12 000 litres de lait bio jetés par jour en Mayenne après la liquidation de la fromagerie d’Entrammes

La coopérative Lait Bio du Maine, liquidée le 27 avril 2026, laisse 21 producteurs sans collecteur et contraint à déverser leur production dans les fosses.

12 000 litres de lait bio jetés par jour en Mayenne après la liquidation de la fromagerie d'Entrammes
Illustration Delphine Leclerc / info.fr

La fromagerie coopérative d'Entrammes, en Mayenne, a été placée en liquidation judiciaire le 27 avril 2026 par le tribunal de Laval, faute de repreneur. Depuis, environ 12 000 litres de lait bio partent à la fosse chaque jour. Vingt salariés et une vingtaine de producteurs locaux se retrouvent sans solution.

La fromagerie coopérative d’Entrammes, en Mayenne, a été placée en liquidation judiciaire le 27 avril 2026 par le tribunal de Laval, faute de repreneur. Depuis, environ 12 000 litres de lait bio partent à la fosse chaque jour. Vingt salariés et une vingtaine de producteurs locaux se retrouvent sans solution.

L’essentiel

  • Liquidation prononcée le 27 avril 2026 : le tribunal judiciaire de Laval a acté la fin de la coopérative Lait Bio du Maine, faute de repreneur viable, selon Ouest-France.
  • 12 000 litres jetés par jour : c’est le volume de lait bio déversé dans les fosses par les éleveurs mayennais depuis la fermeture, selon France 3 Régions et France Bleu Mayenne.
  • 21 à 24 producteurs touchés : la fromagerie collectait le lait de 21 à 24 exploitations bio en Mayenne et employait 20 salariés.
  • Redressement judiciaire ouvert dès le 9 février 2026 : la coopérative était déjà sous procédure depuis deux mois et demi avant la liquidation définitive.
  • 200 tonnes de fromages bio par an : c’était la production annuelle de la fromagerie, selon Ouest-France.

Deux mois et demi de sursis, puis la fermeture définitive

Le 9 février 2026, le tribunal judiciaire de Laval plaçait la coopérative Lait Bio du Maine en redressement judiciaire. Les difficultés économiques s’accumulaient depuis plusieurs mois. Aucun repreneur crédible n’a émergé durant la période d’observation. Le 27 avril, la liquidation était prononcée. Fin de partie pour la fromagerie d’Entrammes.

David Hay, président de la coopérative et agriculteur à Pommerieux, résume la situation sans détour dans Ouest-France : « Économiquement, on ne pouvait plus aller plus loin. » La coopérative avait été fondée en 2011 par des éleveurs locaux pour valoriser leur production bio, sur un site dont l’histoire fromagère remonte à l’abbaye d’Entrammes au XIXe siècle. Elle a fêté ses quinze ans en août 2025 avec encore 26 producteurs adhérents.

1 400 litres perdus en trois jours : le témoignage de Mélanie Chardron

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Depuis la liquidation, plus personne ne collecte. Les cuves se remplissent, le lait ne part nulle part. Les éleveurs déversent dans les fosses.

Mélanie Chardron, productrice bio depuis 2021 à Coudray, a perdu environ 1 400 litres. Son témoignage, repris par Ouest-France et relayé sur les réseaux, illustre la situation : « La première fois que j’ai jeté, je pleurais. C’est trois jours de boulot qui partent en fumée. »

À l’échelle des 21 à 24 producteurs concernés, France 3 Régions et France Bleu Mayenne chiffrent le gâchis quotidien à 12 000 litres. Le printemps, période de montée en lait, risque d’aggraver le volume perdu si aucune solution de collecte n’est trouvée rapidement.

Le député Guillaume Garot demande un effort de solidarité

Le député de la Mayenne Guillaume Garot a publiquement alerté sur la situation. Il demande aux collecteurs de lait présents dans le département « un effort de solidarité » pour absorber la production des producteurs délaissés. Dans un contexte de tensions sociales et économiques qui traversent la France, l’appel résonne au-delà de la Mayenne.

À ce stade, aucune réponse officielle de collecteurs alternatifs n’a été rendue publique. La mairie d’Entrammes et la préfecture de la Mayenne n’ont pas communiqué sur d’éventuelles mesures d’urgence.

Contexte dans la Mayenne

La Mayenne est le département leader régional pour la production de lait de vache biologique. En 2024, selon la DRAAF Pays de la Loire, le département comptait 304 producteurs de lait bio, livrant 112 313 milliers de litres. Le lait représente 40 % de la production agricole locale.

La fermeture d’Entrammes ne survient pas dans un vide. En 2025, la collecte nationale de lait bio a reculé de 4,7 % à 1,13 milliard de litres, selon Agro-Matin, dans un contexte de déconversions et de pression sur les prix. En Pays de la Loire, le prix indicatif tournait autour de 511 €/1 000 litres, un niveau jugé insuffisant par de nombreux éleveurs. La crise du pouvoir d’achat agricole n’est pas propre à la Mayenne, mais elle y prend un visage concret : celui d’une coopérative née en 2011, qui produisait 200 tonnes de fromages bio au lait de foin par an, et qui n’a pas trouvé preneur.

La perte de ce débouché local fragilise directement les exploitations qui avaient construit leur modèle autour de la coopérative. Rebasculer vers le lait conventionnel n’est pas immédiat : les certifications bio, les pratiques d’élevage, les investissements réalisés ne se reconvertissent pas en quelques semaines. Cette situation rejoint un débat plus large sur la confiance des Français dans les politiques économiques et leur impact sur les filières agricoles de proximité.

Un patrimoine fromager qui remonte au XIXe siècle

La fromagerie d’Entrammes s’inscrivait dans une longue tradition locale. L’abbaye d’Entrammes pratiquait déjà la fabrication fromagère au XIXe siècle. La coopérative Lait Bio du Maine avait repris ce flambeau en 2011, selon Ouest-France et la plateforme Bioviveo. En quinze ans, elle était devenue une référence régionale pour le fromage bio au lait de foin, avec 26 producteurs adhérents encore à l’été 2025.

La liquidation efface ce capital collectif. Les 20 salariés se retrouvent sans emploi. Les équipements et le site restent à la disposition du liquidateur judiciaire, dont les conditions de cession ne sont pas encore connues.

Prochaine étape : trouver des collecteurs avant l’aggravation printanière

La priorité immédiate est la recherche de collecteurs alternatifs capables d’absorber la production des 21 producteurs concernés. Le printemps correspond à un pic de production laitière : sans solution rapide, le volume de lait jeté quotidiennement pourrait dépasser les 12 000 litres actuels. La reprise éventuelle du site par un acteur de la transformation fromagère reste une hypothèse non confirmée à ce stade.

Sources

Delphine Leclerc

Delphine Leclerc

Delphine est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayenne (53), avec Laval pour chef-lieu. Spécialité du département : siege Lactalis (Laval) et Laval Virtual (RV). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Pays de la Loire.

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