Piégé par une IA en live : un ex-responsable sportif de Haute-Saône en garde à vue
Dominique Bouvet, 66 ans, récidiviste condamné en 2025, a été confondu par le tiktokeur Finnyzzy via un avatar IA simulant une adolescente de 14 ans
En Haute-Saône, un ancien directeur départemental de l'UNSS a été piégé le 12 mai 2026 lors d'un live TikTok par un 'chasseur de pédocriminels' utilisant une intelligence artificielle. Placé en garde à vue le lendemain à Vesoul, le procureur Arnaud Grécourt a ouvert une enquête pénale. L'affaire relance le débat sur la légalité de ces pratiques citoyennes.
En Haute-Saône, un ancien directeur départemental de l’UNSS a été piégé le 12 mai 2026 lors d’un live TikTok par un ‘chasseur de pédocriminels’ utilisant une intelligence artificielle. Placé en garde à vue le lendemain à Vesoul, le procureur Arnaud Grécourt a ouvert une enquête pénale. L’affaire relance le débat sur la légalité de ces pratiques citoyennes.
L’essentiel
- 12 mai 2026 : Dominique Bouvet, 66 ans, ex-directeur de l’UNSS en Haute-Saône, piégé en live TikTok par le tiktokeur Finnyzzy via une IA simulant une adolescente de 14 ans.
- Récidiviste : Déjà condamné en janvier 2025 à 18 mois de prison avec sursis pour possession et diffusion d’images pédopornographiques et tentative de corruption de mineurs.
- 13 mai 2026 : Bouvet s’est présenté volontairement au commissariat de Vesoul ; garde à vue prolongée, domicile perquisitionné, cinq supports numériques saisis.
- Enquête ouverte : Le procureur Grécourt a retenu les qualifications de propositions sexuelles à une mineure de 15 ans via communications électroniques et sollicitation d’images pornographiques d’une mineure.
- Plus d’un million de vues sur les réseaux sociaux en moins d’une demi-journée, selon L’Est Républicain.
Un live TikTok, une IA et des avances explicites
Le 12 mai 2026, le tiktokeur Finnyzzy lance un live sur TikTok. Derrière l’écran : une adolescente apparente de 14 ans, visage et voix entièrement générés par intelligence artificielle. En face : Dominique Bouvet, 66 ans, retraité installé dans l’agglomération de Vesoul.
Selon L’Est Républicain et TF1 Info, qui ont tous deux couvert l’affaire, Bouvet tient rapidement des propos sexuels explicites. Il demande des ‘nudes’ et un baiser à ce qui n’est qu’un avatar numérique. L’échange est diffusé en direct devant les spectateurs du live. La vidéo dépasse le million de vues en moins d’une demi-journée.
Un profil bien connu des services judiciaires
Dominique Bouvet n’en est pas à sa première affaire. Il avait été condamné en janvier 2025 à 18 mois de prison avec sursis pour possession et diffusion d’images pédopornographiques ainsi que tentative de corruption de mineurs, selon TF1 Info et L’Est Républicain. À l’époque, il occupait encore les fonctions d’ancien directeur départemental de l’UNSS en Haute-Saône et de vice-président du Comité Départemental Olympique et Sportif (CDOS) du département.
Le CNOSF - Comité National Olympique et Sportif Français - a réagi à l’affaire en exprimant son « effroi », selon RMC/BFMTV. Le monde sportif local se retrouve une nouvelle fois associé à ce dossier.
Garde à vue, perquisition : la justice s’empare du dossier
Le 13 mai 2026, Dominique Bouvet s’est présenté volontairement au commissariat de Vesoul. Il a été placé en garde à vue, mesure prolongée dans la journée, rapporte RMC/BFMTV. Une perquisition a simultanément été conduite à son domicile. Les enquêteurs ont saisi un ordinateur, une tablette, des clés USB, un téléphone et une carte SD, selon TF1 Info.
Le procureur de la République de Vesoul, Arnaud Grécourt, a ouvert une enquête pour deux chefs : propositions sexuelles à une mineure de 15 ans via communications électroniques, et sollicitation de diffusion d’images pornographiques d’une mineure. L’analyse des supports numériques saisis devrait orienter la suite de la procédure.
La méthode Finnyzzy : efficace, mais contestée
Le tiktokeur Finnyzzy s’inscrit dans une pratique documentée depuis plusieurs années en France. Des collectifs de « chasseurs de pédocriminels » piègent des adultes en se faisant passer pour des mineurs en ligne, puis diffusent les échanges publiquement. Le Monde avait consacré en janvier 2023 un long reportage à ces groupes, les qualifiant de « justiciers ingérables ou citoyens vigilants ».
L’usage de l’IA pour générer un avatar crédible représente une évolution technique notable. Elle est aussi liée au essor des usages malveillants de l’IA en France, un phénomène qui touche désormais aussi bien les prédateurs que ceux qui cherchent à les confondre.
Sur le plan juridique, la pratique reste ambiguë. TF1 Info rappelle qu’elle peut être considérée illégale si elle entrave une enquête judiciaire en cours. Elle n’est pas encadrée par un texte spécifique. Les associations de protection de l’enfance la défendent pour sa réactivité face à des délits qui restent massivement sous-signalés. En l’espèce, le parquet de Vesoul a choisi d’ouvrir l’enquête sur la base des faits captés lors du live, sans mettre en cause publiquement la méthode du tiktokeur.
Des affaires similaires impliquant des violences sexuelles et leur traitement judiciaire alimentent régulièrement le débat sur l’adéquation des réponses pénales face à ces crimes.
Contexte en Haute-Saône
La Haute-Saône (département 70, préfecture Vesoul) compte environ 238 000 habitants. C’est un territoire rural où les faits divers d’ampleur nationale restent rares. L’affaire Bouvet est d’autant plus remarquée que le mis en cause était une figure locale du sport institutionnel, ancré dans des structures reconnues - UNSS, CDOS.
La préfecture de Haute-Saône avait déjà été amenée à intervenir sur des sujets de société ces derniers mois. Le département n’était pas jusqu’ici associé à ce type d’affaire médiatisée à l’échelle nationale.
Sur le fond, les chiffres nationaux donnent l’ampleur du problème. Selon le ministère de l’Intérieur, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles en France en 2025, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024, dont 58 % de mineurs. Aucune donnée spécifique à la Haute-Saône n’a été publiée à ce stade.
Antécédents : une condamnation ignorée ?
Le cas Bouvet illustre une question récurrente : que se passe-t-il après une condamnation avec sursis dans ce type d’affaire ? Condamné en janvier 2025 pour des faits graves - possession d’images pédopornographiques, diffusion, tentative de corruption de mineurs - , il était toujours actif en ligne seize mois plus tard. La peine avec sursis n’a visiblement pas mis fin aux comportements délictueux présumés. Ce point sera probablement au cœur du débat lors d’une éventuelle mise en examen.
L’analyse des supports numériques saisis déterminera si de nouveaux éléments s’ajoutent aux faits captés lors du live du 12 mai. Une mise en examen reste possible selon l’issue de la garde à vue et les conclusions de l’enquête ouverte par le parquet de Vesoul.
Sources
- TF1 Info : Un pédocriminel présumé piégé en direct grâce à l'IA, un échange glaçant et une méthode qui questionne
- L'Est Républicain : Piégé par une ado générée par IA : le pédophile présumé placé en garde à vue
- RMC/BFMTV : Garde à vue, perquisition du domicile... Dominique Bouvet s'est rendu à la police
- Le Monde : Justiciers ingérables ou citoyens vigilants : ces collectifs qui piègent les pédocriminels en ligne