PFAS dans les Ardennes : des bovins testés positifs, la chaîne alimentaire menacée
Des carcasses de bovins élevés dans les Ardennes révèlent une contamination aux polluants éternels issue de l'épandage de boues de papeterie.
Après l'eau potable, la viande. Des bovins élevés dans les Ardennes ont été testés positifs aux PFAS, selon des informations révélées par Mediapart le 28 avril 2026. La contamination trouve son origine dans des décennies d'épandage de boues industrielles sur des terres agricoles.
Les « polluants éternels » contaminent désormais les carcasses de bovins des Ardennes. C’est ce que révèle Mediapart ce 28 avril 2026, après des mois d’une crise sanitaire qui avait d’abord frappé l’eau du robinet. L’origine est identifiée : des boues issues de la papeterie Stenpa d’Ahlstrom, implantée à Stenay (Meuse) et fermée fin 2024, ont été épandues sur des terres agricoles ardennaises de 1994 à 2022.
Des sols entre 20 et 200 fois au-dessus des normes
L’ampleur de la pollution est documentée. Selon des analyses publiées en février 2026 par des journalistes indépendants, 356 000 tonnes de boues contaminées ont été déversées sur au moins 2 700 hectares répartis dans 44 communes des Ardennes et de la Meuse. Les concentrations de PFAS relevées dans les sols agricoles sont 20 à 200 fois supérieures aux niveaux habituellement observés en France, selon LCP. À Villy, l’eau du robinet a atteint 2 729 ng/L, soit 27 fois la limite européenne de 100 ng/L - un record national, selon le laboratoire Casc4de.
Dès le 4 juillet 2025, la préfecture des Ardennes avait interdit la consommation d’eau du robinet dans 12 communes, affectant 2 800 habitants. L’interdiction avait été étendue à La Ferté-sur-Chiers le 1er août 2025. L’ARS Grand Est et la préfecture coordonnent depuis une cellule de suivi impliquant l’Agence de l’eau, le Conseil départemental et les communes concernées. Cette crise des PFAS, dont la facture nationale pourrait atteindre 1 700 milliards d’euros d’ici 2050 selon des estimations gouvernementales, touche ici un territoire rural de plein fouet.
Plaintes déposées, épandages suspendus
Les réponses institutionnelles se sont accumulées depuis l’été 2025. Le 16 septembre, la préfecture a interdit l’épandage de boues de stations d’épuration et industrielles sur toutes les aires d’alimentation en eau potable du département. Un second arrêté préfectoral, le 1er octobre 2025, a suspendu temporairement tout épandage de boues et digestats en zones de captage dans l’ensemble du département, selon la chambre d’agriculture des Ardennes.
Sur le plan judiciaire, six communes des Ardennes, dont Haraucourt, ont déposé plainte contre X le 6 avril 2026 pour mise en danger de la vie d’autrui et pollution de l’eau, selon France Info. Elles dénoncent une gestion irrégulière de déchets et le non-respect des plans d’épandage entre 2000 et 2026. Leur démarche s’appuie notamment sur les enquêtes menées par Disclose et France 3 Champagne-Ardenne.
L’élevage dans l’incertitude
La confirmation de PFAS dans des carcasses bovines élargit le périmètre de la crise à la chaîne alimentaire. Viande et produits laitiers sont désormais dans le viseur. Les autorités n’ont pas encore précisé à ce stade quelles exploitations sont concernées ni les mesures envisagées pour les éleveurs touchés. La surveillance de l’ARS se poursuit, avec un accompagnement prévu pour les collectivités devant trouver de nouveaux captages ou mettre en place des traitements adaptés. Dans les Ardennes comme ailleurs, la question de la sécurité sanitaire des filières agricoles locales reste entière face aux contaminations persistantes.
Les investigations sur l’origine précise des épandages passés sont toujours en cours.
Sources
- Mediapart : PFAS dans les Ardennes : après l'eau, les produits agricoles contaminés
- ARS Grand Est : PFAS dans l'eau : la situation dans les Ardennes
- France Info : Pollution des sols aux PFAS : six communes des Ardennes portent plainte contre X
- Disclose : PFAS : nos analyses exclusives dévoilent une contamination omniprésente dans les Ardennes et la Meuse