Nîmes : la mairie veut plafonner les Airbnb à 90 jours et renforcer les contrôles
Face à 3 400 logements meublés touristiques, soit trois fois la capacité hôtelière, la ville envisage plusieurs mesures pour freiner la progression.
La mairie de Nîmes a ouvert en mai-juin 2026 le dossier de régulation des meublés touristiques de type Airbnb. Parmi les pistes abaisser le plafond annuel à 90 jours, renforcer les contrôles des déclarations et cibler le centre historique pour les nuisances.
L’essentiel
- 3 400 logements : Nîmes compte environ 3 400 meublés touristiques type Airbnb en 2026, représentant 6 800 à 7 000 chambres, contre 900 en 2019.
- 3 fois l’offre hôtelière : ce parc dépasse désormais trois fois la capacité hôtelière locale, estimée à 2 400 chambres.
- 90 jours envisagés : l’adjoint à l’urbanisme Pierre Jaumain propose d’abaisser le plafond des résidences principales de 120 à 90 jours par an, option permise par la loi Le Meur de novembre 2024.
- 1 100 logements sur 200 propriétaires : selon l’Umih 30, 1 100 des 3 400 logements appartiennent à 200 personnes ; le plus gros propriétaire en détient 19.
- Potentielle délibération en 2027 : des mesures concrètes pourraient être adoptées pour la saison 2027, après concertation avec les professionnels du secteur.
Une croissance sans précédent depuis 2019
En sept ans, le parc de meublés touristiques nîmois a été multiplié par près de quatre. En 2019, environ 900 logements étaient enregistrés. En 2026, selon Midi Libre et France Bleu Gard-Lozère, ce chiffre atteint 3 400 logements, soit l’équivalent de 6 800 à 7 000 chambres. À titre de comparaison, l’ensemble des hôtels et résidences de tourisme de la ville offre environ 2 400 chambres.
Cette progression place Nîmes dans une situation que la municipalité qualifie de déséquilibrée. L’adjoint au tourisme Laurent Mespoulet a déclaré en mai 2026 que la mairie avait décidé d’« ouvrir le dossier », selon France Bleu Gard-Lozère.
Les mesures envisagées par la mairie
Plusieurs pistes ont été exposées publiquement par Pierre Jaumain, adjoint à l’urbanisme, dans les colonnes de Midi Libre début juin 2026.
Première mesure envisagée : abaisser le plafond de location des résidences principales de 120 à 90 jours par an. La loi Le Meur, promulguée en novembre 2024, autorise les maires à prendre cette décision par délibération motivée, dès lors que la commune est en situation de tension sur le marché locatif. Nîmes n’a pas encore formellement délibéré en ce sens.
Deuxième axe : renforcer les contrôles sur les déclarations obligatoires. La déclaration des meublés de tourisme auprès de la Ville est déjà requise via une plateforme en ligne, avec numéro d’enregistrement obligatoire pour toute annonce. Mais le respect de cette obligation n’est pas systématiquement vérifié.
Troisième piste, pour les résidences secondaires : une règle de compensation de type « 1 pour 1 » (transformation d’un local commercial en logement pour chaque meublé touristique créé) ou une contribution financière. Ces dispositifs existent déjà dans plusieurs communes classées en zone tendue. À Nîmes, aucune mesure de ce type n’est confirmée à ce stade.
L’Écusson en ligne de mire pour les nuisances
La mairie identifie le quartier de l’Écusson, centre historique de Nîmes, comme zone prioritaire d’intervention. Les nuisances pointées : dépôts sauvages d’ordures ménagères, prolifération des boîtes à clés sur les façades. L’adjoint Mespoulet a indiqué que les contrôles se concentreront d’abord sur ce secteur.
L’Umih 30 - syndicat des hôteliers, restaurateurs et cafetiers du Gard - pousse dans le même sens. Son secrétaire général Frédéric Sanchez dénonce une concurrence qu’il juge déloyale : les plateformes de location courte durée ne seraient pas soumises aux mêmes obligations fiscales (TVA, taxe de séjour) que les établissements hôteliers traditionnels. Les contacts entre la mairie et l’Umih 30 sont décrits comme « positifs » par les deux parties, selon Midi Libre.
Contexte dans le Gard
Le Gard est un département à fort attrait touristique : Nîmes, les Cévennes, le Pont du Gard. La pression sur le parc résidentiel dans les centres-villes touristiques y est documentée depuis plusieurs années. Nîmes, préfecture de département avec environ 150 000 habitants, concentre une part importante de l’offre locative courte durée du Gard.
La progression des meublés touristiques à Nîmes s’inscrit dans une tendance nationale. La loi Le Meur de novembre 2024 a précisément été conçue pour donner aux maires des outils de régulation supplémentaires : abaissement possible du plafond à 90 jours, faculté pour les copropriétés d’interdire les meublés touristiques à la majorité des deux tiers. Plusieurs villes de taille comparable - notamment en zone côtière ou montagnarde - ont déjà activé ces dispositifs. Nîmes n’a pas encore franchi ce pas.
La dynamique touristique du Grand Sud renforce la pression sur les centres-villes, Nîmes ne faisant pas exception dans ce contexte régional.
Un calendrier encore incertain
Aucune date de délibération n’a été annoncée. La mairie évoque une concertation interne et avec les professionnels avant toute décision. Une éventuelle délibération visant la saison 2027 est mentionnée comme horizon probable par les deux adjoints concernés, selon les sources consultées.
La procédure de déclaration obligatoire, elle, est d’ores et déjà en vigueur sur le site officiel de la Ville. Son renforcement opérationnel - par des contrôles plus systématiques - constitue la première étape que la municipalité entend concrétiser à court terme.