Marseille : des mineurs placés à l’ASE exploités dans des réseaux de prostitution

Un avocat marseillais dénonce des « fermes de prostituées » dans les foyers, Martine Vassal visée par un recours judiciaire.

Marseille : des mineurs placés à l'ASE exploités dans des réseaux de prostitution
Illustration Alexandre Santini / info.fr

À Marseille, des mineures placées sous la garde de l'Aide Sociale à l'Enfance sont exploitées sexuellement, parfois dès 11 ans. Des proxénètes stationneraient devant les foyers. Un avocat a déposé un recours contre la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Le constat est accablant. Selon une enquête diffusée par Envoyé Spécial en novembre 2025 et relayée par Le Parisien, presque aucun foyer de l’ASE à Marseille n’échappe au phénomène de prostitution des mineures placées. Des proxénètes attendent devant les structures. Les fugues sont déclarées, puis classées. « On déclare la fugue, on fait notre travail », admet un éducateur dans un reportage TF1 cité par l’avocat Michel Amas.

Un avocat brise le silence

Michel Amas, avocat marseillais spécialisé en protection de l’enfance, est l’une des rares voix publiques à nommer le problème sans détour. Il parle de « fermes de prostituées » au sein même des foyers ASE. Le 30 avril 2025, il a déposé un recours judiciaire contre Martine Vassal, présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, pour faute en responsabilité, selon Franceinfo. Le reproche central : avoir laissé se développer l’exploitation sexuelle de mineurs confiés à l’État.

Dans les témoignages recueillis par Franceinfo, une éducatrice confirme : « À Marseille, il n’y a pas un foyer où je n’ai pas mis les pieds, où il n’y a pas de prostitution. » Elle décrit des adolescentes quittant les foyers en tenue provocante dès 22 heures, sans que personne ne les retienne. Le problème n’est pas nouveau - le glissement institutionnel entre protection affichée et réalité vécue touche d’autres secteurs du soin et de l’hébergement - mais l’ampleur marseillaise dépasse ce que les rapports officiels avaient jusqu’alors documenté.

Un phénomène national, une concentration locale

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Les chiffres nationaux donnent la mesure du désastre. En France, entre 15 000 et 20 000 mineurs sont victimes de prostitution, dont 80 % sont placés sous la garde de l’ASE, selon Le Parisien. Une commission parlementaire d’avril 2025 a confirmé ces proportions et signalé des dysfonctionnements majeurs dans les foyers marseillais, selon Libération. En 2025, les forces de l’ordre ont recensé 704 mineurs victimes de prostitution, soit une hausse de 43 % par rapport à 2021, toujours selon Libération.

Michel Amas a étendu ses procédures à sept départements en décembre 2025. Il parle d’une « pandémie pure et simple de prostitution » des adolescentes placées, selon Franceinfo. Ce mouvement judiciaire illustre à quel point les alertes de terrain, quand elles restent sans réponse institutionnelle, finissent par se transformer en contentieux.

Responsabilité politique en question

Le recours visant Martine Vassal n’est pas isolé : selon Franceinfo, les présidents de deux autres départements font face à des accusations similaires. France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur rapporte que des associations et avocats utilisent l’expression « nous les livrons aux chiens » pour décrire le fonctionnement actuel de certains foyers.

Le conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’a pas communiqué de réponse publique détaillée aux accusations à ce stade. Les procédures judiciaires sont en cours devant le tribunal de Marseille.

Prochaine étape

Des auditions au niveau européen étaient attendues en mars 2026 sur la question de la prostitution des mineurs placés en France. Les procédures judiciaires initiées par Michel Amas et d’autres parties restent pendantes. Aucune date d’audience n’a été rendue publique à ce jour.

Sources

Alexandre Santini

Alexandre Santini

Basé à Marseille, couvre les quartiers Nord, la politique municipale, les chantiers du Grand Port et les tensions sur la propreté urbaine. Formé au CFJ, il a travaillé en télé locale avant de rejoindre la rédaction web. Posture : ne jamais dépendre des communiqués de la mairie, aller dans les cités, interroger les associations, croiser les budgets et les promesses électorales.

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