Marseille : les avocats prolongent leur grève contre la réforme judiciaire Darmanin

Le Conseil de l'Ordre a voté à l'unanimité la poursuite du mouvement au-delà du 14 avril, dans un contexte de mobilisation nationale sans précédent.

Marseille : les avocats prolongent leur grève contre la réforme judiciaire Darmanin
Illustration Alexandre Santini / info.fr

Les 3 000 avocats du Barreau de Marseille sont en grève depuis le 7 avril 2026 contre le projet de loi SURE de Gérald Darmanin. Le 14 avril, le Conseil de l'Ordre a décidé à l'unanimité de prolonger le mouvement. Plus de 130 barreaux en France sont concernés.

Palais de justice fermé aux audiences, désignations suspendues, robes noires rassemblées devant les marches : depuis le 7 avril 2026, le Barreau de Marseille est en grève générale. Le Conseil de l’Ordre avait voté le 2 avril, à l’unanimité, cette mobilisation d’une semaine contre le projet de loi SURE - pour « Sanction utile, rapide et effective » - porté par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, selon BFM Marseille.

Le texte, déposé au Sénat le 18 mars 2026 et examiné en séance publique les 13 et 14 avril, prévoit notamment l’instauration d’une procédure de plaider-coupable en matière criminelle. Objectif affiché du gouvernement : accélérer le temps judiciaire. Les avocats y voient une « justice au rabais » qui menace les droits de la défense, selon France 3 Provence-Alpes.

Une semaine de grève devenue illimitée

Dès le 3 avril, toutes les désignations civiles et pénales ont été suspendues. Une grève du zèle a suivi à partir du 7 avril dans les procédures impliquant la liberté des personnes et les mineurs, selon Made in Marseille. Le 13 avril, une journée nationale « justice morte » a réuni les avocats devant le palais de justice marseillais, en écho à l’examen du texte au Sénat ce même jour.

Le 14 avril au soir, le Conseil de l’Ordre a voté à l’unanimité la poursuite de la grève au-delà de la date initiale, selon le site officiel du Barreau de Marseille. Aucun calendrier de reprise n’a été communiqué à ce stade.

Un mouvement national d’ampleur inédite

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La mobilisation dépasse largement les Bouches-du-Rhône. Selon Capital, plus de 130 barreaux sur 163 ont voté une grève contre la réforme, représentant environ 45 000 avocats non parisiens. C’est près de trois fois plus qu’en mars 2025, où une cinquantaine de barreaux s’étaient mobilisés pour dénoncer l’engorgement des tribunaux - avec quelque 5 000 dossiers criminels en attente à l’époque, selon La Provence.

Christophe Bayle, président de la Conférence des bâtonniers, a alerté sur les conséquences pour les victimes. Dans Le Monde, il a déclaré : « C’est parce que la voix des victimes a été entendue que la société a su se mobiliser ces dernières années dans le cadre des violences faites aux femmes. » Un argument pour signifier que la procédure de plaider-coupable criminelle risque, selon les avocats, de marginaliser cette parole.

Prochaine étape : le Sénat, puis l’Assemblée

Les débats au Sénat se poursuivent. Selon Vie-publique.fr, une adoption avant le 14 juillet 2026 est envisagée, avant un examen à l’Assemblée nationale. Les dispositions relatives aux citoyens assesseurs, autre volet contesté du texte, entreraient en vigueur le 1er janvier 2027. Du côté du Barreau de Marseille, la décision de reprendre ou non les audiences dépendra de l’évolution du texte législatif. Aucune négociation formelle n’a été annoncée à ce jour.

Sources

Alexandre Santini

Alexandre Santini

Basé à Marseille, couvre les quartiers Nord, la politique municipale, les chantiers du Grand Port et les tensions sur la propreté urbaine. Formé au CFJ, il a travaillé en télé locale avant de rejoindre la rédaction web. Posture : ne jamais dépendre des communiqués de la mairie, aller dans les cités, interroger les associations, croiser les budgets et les promesses électorales.

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