Kahani mise sur les jardins communautaires pour nourrir Mayotte
À Kahani, des jardins collectifs s'inscrivent dans un plan national pour atteindre 90% d'autonomie alimentaire d'ici 2030.
En 2022, Mayotte ne produisait que 30% de sa consommation alimentaire. À Kahani, village rural du centre de l'île, des jardins communautaires tentent de changer la donne. Un mouvement soutenu par des fonds publics et privés, et renforcé après les cyclones Chido et Dikeledi.
Les chiffres sont connus mais restent frappants. En 2022, Mayotte ne produisait que 30% de sa consommation alimentaire, selon les données de Vie-publique.fr. Pour répondre à cette dépendance structurelle aux importations, le Plan de souveraineté alimentaire de Mayotte, approuvé en juillet 2023, fixe un objectif ambitieux : couvrir 90 à 100% des besoins locaux en fruits et légumes frais d’ici 2030. À Kahani, les jardins communautaires sont l’un des leviers concrets de cette stratégie.
Une pratique ancienne remise en avant
Le jardin mahorais traditionnel n’est pas une invention récente. Il repose sur des associations culturales diversifiées - manguiers, bananiers, légumes feuilles - et une organisation collective appelée musada, selon l’Association d’Économie et Sociologie Rurales. Ce modèle d’agriculture familiale intuitive est aujourd’hui réactivé à Kahani dans une logique de résilience alimentaire.
En 2021, Nasra Abdou a lancé Maoraland dans la commune : une pépinière, un poulailler et une ferme pédagogique intégrant un jardin communautaire. Les plantes y sont vendues à 5 euros, selon Mayotte Hebdo. L’initiative combine production locale, éducation à l’écologie et lien social.
En mars 2025, la Fédération des associations de Kahani a obtenu une subvention de la Fondation de France pour réhabiliter un jardin communautaire, dans le cadre du programme Solidarité Mayotte mis en place après les cyclones Chido et Dikeledi.
Un cadre réglementaire qui se densifie
Les textes se sont multipliés ces deux dernières années. Le Plan régional de l’agriculture durable 2023-2029, approuvé en septembre 2024, prévoit 78 actions pour structurer l’agriculture locale, dont des initiatives communautaires. La loi de programmation pour la refondation de Mayotte (n° 2025-797 du 11 août 2025) va plus loin : elle prévoit un bilan au 1er mars 2026 sur les avancées en autonomie alimentaire, et fixe l’objectif d’approvisionner les cantines scolaires via des jardins partagés d’ici 2031.
La Stratégie quinquennale pour la reconstruction et le développement de Mayotte 2026-2031, annoncée en avril 2026 par la préfecture, intègre explicitement l’agriculture communautaire parmi ses priorités post-cyclones.
Prochaine étape : les aides européennes
La campagne PAC 2026 s’ouvre en avril. Les agriculteurs mahorais, y compris ceux exploitant des jardins communautaires, peuvent déclarer leurs surfaces pour bénéficier de fonds européens dédiés à l’écologie, selon France Info La 1ère. Pour des structures comme Maoraland ou les associations de Kahani, c’est une opportunité de sécuriser un financement pérenne. Les démarches administratives restent toutefois un obstacle pour nombre de petits producteurs, comme le souligne le même reportage.
Sources
- DAAF Mayotte : Plan de souveraineté alimentaire de Mayotte – juillet 2023
- Mayotte Hebdo : Pépinière, poulailler, ferme pédagogique, concept-store — Maoraland
- Légifrance : Loi de programmation pour la refondation de Mayotte n° 2025-797
- France Info La 1ère : Autonomie alimentaire Outre-mer : un si long chemin