L’amende pour usage de drogues triple à 500 euros : Macron durcit le ton

Le président annonce depuis Marseille un triplement de l'amende forfaitaire délictuelle, passant de 200 à 500 euros pour frapper au portefeuille

L’amende pour usage de drogues triple à 500 euros : Macron durcit le ton
Emmanuel Macron lors de son discours à Marseille sur la lutte contre le narcotrafic Nathalie Rousselin / INFO.FR

Depuis Marseille ce mardi 16 décembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé une mesure forte dans la lutte contre la drogue : l'amende forfaitaire délictuelle pour usage de stupéfiants passera de 200 à 500 euros. Cette décision intervient alors que 17 personnes sont mortes cette année dans des violences liées au narcotrafic dans les Bouches-du-Rhône, un chiffre en baisse par rapport aux 24 décès de 2024 et aux 50 morts de 2023. Le chef de l'État entame son cinquième déplacement consacré à la lutte contre le narcotrafic et la régulation des réseaux sociaux.

L'essentiel

  • L'amende forfaitaire délictuelle pour usage de drogues passe de 200 à 500 euros, soit une augmentation de 150%, annoncée le 16 décembre 2025 à Marseille
  • 17 personnes sont mortes en 2025 dans des violences liées au narcotrafic dans les Bouches-du-Rhône, contre 24 en 2024 et 50 en 2023
  • Emmanuel Macron annonce des visites dans les pays où opèrent les têtes de réseaux pour saisir leurs biens et obtenir leur extradition
  • Le maire de Marseille Benoît Payan critique l'insuffisance des moyens alloués et réclame l'installation du Parquet national contre la criminalité organisée dans la cité phocéenne
  • Cette visite s'inscrit dans le cinquième débat présidentiel en un mois sur la lutte contre le narcotrafic et la régulation des réseaux sociaux

À 12 heures précises ce mardi 16 décembre 2025, Emmanuel Macron entamait sa visite à Marseille par un échange avec les lecteurs du quotidien La Provence. C’est dans ce cadre que le président de la République a lâché l’information : l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) pour usage de drogues va être multipliée par 2,5, passant de 200 à 500 euros. Une mesure choc dans une ville devenue le symbole de la guerre contre le narcotrafic.

Selon Sud Ouest, le chef de l’État a justifié cette hausse brutale par une formule sans équivoque : « On va passer à 500 euros l’amende. 500 euros, parce qu’il faut taper au portefeuille, parce que ça n’est pas festif de se droguer. »

Marseille, laboratoire de la guerre au narcotrafic

Le choix de Marseille pour cette annonce n’a rien d’anodin. Comme le rapporte La Nouvelle République, depuis janvier 2025, 17 personnes ont perdu la vie dans des violences liées au trafic de drogue dans les Bouches-du-Rhône. Si ce chiffre marque une baisse significative par rapport aux 24 morts de 2024 et surtout aux 50 décès de 2023, la situation reste préoccupante. Les observateurs attribuent cette diminution à la prédominance de la DZ Mafia sur Marseille, une domination qui génère paradoxalement moins de conflits entre groupes concurrents.

L’assassinat de Mehdi Kessaci le 13 novembre dernier a marqué un tournant. Ce jeune homme a été tué sans doute pour faire taire son frère Amine, militant antidrogue très actif dans la cité phocéenne. Le président s’est d’ailleurs rendu sur la tombe de Mehdi lors de sa visite, un geste symbolique fort. Amine Kessaci a lancé mardi sur Ici Provence un appel aux décideurs pour la mise en place d’une « convention citoyenne de la lutte contre le narcotrafic pour justement créer un espace de parole et donner la parole » aux habitants.

Une stratégie internationale de traque des têtes de réseau

Au-delà du volet répressif visant les consommateurs, Emmanuel Macron a dévoilé une stratégie plus large. D’après Sud Ouest, le président a annoncé vouloir renforcer la coopération avec les pays depuis lesquels les têtes de réseaux opèrent vers la France.

« J’en ferai (des visites) dans les prochains jours pour aller chercher dans les pays où sont les têtes de réseaux de la coopération, pour pouvoir saisir leurs biens, pour pouvoir (les) arrêter, nous les restituer », a déclaré Emmanuel Macron.

Cette approche marque une évolution dans la doctrine de l’exécutif. Depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci, le président a réuni à deux reprises ministres et acteurs concernés à l’Élysée. L’objectif affiché : mener une bataille contre le narcotrafic comparable à celle menée contre le terrorisme. En retrait des enjeux de politique intérieure depuis la dissolution controversée de 2024, Emmanuel Macron a clairement pris les devants sur ce sujet sécuritaire.

Les critiques sur l’insuffisance des moyens

Tous les acteurs locaux ne partagent pas l’enthousiasme présidentiel. Le maire divers gauche de Marseille, Benoît Payan, a multiplié les critiques. Sur France Inter, il a redemandé que le futur Parquet national contre la criminalité organisée (Pnaco) soit installé à Marseille et réclamé « des effectifs stables de police judiciaire pour remonter les pistes de blanchiment ».

« Le compte n’y est pas […] Depuis un an, on a vu une doctrine du ministère de l’Intérieur qui n’a pas mis le paquet comme le paquet aurait dû être mis sur le narcotrafic », a cinglé Benoît Payan.

Cette visite présidentielle s’inscrit dans un agenda chargé. Il s’agit du cinquième débat du genre depuis un mois, après Toulouse, Arras, Mirecourt et Saint-Malo, tous consacrés à la « démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux ». Le chef de l’État a inauguré un commissariat ainsi que l’agrandissement de la prison des Baumettes, deux infrastructures clés dans le dispositif de lutte contre le narcotrafic.

Le plan Marseille en Grand à l’épreuve du terrain

Cette visite était également l’occasion pour Emmanuel Macron de faire le point sur le vaste chantier de modernisation de la deuxième ville de France, lancé en 2021 sous l’appellation « Marseille en Grand ». Selon La Nouvelle République, ce programme ambitieux vise à transformer en profondeur une métropole confrontée à des défis multiples : urbanisme dégradé, inégalités sociales et maintenant narcotrafic endémique.

La question demeure : une amende multipliée par 2,5 suffira-t-elle à dissuader les consommateurs et à assécher la demande qui alimente les réseaux ? Les associations de terrain restent sceptiques, rappelant que la répression seule ne résout pas les problèmes de toxicomanie et que l’accompagnement sanitaire et social reste le parent pauvre des politiques publiques. Avec cette mesure, le président fait le pari du portefeuille comme levier de changement comportemental, une approche qui sera scrutée de près dans les mois à venir.

Sources

  • Sud Ouest (16 décembre 2025)
  • La Nouvelle République (16 décembre 2025)
  • La Provence (16 décembre 2025)
  • France Inter (16 décembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.