Fonds spéculatifs : deux élues LFI débarquent chez Apollo, Mutares et Tikehau
Aurélie Trouvé et Élisa Martin ont visité le 11 mai les locaux parisiens de trois fonds accusés de piller les entreprises françaises.
Les députées LFI Aurélie Trouvé et Élisa Martin se sont rendues le 11 mai 2026 dans les bureaux parisiens de Mutares, Apollo et Tikehau Capital. Une opération de terrain menée dans le cadre de la commission d'enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises, créée en décembre 2025.
Les députées LFI Aurélie Trouvé et Élisa Martin se sont rendues le 11 mai 2026 dans les bureaux parisiens de Mutares, Apollo et Tikehau Capital. Une opération de terrain menée dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises, créée en décembre 2025.
L’essentiel
- 11 mai 2026 : visite des locaux de Mutares, Apollo et Tikehau Capital à Paris par les deux élues LFI, accompagnées de journalistes de France Inter et de l’AFP.
- 16 décembre 2025 : date de création de la commission d’enquête parlementaire, à l’initiative du groupe LFI-NFP via son droit de tirage.
- 550 emplois : salariés touchés par la fermeture de trois sites de l’aciériste Novasco en novembre 2025, déclencheur de la commission.
- 1 000 milliards d’euros : volume d’actifs gérés par Apollo, dont plusieurs usines et enseignes en France selon Boursorama.
- 21 mai 2026 : prochaine audition prévue, avec Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.
Une visite surprise dans trois fonds parisiens
Lundi 11 mai 2026, Aurélie Trouvé, rapporteure de la commission d’enquête, et Élisa Martin, membre de la même commission, ont frappé à la porte de trois fonds d’investissement installés à Paris. Mutares, fonds allemand spécialisé dans le retournement d’entreprises, Apollo, géant américain gérant environ 1 000 milliards d’euros d’actifs, et Tikehau Capital, société française cotée en Bourse, étaient les cibles de la journée.
La délégation comprenait des collaborateurs parlementaires ainsi que des journalistes de France Inter et de l’AFP, selon Le Monde et Boursorama. L’opération visait à interroger directement les responsables de ces fonds sur leurs pratiques de rachat et de retournement d’entreprises françaises.
Un « capitalisme de prédateurs » dénoncé par la rapporteure
Aurélie Trouvé n’a pas ménagé ses mots. Selon Le Monde et Boursorama, elle a accusé ces fonds de « piller les entreprises » et de s’accaparer « la valeur créée par les travailleurs » pour atteindre des rendements de 15 à 20 %. Elle parle de « capitalisme de prédateurs ».
Le cas Apollo illustre l’ampleur du phénomène pointé par LFI : le fonds américain, dont les dirigeants opèrent principalement depuis le Luxembourg et la Suisse selon Boursorama, détient plusieurs usines et enseignes sur le territoire français. Il a notamment acquis des activités de l’équipementier automobile Forvia. Mutares, de son côté, est régulièrement contesté par les syndicats dans ses opérations de retournement. Tikehau Capital est la seule entité française du trio, cotée à la Bourse de Paris.
La liquidation de Bouchara à Clermont-Ferrand, qui menace 200 emplois sans repreneur identifié, illustre le type de situation que la commission entend documenter à l’échelle nationale.
Novasco, le cas déclencheur
La commission d’enquête trouve son origine directe dans le fiasco de l’aciériste Novasco, en novembre 2025. Trois des quatre sites du groupe ont fermé, laissant 550 salariés sans emploi, selon LCP et Libération. Cet épisode a cristallisé les critiques de LFI contre les rachats par des fonds qui, selon les élues, démantelent les outils industriels après extraction de valeur.
La commission, créée le 16 décembre 2025 à l’initiative du groupe LFI-NFP via son droit de tirage parlementaire, est chargée d’analyser l’impact de ces fonds sur les capacités productives françaises depuis 2017. Son périmètre couvre les TPE, PME et ETI, ainsi que les enjeux de souveraineté économique, selon le site de l’Assemblée nationale.
Le groupe LFI multiplie les initiatives parlementaires en ce printemps 2026, entre procédures judiciaires et commissions d’enquête.
Contexte dans le département de Paris (75)
Paris concentre les sièges français de la quasi-totalité des grands fonds d’investissement actifs sur le marché national. Apollo, Mutares et Tikehau Capital y ont tous leurs bureaux. C’est donc dans la capitale que la commission a choisi de conduire ses investigations de terrain.
À l’échelle nationale, le secteur du capital-investissement a investi 36,4 milliards d’euros dans 2 904 entreprises en 2025, selon France Invest - un recul de 1 % par rapport à 2024. Ce chiffre global ne distingue pas les opérations de retournement des prises de participation classiques, une nuance que la commission entend précisément documenter.
Paris abrite également le siège de Bpifrance, dont le directeur général Nicolas Dufourcq sera auditionné le 21 mai 2026 par la commission. La banque publique d’investissement est souvent présentée comme un contre-modèle aux fonds privés dans le débat sur le financement de l’industrie française.
La montée des fonds spéculatifs dans le tissu productif français est documentée depuis 2017, date retenue comme point de départ par la commission. LFI avance que cette période a vu s’accélérer les rachats hostiles d’entreprises industrielles, avec des conséquences directes sur l’emploi dans les territoires.
Un calendrier serré avant l’été
La commission doit rendre ses conclusions avant l’été 2026, selon l’Assemblée nationale et Le Monde. L’audition de Nicolas Dufourcq le 21 mai constitue l’une des prochaines étapes publiques annoncées. D’autres fonds pourraient être convoqués d’ici là.
Les trois fonds visités le 11 mai n’ont pas, à ce stade, communiqué publiquement sur leur position face aux questions des élues. La capitale reste le terrain où se jouent ces bras de fer entre pouvoir législatif et finance privée.
Les conclusions de la commission, attendues cet été, pourraient alimenter des propositions législatives sur l’encadrement des rachats d’entreprises françaises par des fonds étrangers.
Sources
- Le Monde : Deux députées LFI s'invitent chez des fonds d'investissement à Paris
- Assemblée nationale : Commission d'enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs
- Boursorama : "Prédateurs" : deux députées LFI s'invitent chez plusieurs fonds d'investissement à Paris
- LCP : Fonds spéculatifs dans la production nationale : feu vert à la création de la commission d'enquête