Kim Jong-un reconduit à la tête du Parti des travailleurs lors du 9e congrès

Le dirigeant nord-coréen de 42 ans a été réélu dimanche 22 février 2026 par les délégués réunis à Pyongyang, cinq ans après le précédent congrès

Kim Jong-un reconduit à la tête du Parti des travailleurs lors du 9e congrès
Kim Jong-un lors du 9e congrès du Parti des travailleurs à Pyongyang Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

Sans surprise, Kim Jong-un a été reconduit dimanche 22 février 2026 à la tête du Parti des travailleurs de Corée du Nord, lors du 9e congrès de cette organisation qui dirige le pays communiste depuis les années 1940. Cette réélection intervient dans un contexte de renforcement militaire accéléré et de difficultés économiques persistantes, alors que Pyongyang a envoyé plusieurs milliers de soldats combattre aux côtés de la Russie en Ukraine. Le congrès, événement politique majeur organisé tous les cinq ans, doit se poursuivre pour une durée encore indéterminée.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Kim Jong-un, 42 ans, a été réélu dimanche 22 février 2026 à la tête du Parti des travailleurs lors du 9e congrès, selon l'agence KCNA
  • Depuis le précédent congrès de 2021, la Corée du Nord a procédé à de multiples essais de missiles balistiques intercontinentaux en violation des résolutions de l'ONU
  • Au moins 2.000 soldats nord-coréens auraient perdu la vie en combattant aux côtés de la Russie en Ukraine, selon les renseignements sud-coréens
  • Sa fille Ju-ae, environ 13 ans, a été clairement désignée comme successeure selon les services de renseignement sud-coréens, multipliant les apparitions publiques
  • Le président chinois Xi Jinping a félicité Kim Jong-un lundi 23 février, promettant d'écrire un nouveau chapitre de l'amitié sino-nord-coréenne

Le suspense n’était qu’apparent. Dimanche 22 février 2026, Kim Jong-un a été réélu à la tête du Parti des travailleurs de Corée du Nord, lors du 9e congrès de cette organisation politique qui règne sans partage sur le pays depuis 1948. Selon l’agence de presse étatique KCNA, cette décision a été prise « conformément à la volonté inébranlable et au désir unanime de tous les délégués » réunis dans la capitale nord-coréenne. Les hauts gradés de l’armée ont immédiatement prêté un « serment de loyauté » au dirigeant de 42 ans, dans une mise en scène destinée à consolider son autorité absolue sur le régime.

Un bilan militaire érigé en victoire

L’agence officielle KCNA n’a pas manqué de dresser un tableau élogieux du bilan de Kim Jong-un depuis le précédent congrès de 2021. Sous sa direction, affirme-t-elle, « la dissuasion militaire du pays, dont l’axe central repose sur ses forces nucléaires, a été radicalement renforcée ». Un communiqué du parti précise également que le dirigeant suprême « a dirigé avec énergie les efforts visant à transformer l’Armée populaire de Corée en une armée d’élite et puissante ».

Ces affirmations ne relèvent pas uniquement de la propagande. Depuis 2021, la Corée du Nord a effectivement continué à développer son arsenal nucléaire et procédé à de multiples essais de missiles balistiques intercontinentaux, en violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Les médias d’État ont d’ailleurs publié des photographies montrant des rangées de véhicules dotés d’imposants lance-missiles exposés à Pyongyang, probablement en marge du congrès.

Le congrès, grand-messe politique du régime

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Démarré le 19 février 2026, le 9e congrès du Parti des travailleurs constitue le plus important rassemblement politique en Corée du Nord. Organisé en principe tous les cinq ans, cet événement vise traditionnellement à renforcer l’autorité du régime et sert de tribune pour annoncer des changements de politique intérieure ou étrangère, ainsi que d’éventuels remaniements au sein de la direction du pays. Il s’agit seulement de la neuvième fois que le parti se réunit en congrès depuis le début du règne de la dynastie Kim, ce qui témoigne de la rareté et de l’importance de cet événement.

Lors de son discours d’ouverture jeudi dernier, Kim Jong-un avait promis de dévoiler la prochaine phase du programme d’armes nucléaires du pays, une annonce qui n’a pas encore été faite publiquement. Le dirigeant avait également évoqué l’amélioration du niveau de vie de ses compatriotes, dans une allusion rare aux difficultés économiques et aux pénuries alimentaires chroniques qui frappent la population nord-coréenne.

Des révisions statutaires pour consolider le pouvoir

Au-delà de la simple réélection de Kim Jong-un, le congrès a également adopté dimanche une révision des règles internes du parti. Selon les médias d’État, ces modifications visent à « consolider de manière qualitative les rangs du Parti » et à garantir « l’impartialité dans l’application de la discipline du Parti ». Cette formulation sibylline pourrait traduire une volonté d’intensifier la lutte contre la corruption et les « écarts » à la discipline, un thème récurrent dans les discours du dirigeant nord-coréen ces derniers mois.

En janvier 2026, Kim Jong-un avait déjà limogé publiquement son vice-Premier ministre lors d’une visite d’un complexe industriel, le comparant à « une chèvre attelée à un chariot » pour dénoncer son incompétence. Cette purge spectaculaire s’inscrivait dans une campagne plus large visant à expurger le « mal » au sein de l’appareil gouvernemental, selon les termes employés lors d’une réunion de hauts responsables en décembre 2025.

Le soutien chinois réaffirmé

Lundi 23 février, le président chinois Xi Jinping a félicité Kim Jong-un pour sa réélection, promettant de travailler avec lui pour « écrire un nouveau chapitre de l’amitié Chine-Corée du Nord », rapporte l’agence Rhône FM. Ce message de soutien de Pékin, allié historique de Pyongyang, intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par l’engagement militaire nord-coréen en Ukraine aux côtés de la Russie.

« Avant leur mort, les martyrs héroïques ont dû imaginer dans leur esprit leurs chères familles vivant dans un pays toujours prospère », a déclaré Kim Jong-un le 16 février lors de l’inauguration d’une rue d’appartements destinée aux familles des soldats nord-coréens tués en Ukraine, selon CNews.

Selon les services de renseignement sud-coréens et occidentaux, la Corée du Nord a dépêché plusieurs milliers de militaires pour soutenir Moscou dans son offensive ukrainienne. Séoul affirme qu’au moins 2.000 d’entre eux ont perdu la vie. En retour de cet envoi de troupes, la Russie fournirait à Pyongyang une aide financière, des technologies militaires ainsi que des fournitures alimentaires et énergétiques, selon des analystes interrogés par l’AFP.

La question de la succession en filigrane

Si la réélection de Kim Jong-un ne faisait aucun doute, le congrès a également attiré l’attention sur la présence récurrente de sa fille, Ju-ae, âgée d’environ 13 ans. Le 16 février dernier, le dirigeant nord-coréen l’avait accompagnée lors de l’inauguration du quartier Saebyeol (« nouvelle étoile »), cet ensemble d’appartements destiné aux familles de soldats tombés en Ukraine. Les services de renseignement sud-coréens ont récemment indiqué que l’adolescente avait été « clairement désignée comme successeure », citant sa participation croissante à des événements très médiatisés aux côtés de son père.

Le journal sud-coréen Asia Kyongje estime que Ju-ae « semble se trouver à un tournant important dans la succession au sein du régime nord-coréen », notant qu’elle est « en train de passer du simple statut de ‘fille du dirigeant’ à celui de future dirigeante de la nation ». Cette mise en avant progressive d’une héritière potentielle, dans un pays où la succession dynastique est la règle depuis 1948, pourrait constituer l’un des enjeux discrets mais essentiels de ce 9e congrès.

Une économie toujours sous pression

Malgré les fanfares militaires, la situation économique de la Corée du Nord demeure catastrophique. Le pays est soumis à plusieurs séries de sanctions internationales en raison de ses programmes d’armement nucléaire et balistique. Depuis des années, l’économie nord-coréenne est moribonde et les pénuries alimentaires chroniques affectent une large partie de la population.

Lors du précédent congrès de 2021, Kim Jong-un avait reconnu, dans un aveu extrêmement rare pour un dirigeant nord-coréen, que des erreurs avaient été commises dans « presque tous les domaines » du développement économique. Cinq ans plus tard, la priorité donnée au développement militaire au détriment des autres secteurs n’a pas changé. Le coûteux programme nucléaire, caractérisé par six essais atomiques entre 2006 et 2017 et par la mise au point de missiles balistiques intercontinentaux, reste considéré par le régime comme une assurance-vie face aux menaces américaines et sud-coréennes.

Alors que le congrès se poursuit pour une durée encore indéterminée, les observateurs internationaux scrutent chaque annonce susceptible de révéler les orientations futures du régime. La question demeure : Kim Jong-un parviendra-t-il à concilier son ambition nucléaire avec les besoins économiques criants de sa population, ou le pays s’enfoncera-t-il davantage dans l’isolement et la précarité ?

Sources

  • KCNA via DHnet (23 février 2026)
  • Rhône FM (22 février 2026)
  • Courrier international (17 février 2026)
  • CNews (16 février 2026)
  • AFP (23 février 2026)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.

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