LBU divisée par trois : La Réunion face à une crise du logement majeure en 2026
Le Département alerte sur une enveloppe réduite à 27 millions d'euros, contre 85 millions en 2024, menaçant 1 800 chantiers et jusqu'à 10 000 emplois
Le président du Département de La Réunion, Cyrille Melchior, tire la sonnette d'alarme. La Ligne Budgétaire Unique pour 2026 serait réduite à 27 millions d'euros, contre 85 millions en 2024. Une division par trois qui menace directement 1 800 logements neufs, 53 000 familles en attente de HLM et le secteur du BTP.
Le président du Département de La Réunion, Cyrille Melchior, tire la sonnette d’alarme. La Ligne Budgétaire Unique pour 2026 serait réduite à 27 millions d’euros, contre 85 millions en 2024. Une division par trois qui menace directement 1 800 logements neufs, 53 000 familles en attente de HLM et le secteur du BTP.
L’essentiel
- LBU 2026 : 27 millions d’euros annoncés pour La Réunion, contre 85,65 millions en 2024 et 80 millions en 2025, selon le Département et le DRIEAT.
- 1 800 logements neufs menacés de ne pas être mis en chantier, d’après les bailleurs sociaux ARMOS-oi et le média Memento.
- 8 000 à 10 000 emplois directs et indirects dans le BTP exposés à un risque de suppression, selon Zinfos974 et Memento.
- 53 000 familles sont en attente d’un logement social à La Réunion, selon les bailleurs ARMOS-oi.
- 150 000 personnes non ou mal-logées sur l’île en 2025, dont 1 300 enfants à la rue, selon la Fondation pour le Logement et La 1ère.
Une enveloppe rognée de 68 % en deux ans
La Ligne Budgétaire Unique est l’outil central de financement du logement social dans les Outre-mer. À La Réunion, elle finançait 85,65 millions d’euros de constructions et réhabilitations en 2024. Elle est passée à 80 millions en 2025. Pour 2026, le montant annoncé tombe à 27 millions d’euros, soit une réduction de 68 % par rapport au niveau de 2024, selon les données publiées par le Département de La Réunion et le rapport du DRIEAT.
Le président Cyrille Melchior a formalisé cette alerte dans un communiqué officiel publié sur le site du Département. Il appelle à « la sécurisation des crédits de la LBU et à une visibilité claire sur les enveloppes 2026, tenant compte des réalités ultramarines ».
1 800 chantiers suspendus, 10 000 emplois en jeu
Les conséquences concrètes sont documentées. Selon Memento et les bailleurs ARMOS-oi, plus de 1 800 logements neufs ne pourraient pas être mis en chantier faute de financement. Les programmes de réhabilitation seraient également gelés.
Le secteur du BTP, qui représente un pilier de l’économie réunionnaise, subirait directement le contrecoup. Une perte estimée entre 8 000 et 10 000 emplois directs et indirects est évoquée par Zinfos974 et Memento. Le BTP réunionnais est structurellement dépendant des commandes publiques liées au logement social, dans une île où le foncier privé reste inaccessible pour une large part de la population.
L’Union sociale pour l’habitat a de son côté dénoncé une « baisse sans précédent » pour l’ensemble des DROM, avec un total de 127 millions d’euros dont 27 millions seulement alloués à La Réunion pour 2026.
53 000 familles en attente, 1 300 enfants à la rue
La crise du logement à La Réunion n’est pas nouvelle, mais les chiffres 2025 illustrent une aggravation continue. Environ 150 000 personnes sont considérées comme non ou mal-logées sur l’île, selon le rapport de la Fondation pour le Logement publié en 2026 et confirmé par La 1ère Réunion.
Les bailleurs sociaux ARMOS-oi recensent 53 000 familles en attente d’un logement social. Le parc locatif social compte 84 632 logements au 1er janvier 2025, logeant environ 24 % des ménages réunionnais, selon les données ARMOS-oi et l’INSEE.
Selon un élu relayant des données de la Fondation pour le Logement sur X, 1 300 enfants seraient actuellement à la rue, dont 382 de moins de 3 ans. Cette donnée est issue d’une source unique et doit être prise comme telle, mais elle s’inscrit dans une tendance vérifiée : le nombre de sans-abri est passé de 1 800 en 2019 à environ 2 500 en 2025, selon Zinfos974 et la Fondation pour le Logement.
Les bailleurs sociaux en première ligne
L’ARMOS-oi, association regroupant les bailleurs sociaux de La Réunion, a publié une alerte distincte de celle du Département. Les deux acteurs convergent : sans crédits LBU suffisants, les programmes de construction sociale sont impossibles à lancer.
La Fondation pour le Logement, dans son plaidoyer Outre-mer de février 2026, estime les besoins à 150 000 logements sur 10 ans dans l’ensemble des DROM. La Réunion concentre une part importante de ce besoin, en raison d’une démographie soutenue et d’un parc de logements informels encore présent dans certaines zones.
Imazpress note que les constructions sont déjà au ralenti depuis plusieurs trimestres, avant même la confirmation officielle de la baisse de la LBU pour 2026. La combinaison d’un ralentissement structurel et d’une coupe budgétaire brutale constitue, selon les acteurs du secteur, un point de rupture.
Contexte dans la La Réunion
La Réunion compte environ 900 000 habitants. Le taux de chômage y dépasse structurellement les 20 %, soit plus du double de la moyenne nationale. Le logement social représente un filet de protection essentiel pour des ménages dont les revenus sont insuffisants pour accéder au marché privé.
La LBU est, depuis des décennies, le principal levier de l’État pour financer ce secteur dans les DROM. Son niveau avait progressivement augmenté pour répondre à la crise : 85,65 millions en 2024 constituaient déjà un effort jugé insuffisant par les acteurs locaux. La réduction à 27 millions intervient dans un contexte de tension budgétaire nationale, avec l’examen du projet de loi de finances 2026 au Parlement qui conditionne la visibilité finale sur ces enveloppes.
La situation réunionnaise n’est pas isolée. D’autres territoires ultramarins font face à des contraintes similaires. Mais La Réunion cumule une densité de population élevée, une pression foncière forte et une demande sociale parmi les plus intenses des DROM, ce qui rend la coupe budgétaire particulièrement sensible ici.
L’examen du PLF 2026 au Parlement reste l’étape décisive pour confirmer ou réviser ces montants. Cyrille Melchior a demandé une concertation avec les services de l’État pour défendre l’enveloppe réunionnaise.
Sources
- Département de La Réunion : Le Département alerte sur une situation préoccupante pour le logement en 2026
- Memento : Baisse annoncée de la LBU : le Département alerte sur un risque majeur pour le logement et l'économie à La Réunion
- La 1ère / Franceinfo : Logement : près de 150 000 personnes non ou mal-logées à La Réunion
- Fondation pour le Logement : Plaidoyer Outre-mer 2026