Liévin : le maire RN supprime les discours syndicaux du 1er mai mais maintient l’hommage aux mineurs

Dany Paiva a annulé la partie syndicale en mairie tout en préservant le dépôt de gerbe à la stèle Saint-Amé, provoquant une polémique amplifiée par plusieurs médias nationaux

Liévin : le maire RN supprime les discours syndicaux du 1er mai mais maintient l'hommage aux mineurs
Illustration Thomas Vandamme / info.fr

À Liévin (Pas-de-Calais), le nouveau maire RN Dany Paiva a supprimé les discours syndicaux du 1er mai en mairie, les qualifiant de « propagande ». L'hommage aux 42 mineurs morts en 1974 a bien eu lieu à la stèle Saint-Amé. La polémique, amplifiée par certains médias, a brouillé cette distinction.

À Liévin, commune minière du Pas-de-Calais de 30 000 habitants, le 1er mai 2026 a tenu ses promesses de tension. Dany Paiva, élu maire RN le 22 mars dernier avec 53,58 % des voix, a annoncé le 22 avril la suppression de la partie syndicale de la cérémonie officielle en mairie - discours, doléances, remise des médailles du travail. Il a maintenu le dépôt de gerbe à la stèle Saint-Amé. La distinction, pourtant réelle, a été largement perdue dans la couverture médiatique.

L’essentiel

  • Annonce le 22 avril : Dany Paiva supprime la partie syndicale en mairie (discours, doléances), la qualifiant de « meeting politique d’extrême gauche ».
  • Hommage maintenu : Le dépôt de gerbe à la stèle Saint-Amé s’est déroulé le 1er mai avec environ 60 participants, dont des élus de la majorité RN.
  • Médailles reportées : La remise des médailles du travail, traditionnellement intégrée à la cérémonie, a été renvoyée à une date non précisée.
  • Conseil municipal tendu : Le 27 avril, l’opposition PCF et EELV a dénoncé la décision ; des chants de la Marseillaise ont éclaté dans le public.
  • Précédent : En 2016, le maire RN Steeve Briois avait fait de même à Hénin-Beaumont, à une vingtaine de kilomètres de là.

Ce que Paiva a supprimé, ce qu’il a gardé

La décision du 22 avril porte sur la réception en mairie : les syndicats ne pourront plus y prendre la parole ni remettre leurs cahiers de doléances. La remise des médailles du travail, jusque-là intégrée à cette séquence, a été reportée à une date ultérieure non communiquée, selon La Voix du Nord.

Ce que Paiva a conservé : le dépôt de gerbe à la stèle Saint-Amé, mémorial des 42 mineurs tués le 27 décembre 1974 par un coup de grisou à la fosse du même nom. Ce rituel s’est tenu le 1er mai sans incident, en présence d’une soixantaine de personnes majoritairement issues de la majorité municipale. Le maire a prononcé un discours en hommage « à tous les travailleurs du passé et du présent », toujours selon La Voix du Nord.

L’opposition locale a déposé sa propre gerbe en marge de la cérémonie officielle.

La mécanique de la polémique

Publicité

L’annonce du 22 avril a déclenché une vague médiatique nationale. L’Humanité a titré sur « l’annulation de l’hommage aux victimes du coup de grisou de 1974 ». France Inter a parlé de suppression de la cérémonie « en hommage aux mineurs ». Libération a évoqué une « rétropédalage » du maire, sous-entendant un recul qui n’a pas été documenté.

Ces cadrages ont omis la distinction entre la réception syndicale en mairie et le dépôt de gerbe à la stèle. Résultat : des réactions politiques calibrées sur une information incomplète. François Hollande et le PCF national ont condamné ce qu’ils présentaient comme une atteinte à la mémoire des victimes de 1974. L’hommage avait pourtant lieu.

Sur les cortèges syndicaux du 1er mai dans le Pas-de-Calais, la mobilisation a été réelle, portée en partie par cette controverse.

La réaction de l’opposition locale

Au conseil municipal du 27 avril, les élus PCF et EELV ont interpellé le maire directement. Ils ont qualifié sa décision de mensonge et d’atteinte à une tradition ouvrière centenaire. La séance s’est achevée dans le désordre : des participants dans le public ont entonné la Marseillaise, selon La Voix du Nord.

Paiva n’a pas varié sa position publique. Il maintient que les discours syndicaux en mairie constituent un « meeting politique d’extrême gauche » et de la « propagande », sans qu’il ait communiqué sur un éventuel aménagement futur du dispositif.

La secrétaire générale de la CFDT Hauts-de-France, Perrine Mohr, a qualifié la décision de « déplorable », dénonçant un « manque de respect de l’histoire de nos territoires » et une « détestation des organisations syndicales », selon Le Figaro.

Contexte dans le Pas-de-Calais

Liévin concentre plusieurs marqueurs du bassin minier : 30 000 habitants, un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale - les Hauts-de-France affichaient 12,5 % en 2021 selon l’INSEE - et une tradition politique ancrée à gauche depuis plus d’un siècle. L’élection de Paiva le 22 mars 2026, avec 53,58 % face à la liste PS-PCF-LFI de Jérôme Darras (46,42 %), a rompu cette continuité, selon Le Monde.

Le précédent le plus direct est celui d’Hénin-Beaumont. En 2016, Steeve Briois, élu maire RN en 2014, avait supprimé la cérémonie syndicale du 1er mai deux ans après sa prise de fonction. La même séquence - victoire électorale, puis rupture avec les traditions syndicales - se reproduit à Liévin une décennie plus tard. La mémoire minière reste un enjeu dans plusieurs communes du bassin, comme l’illustrent les initiatives scolaires récentes à Barlin et Sallaumines.

La commune appartient également à un territoire où les tensions sociales font l’objet de politiques publiques spécifiques, notamment autour de l’évitement scolaire dans les cités éducatives.

Ce qui reste en suspens

La remise des médailles du travail n’a pas encore de nouvelle date. La mairie n’a pas indiqué si la réception syndicale pourrait prendre une autre forme à l’avenir. L’opposition locale n’a pas annoncé de recours juridique à ce stade.

Le prochain conseil municipal sera l’occasion de mesurer si la polémique laisse des traces dans les relations entre la majorité RN et les syndicats du territoire - ou si elle s’estompe avec le calendrier politique chargé de ce printemps 2026.

Sources

Thomas Vandamme

Thomas Vandamme

Thomas est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Pas-de-Calais (62), avec Arras pour chef-lieu. Spécialité du département : premier port voyageurs Europe (Calais) et bassin minier UNESCO. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Hauts-de-France.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie