Le Bourget : réunion publique houleuse sur le projet de data center Segro, les riverains huent les représentants
Mardi soir à l'Hôtel de Ville du Bourget, la présentation du data center Segro a dégénéré. Les représentants du promoteur sont sortis sous les huées des habitants, qui dénoncent un projet trop proche des écoles et des crèches.
La réunion publique d'information organisée mardi 16 juin par Segro sur son projet de data center au Bourget a viré à l'affrontement. Selon Le Parisien, les représentants du promoteur ont quitté la salle sous les huées des riverains. Une pétition a déjà recueilli plus de 18 000 signatures.
L’essentiel
- 16 juin 2026 : réunion publique à l’Hôtel de Ville du Bourget sur le projet de data center Segro. Selon Le Parisien, les représentants sortent sous les huées.
- 25 300 m² : surface du data center sur 3,5 hectares de friche industrielle, ancien site H&M. L’enquête publique (oct.-nov. 2025) a rendu un avis favorable avec réserves fin janvier 2026.
- 18 000 signatures : la pétition contre le projet, qui dénonce des nuisances sonores, une pollution atmosphérique et des risques liés aux batteries, aux groupes électrogènes et au stockage de carburant.
Le projet de data center porté par Segro sur l’ancien site logistique H&M au Bourget a provoqué une vive tension mardi soir. La réunion publique d’information, organisée à l’Hôtel de Ville, devait permettre au promoteur de répondre aux réserves émises par la commission d’enquête publique en janvier 2026. Mais les échanges ont rapidement dégénéré.
Selon Le Parisien, les représentants de Segro ont quitté la salle sous les huées des riverains. « Ils n’ont pas réussi à calmer la colère », rapporte le journal sur X. Info.fr n’a pas pu joindre Segro ni la mairie du Bourget en début de soirée mercredi.
Un projet contesté dès l’origine
Le data center doit s’implanter sur une friche de 3,5 à 4,1 hectares, à moins de 30 mètres d’immeubles d’habitation et à proximité de deux crèches, trois écoles, un collège et une maison de retraite. Le projet prévoit 33 groupes électrogènes de secours, le stockage de 1 716 000 litres de carburant HVO et 1 700 m³ de fioul, ainsi que 81,135 MW de batteries au lithium-ion, selon l’association MNLE (Mouvement national de lutte pour l’environnement).
La consommation électrique annuelle du site serait de 526 GWh, soit le double de la consommation totale de la ville du Bourget, d’après les mêmes sources. Une donnée qui alimente la colère des habitants, déjà exposés à une pollution atmosphérique importante dans ce secteur dense de Seine-Saint-Denis.
L’enquête publique, qui s’est tenue du 6 octobre au 7 novembre 2025, a rendu un avis favorable avec réserves fin janvier 2026. Elle imposait notamment des mesures complémentaires sur les nuisances sonores, la qualité de l’air et l’impact sanitaire. C’est pour répondre à ces réserves que Segro avait convié les riverains à cette réunion du 16 juin.
Les craintes des riverains
Les opposants, organisés autour d’un collectif, ont recueilli plus de 18 000 signatures sur une pétition. Ils dénoncent le risque d’incendie lié aux batteries lithium-ion, le bruit des groupes électrogènes (qui pourraient fonctionner plusieurs centaines d’heures par an en phase de test) et l’impact sur la qualité de l’air dans un secteur déjà marqué par un fort trafic routier et la proximité de l’aéroport du Bourget.
« Le risque qu’il prenne feu nous fait très peur », résume une habitante interrogée par Usine Nouvelle. « Nous sommes pris en tenaille entre un aéroport, des entrepôts et maintenant ce data center. »
De son côté, Segro, promoteur britannique spécialisé dans l’immobilier logistique, défend un projet « vertueux » sur le plan environnemental, avec l’utilisation de carburant HVO (hydrovégétal) et un système de refroidissement à haut rendement. L’entreprise n’a pas communiqué depuis la réunion.
Contexte dans le département
La Seine-Saint-Denis connaît une forte pression sur le foncier, entre grands projets d’infrastructure (prolongement du métro, Grand Paris Express) et implantation d’activités logistiques gourmandes en électricité. Alors que la région parisienne fait face à une tension sur le marché immobilier - illustrée par le renoncement de Paris à acquérir 15 immeubles de standing - , des villes comme Le Bourget voient leur tissu urbain se densifier autour de zones d’activités.
Le projet de data center s’ajoute à d’autres dossiers sensibles dans le département, comme l’incendie d’un entrepôt de 4 000 m² à Bobigny survenu mardi, qui a mobilisé 170 pompiers sans faire de victime, mais a ravivé les inquiétudes sur la sécurité des zones industrielles en milieu urbain.
Prochaine étape
La mairie du Bourget, qui a accueilli la réunion, n’a pas annoncé de nouvelle date de concertation. Les opposants attendent désormais la décision finale de la préfecture de Seine-Saint-Denis, qui doit se prononcer sur l’autorisation environnementale du projet. Le collectif a déjà prévenu qu’il saisirait la justice en cas de feu vert.
Sources
- Le Parisien : Le Parisien 93 tweet sur la réunion publique houleuse
- Le Parisien : Projet de data center au Bourget : le « oui mais » de l'enquête publique remobilise les opposants
- MNLE : Opposition au projet de datacenter au SEGRO BOURGET, un enjeu de santé publique en zone urbanisée
- Préfecture de Seine-Saint-Denis : Enquête publique - Datacenter SEGRO BOURGET au Bourget

