de montagne, où les parcelles sont plus petites, le relief plus contraignant et les marges plus étroites, la pression est amplifiée.

Un territoire agricole diversifié mais fragile

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L’Atlas 2025 de la Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes dresse un portrait nuancé du département. On y recense 7 252 exploitations d’élevage, soit 52 % du total, et 6 603 exploitations à dominante végétale. Cette diversité témoigne d’une agriculture adaptée aux contraintes montagnardes : élevage ovin, bovin, cultures fourragères, lavande, fruits et légumes selon les vallées.

Mais cette diversité ne protège pas du problème de fond. Chaque exploitation non transmise représente des hectares qui sortent de la production, des emplois qui disparaissent, parfois des savoir-faire locaux qui s’éteignent. Dans un département où les acteurs publics peinent à fidéliser les vocations, la question dépasse le seul secteur agricole.

TERR’AGORA : dialogues pour préparer les transmissions

Face à ce constat, Safer PACA a lancé TERR’AGORA, un cycle de dialogues locaux conçu pour anticiper les transmissions agricoles. La première édition s’est tenue le 30 avril 2026 à Gap, en partenariat avec la Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes.

Patrice Brun, président de Safer PACA, insiste sur la spécificité du territoire. En agriculture montagneuse, « chaque hectare cultivé est précieux », selon Presse Agence. L’enjeu de TERR’AGORA est double : mettre en relation cédants et repreneurs potentiels, mais aussi travailler sur les aspects fonciers et financiers qui bloquent les installations. Les prochaines éditions départementales sont prévues tout au long de 2026.

Éric Lions, président de la Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes, place le renouvellement des générations en tête de ses priorités. La MSA Alpes-Vaucluse et la Chambre ont d’ailleurs remis ensemble le prix Installation-Transmission lors des Trophées Agriculture 2025, signal d’une mobilisation institutionnelle plus large.

Des candidats à l’installation trop peu nombreux

Le problème n’est pas seulement démographique du côté des cédants. Il est aussi structurel du côté des repreneurs. En 2024, les candidats à l’installation agricole en PACA ont chuté de 30 % par rapport à l’année précédente, selon La Marseillaise. À l’échelle nationale, seulement 11,9 % des agriculteurs ont moins de 40 ans.

Les freins sont connus : coût élevé du foncier et du cheptel, difficulté d’accès au crédit pour des profils sans patrimoine agricole familial, isolement géographique en zone de montagne. La PAC 2023-2027 prévoit des aides couplées spécifiques pour les zones de montagne, visant à soutenir les installations et la modernisation, mais leur effet reste limité sans accompagnement humain en amont.

Des dispositifs comme ceux qui accompagnent les petites structures économiques dans d’autres territoires inspirent parfois les réflexions locales, même si les modèles sont difficilement transposables directement en agriculture de montagne.

Contexte dans les Hautes-Alpes

Les Hautes-Alpes comptent environ 140 000 habitants pour une superficie parmi les plus étendues de PACA. L’agriculture y est historiquement contrainte : enclavement, altitude, hivers longs. Depuis le XIXe siècle, le département a connu une déprise rurale importante, liée à l’exode rural et à la mécanisation progressive, qui a déjà réduit le nombre d’exploitations sur le temps long, selon les données historiques compilées par les chercheurs en sciences humaines.

Cette trajectoire de fond rend la crise actuelle de succession d’autant plus préoccupante. Contrairement à des zones de plaine où un exploitant partant peut être remplacé par un voisin qui agrandit, en montagne l’absorption des terres libérées est plus difficile. Les conditions d’exploitation ne permettent pas toujours la reprise par des structures déjà en place.

Le département bénéficie néanmoins d’atouts : filières d’excellence (agneau de sisteron, lavande, pommes), circuits courts en développement, attractivité touristique qui peut parfois accompagner des projets agritouristiques. Ces niches ne suffisent pas à compenser le déficit structurel de repreneurs, mais elles peuvent constituer des points d’entrée pour de nouvelles installations atypiques.

Dans ce contexte, la question du suivi et de l’encadrement des élevages - y compris leur transmission dans des conditions réglementaires solides - devient aussi un enjeu de conformité sanitaire et sociale.

Prochaines étapes

Safer PACA prévoit de poursuivre les sessions TERR’AGORA dans d’autres départements de la région en 2026, avec un accent mis sur les échanges fonciers et l’accès aux financements pour les repreneurs. La Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes n’a pas encore communiqué de calendrier précis pour ses propres actions d’accompagnement à venir cette année.

Sources

Antoine Blanc

Antoine Blanc

Antoine est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Hautes-Alpes (05), avec Gap pour chef-lieu. Spécialité du département : stations de ski et Briançon UNESCO. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

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