Macron envoie son ambassadeur promettre 250 000 visas à l’Algérie sans contrepartie

Stéphane Romatet annonce le retour au niveau d'avant-crise. Aucune mention du journaliste Gleizes, toujours en prison.

Macron envoie son ambassadeur promettre 250 000 visas à l'Algérie sans contrepartie
Macron envoie son ambassadeur promettre 250 000 visas à l'Algérie sans contrepartie Illustration info.fr
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L'ambassadeur de France en Algérie dévoile un mandat présidentiel pour rétablir 250 000 visas par an. Christophe Gleizes reste incarcéré. L'Élysée n'a rien exigé.

Les enjeux

Ce qu'il faut comprendre

Inversion de la ligne Macron en moins d'un an

En août 2025, l'Élysée exigeait fermeté et coopération. Douze mois plus tard, l'ambassadeur promet 250 000 visas sans contrepartie visible.

Le journaliste Gleizes, variable sacrifiée

Emprisonné depuis mai 2024, condamné à 7 ans, Christophe Gleizes n'est plus une condition de la normalisation diplomatique.

Reconduites dérisoires malgré les promesses

140 expulsions d'Algériens depuis janvier 2026. La coopération consulaire reste au point mort.

Retailleau mis sur la touche

Le ministre de l'Intérieur voulait contrôler les visas pour durcir la ligne. Macron a refusé. Les visas restent une affaire du Quai d'Orsay.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • L'ambassadeur Stéphane Romatet annonce un objectif de 250 000 visas par an pour l'Algérie, sur mandat direct de Macron.
  • Le journaliste Christophe Gleizes purge 7 ans de prison en Algérie depuis mai 2024. Aucune condition posée à sa libération.
  • Seulement 140 reconduites d'Algériens irréguliers depuis janvier 2026. La coopération consulaire reste symbolique.
  • En août 2025, Macron exigeait fermeté et invoquait le sort de Gleizes. Un an plus tard, l'Élysée capitule sans contrepartie visible.
4 faits vérifiés 7 sources mis à jour le 16 juillet à 18:23

Le 15 juillet 2026 - à Alger, Stéphane Romatet prend la parole à la Villa des Oliviers. C’est la fête nationale. Drapeaux, champagne, discours. L’ambassadeur de France annonce l’objectif: rétablir la délivrance d’environ 250 000 visas par an aux ressortissants algériens. Le niveau d’avant-crise. Il le dit clairement: « Si je suis revenu ici, c’est pour une raison particulière, c’est à la demande du président de la République pour réengager avec l’Algérie une relation basée sur la confiance. Je suis revenu en Algérie avec un mandat, avec une volonté, celle du président Emmanuel Macron. »

Les chiffres racontent le yo-yo. En 2024, la France avait délivré 250 085 visas aux Algériens. En 2025, ce nombre chute à 204 248 - soit une baisse de 18,3 %. La crise diplomatique récente, qui a duré près de deux ans - a affecté les effectifs consulaires et gelé les relations. Romatet promet désormais un retour « probablement au niveau antérieur à la crise ». L’objectif est clair: 250 000 visas.

D’août 2025 à mi-juillet 2026: comment Macron a inversé sa ligne

Quelques mois plus tôt, en août 2025 - le même Emmanuel Macron exigeait une « fermeté » accrue envers Alger. Le motif: « défaut de coopération algérien » sur la gestion des ressortissants expulsables. La France avait alors suspendu les exemptions de visa pour les passeports diplomatiques algériens. Le président invoquait explicitement le « sort réservé » au journaliste Christophe Gleizes et à Boualem Sansal pour justifier ce durcissement. Quelques mois plus tard, l’ambassadeur revient à Alger avec une consigne inverse: rouvrir les vannes.

Ce revirement stratégique ne fait l’objet d’aucune explication officielle. Ni l’Élysée ni le Quai d’Orsay n’ont précisé ce qui a changé entre l’été 2025 et mi-juillet 2026. Le schéma se répète: crise, menaces, puis capitulation. En septembre 2021 - la France avait réduit de 50 % le nombre de visas accordés aux Algériens pour protester contre le manque de coopération consulaire. La mesure avait gelé les relations pendant plusieurs mois avant un retour progressif à la normale fin 2022. Quelques années plus tard, même scénario. Sauf que cette fois, un journaliste français croupit en prison à Alger depuis deux ans. Et cela ne change rien.

Le président Macron invoquait explicitement le sort réservé à Christophe Gleizes et à Boualem Sansal pour justifier un durcissement de la position française.
Emmanuel Macron
Août 2025
Si je suis revenu en Algérie avec un mandat, c'est celui du président Emmanuel Macron pour réengager une relation basée sur la confiance.
Stéphane Romatet, ambassadeur
15 juillet 2026

Christophe Gleizes: de justification du durcissement à variable muette

Les chiffres clés de la diplomatie France-Algérie: promesse de 250 000 visas annuels et absence de contrepartie sur le cas Gleizes.
Les chiffres clés de la diplomatie France-Algérie: promesse de 250 000 visas annuels et absence de contrepartie sur le cas Gleizes.

Le journaliste français Christophe Gleizes est en prison en Algérie depuis mai 2024. Condamné en juin 2025 à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » - sa peine a été confirmée en appel en décembre 2025. En juillet 2026 - il est toujours incarcéré.

Il y a quelques mois, le président en faisait un argument de fermeté. Aujourd’hui, l’Élysée l’a rayé de l’équation diplomatique. Lors de son allocution du 14 juillet - Stéphane Romatet a adressé « une pensée toute particulière » à Christophe Gleizes et à sa famille. Une phrase. Rien d’autre. Aucune demande publique de libération, aucune condition posée à la normalisation des visas. Le journaliste a renoncé à son pourvoi en cassation au printemps 2026 dans l’espoir d’une grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune. Il a reçu la visite d’un diplomate français en mai 2026. Depuis, silence de l’Élysée. Gleizes est devenu une variable sacrifiée.

Le 16 juillet 2026 - à Berlin, Abdelmadjid Tebboune refuse de s’exprimer publiquement sur le sort du journaliste lors d’une conférence de presse. Côté français, aucune réaction. Jean-Noël Barrot - chef de la diplomatie française, avait évoqué la « situation » de Gleizes en mars 2026 lors d’un échange avec son homologue algérien. Depuis, le dossier a disparu du discours officiel.

On se souvient d’autres ressortissants français détenus à l’étranger dont les cas ont conditionné les relations bilatérales. Dans plusieurs cas précédents, la France avait refusé toute normalisation avant leur retour. Avec Christophe Gleizes, l’Élysée a choisi une autre logique: normaliser d’abord, espérer ensuite.

204 248visas délivrés en 2025 (-18,3 %), avant la promesse de revenir à 250 000

140 reconduites depuis janvier: le grand écart entre promesses et bilan

Depuis le début de l’année 2026, la France a procédé à 140 reconduites d’Algériens en situation irrégulière. Le chiffre a été confirmé par le ministère de l’Intérieur. C’est dérisoire la rhétorique de fermeté affichée. En février 2026 - des discussions sur la coopération sécuritaire et migratoire ont eu lieu entre les ministres de l’Intérieur français et algérien. Aucun engagement chiffré n’a été rendu public. Aucun quota d’expulsion n’a été négocié en contrepartie de la promesse de 250 000 visas.

Le décalage est patent. La France promet d’accorder environ 250 000 visas par an - mais ne parvient à reconduire que 140 personnes en sept mois. La coopération consulaire algérienne reste symbolique. L’Élysée n’a pas fait de ce déséquilibre une ligne rouge. Abdelmadjid Tebboune a validé le processus de normalisation avec l’ambassadeur de France. Pour lui, le dossier Gleizes et les conditions de la coopération consulaire ne sont pas sur la table.

L’accord franco-algérien de 1968 - qui régit les conditions d’entrée, de séjour et d’emploi des Algériens en France, reste au cœur des débats sur l’immigration. Cet accord dérogatoire, que plusieurs responsables politiques français aimeraient renégocier, n’a pas été évoqué dans les discussions récentes.

Retailleau écarté du dossier visas par arbitrage présidentiel

Bruno Retailleau avait tenté de durcir le ton. Le ministre de l’Intérieur souhaitait que la compétence en matière de visas relève de son ministère plutôt que des Affaires étrangères, pour mieux contrôler les flux face à l’Algérie. « Le président de la République me l’a refusé » - a-t-il déclaré. L’Élysée a tranché: les visas restent une affaire diplomatique, pas sécuritaire.

Cet arbitrage présidentiel marginalise le ministre de l’Intérieur sur un dossier qu’il considérait comme relevant de sa compétence régalienne. Retailleau voulait faire des visas un levier de pression sur la coopération consulaire. Macron a choisi la voie inverse: offrir les visas sans conditions, quitte à sacrifier la fermeté affichée quelques mois plus tôt. Le ministre de l’Intérieur est mis sur la touche. Les Affaires étrangères reprennent la main.

Les critiques fusent à droite

François-Xavier Bellamy - député européen, a dénoncé la posture de l’Élysée sur X: « Notre diplomatie est otage d’un président qui semble déterminé à envoyer jusqu’au bout des preuves de soumission volontaire. La France ne retrouvera avec l’Algérie des relations de respect mutuel que quand ses propres dirigeants auront cessé de l’humilier. »

Reporters sans frontières (RSF) a mentionné le cas du journaliste en mai 2026 comme un point d’attention lors du retour de l’ambassadeur français à Alger. Depuis, l’association n’a pas communiqué publiquement sur l’évolution du dossier.

Stéphane Romatet a terminé son allocution du 14 juillet par une formule convenue: restaurer une relation « basée sur la confiance ». Christophe Gleizes, lui, attend toujours une grâce présidentielle qui dépend du bon vouloir d’Abdelmadjid Tebboune. La France, elle, a déjà donné son gage: 250 000 visas.

Nathalie
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Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Nathalie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans la société et la justice. Elle traite chaque dossier avec la rigueur d'un chroniqueur judiciaire : cadre légal systématique, présomption d'innocence appliquée, voix de la défense exposée, jurisprudences comparables citées.

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