Justice morte à Agen : les avocats mobilisés contre la réforme pénale malgré le retrait du plaider-coupable
Le barreau d’Agen a observé une journée « justice morte » le 23 juin 2026 pour contester le projet de loi de réforme de la justice criminelle, en dépit de l’abandon du plaider-coupable criminel annoncé par le garde des Sceaux.
Les avocats agenais ont cessé toute activité judiciaire le 23 juin. Ils dénoncent les autres mesures de la réforme pénale, notamment la généralisation des cours criminelles départementales. Le mouvement s’inscrit dans une contestation nationale.
L’essentiel
- Fait 1 : Le barreau d’Agen a organisé une journée « justice morte » le 23 juin 2026, suspendu les audiences et fermé les cabinets.
- Fait 2 : Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a retiré la procédure du plaider-coupable criminel le 10 juin, mais les avocats maintiennent leur opposition au projet de loi.
- Fait 3 : Les avocats dénoncent une justice « expéditive » et « de gestion des flux », notamment via les cours criminelles départementales.
Mercredi 23 juin 2026, le tribunal judiciaire d’Agen a tourné au ralenti. Les avocats du barreau local ont observé une journée « justice morte », cessant toute plaidoirie, reportant les audiences et fermant leurs cabinets. Une mobilisation destinée à protester contre le projet de loi de réforme de la justice criminelle, déposé au Parlement en mars dernier.
Un retrait qui ne suffit pas
Le 10 juin, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé le retrait de la disposition la plus contestée du texte : la procédure de « plaider-coupable criminel ». Cette mesure, qui devait permettre à un accusé de plaider coupable en échange d’une peine négociée, avait suscité une forte opposition des avocats, des magistrats et des associations de victimes. Selon le site Vie-publique.fr, le ministre a justifié ce retrait par l’absence de consensus.
Pourtant, le Barreau d’Agen a décidé de maintenir sa journée d’action. « Ce retrait est une victoire, mais il ne remet pas en cause le reste du projet », a expliqué le bâtonnier David Llamas, cité par La Dépêche du Midi. Les avocats pointent du doigt les autres dispositions, en particulier la généralisation des cours criminelles départementales (CCD).
Ce que les avocats agenais contestent
Les cours criminelles départementales, créées en 2019 à titre expérimental, jugent les crimes punis de quinze à vingt ans de prison sans jurés populaires, uniquement avec des magistrats professionnels. Le projet de loi prévoit de les étendre à l’ensemble du territoire. Pour les avocats, c’est une atteinte à un principe fondamental : le jugement par ses pairs. « La justice criminelle repose sur l’oralité, le contradictoire et la participation citoyenne. Les CCD réduisent le procès à une gestion administrative des flux », dénonce Me Llamas.
Les syndicats d’avocats dénoncent également la réforme des nullités et la limitation des voies de recours. Selon le Conseil national des barreaux, le texte « vide de sa substance le procès pénal équitable ».
Contexte dans le Lot-et-Garonne
Avec environ 90 avocats inscrits au barreau, le tribunal judiciaire d’Agen couvre l’ensemble du département. Dans un territoire rural et vieillissant comme le Lot‑et‑Garonne, l’accès à une justice de proximité est un enjeu récurrent. La journée « justice morte » a paralysé les audiences civiles et pénales. Seules les comparutions immédiates et les urgences (placement en détention, comparutions devant le juge des libertés) ont été assurées.
La mobilisation locale fait écho à l’affaire Lyhanna, survenue dans le département voisin du Gers, qui a mis en lumière les tensions entre le ministère et la magistrature. Le 23 juin, les syndicats de magistrats ont apporté leur soutien aux collègues gersois visés par des procédures de sanctions annoncées par Gérald Darmanin.
Un mouvement national
Le barreau d’Agen n’est pas isolé. Des jours « justice morte » ont été organisés dans plusieurs villes de France. Les avocats, alliés aux organisations de magistrats, réclament le retrait pur et simple du projet de loi. Le ministre de la Justice, lui, défend une réforme destinée à « simplifier et accélérer » la procédure criminelle. Mais les professionnels du droit alertent sur le risque de « justice à deux vitesses » entre villes et zones rurales, où les CCD seraient plus souvent utilisées faute de moyens.
Cette actualité judiciaire survient alors que d’autres affaires défraient la chronique, comme le meurtre lors d’une rixe à Châlons-en-Champagne ou le cold case en Moselle élucidé vingt ans après, des dossiers qui rappellent l’importance du contradictoire et de l’oralité des débats.
Prochaine étape
L’examen du projet de loi se poursuit au Parlement. Les avocats d’Agen promettent de nouvelles actions si les dispositions contestées ne sont pas modifiées. « Nous ne lâcherons rien », prévient le bâtonnier Llamas. Le prochain rendez‑vous pourrait être fixé lors de la discussion des articles relatifs aux cours criminelles départementales, attendue en juillet.