« On n’entretient plus le textile, on consomme et on jette » : la gérante d’un pressing à Auch alerte sur le déclin du métier
Sophie Rolleau, cogérante du pressing Net et Press’ing à Auch (Gers), constate la disparition progressive des pressings dans le département, passés de 12 à 3 en trente ans, sous l’effet de la fast fashion et des normes environnementales.
Sophie Rolleau tient son pressing à Auch depuis près de trente ans. Elle témoigne de la raréfaction des commerces d’entretien textile dans le Gers, passés de douze à trois. En cause la fast fashion, l’essor de Vinted et des normes environnementales plus strictes.
L’essentiel
- 12 pressings dans le Gers en 1996 ; ils ne sont plus que 3 en 2026, selon Sophie Rolleau.
- 30 ans d’activité pour la cogérante de Net et Press’ing, situé dans la galerie Carrefour d’Auch.
- Prix des artisans écoresponsables décerné à l’établissement par la Chambre de métiers et de l’artisanat du Gers.
À Auch, la galerie commerciale Carrefour abrite encore un pressing. Derrière le comptoir, Sophie Rolleau, cogérante de Net et Press’ing depuis 1996, observe chaque jour l’érosion de son métier. Interrogée par La Dépêche du Midi, elle dresse un constat amer : « On était douze à l’époque, on n’est plus que trois aujourd’hui. »
Fast fashion et Vinted chamboulent les habitudes
Sophie Rolleau pointe une évolution des comportements. « On n’entretient plus le textile, on consomme et on jette », résume-t-elle. L’arrivée de la fast fashion et des plateformes comme Vinted a réduit la demande de nettoyage à sec ou de retouches. Les clients préfèrent remplacer un vêtement abîmé plutôt que de le faire réparer. Ce phénomène touche l’ensemble du secteur : la Fédération française des pressings et blanchisseries (FFPB) recense environ 5 900 établissements et 20 000 salariés en France, un chiffre en baisse régulière.
Des normes environnementales contraignantes
À ces mutations s’ajoutent des réglementations plus strictes. L’interdiction des solvants toxiques a obligé les professionnels à investir dans l’aquanettoyage, une technique moins polluante mais coûteuse. « Il a fallu se mettre aux normes, ce qui représente un effort financier important pour les petits artisans », explique Sophie Rolleau. Son pressing a d’ailleurs été récompensé par le prix des artisans écoresponsables, une initiative portée par la Chambre de métiers et de l’artisanat du Gers. L’épisode de canicule qui touche le Sud-Ouest n’arrange pas la fréquentation, les clients délaissant les centres commerciaux lors des fortes chaleurs.
Contexte dans le Gers
Dans le Gers, le nombre de pressings a chuté de 75 % en trente ans. Auch, préfecture de 22 000 habitants, compte aujourd’hui trois établissements spécialisés. Le département, essentiellement rural, voit ses commerces de proximité fragilisés par l’évolution des modes de consommation. Sophie Rolleau estime que la profession manque de reconnaissance. Elle plaide pour la création d’un label ou d’un diplôme officiel via la FFPB, afin de valoriser un métier artisanal en voie de disparition. Les départements limitrophes, comme le Tarn-et-Garonne, sont confrontés aux mêmes difficultés climatiques et économiques.
Un avenir incertain
Pour l’heure, Sophie Rolleau continue d’accueillir ses clients habituels, comme Danièle, venue de Monbardon. Mais elle confie son inquiétude : « Les jeunes ne connaissent même plus le pressing. » Sans une prise de conscience collective, le métier pourrait disparaître du paysage gersois dans les prochaines années.