Procès harcèlement sexuel : témoignages accablants contre l’ex-directeur de la cuisine centrale de Montpellier
Jugé pour des propositions indécentes liées à des promotions, Luc L. a nié les faits face à plus de quinze témoins à charge.
L'ex-directeur de la cuisine centrale de Montpellier, Luc L., comparaissait le 6 mai 2026 devant le tribunal correctionnel pour harcèlement sexuel envers trois salariées. Les témoignages entendus à l'audience dressent un tableau lourd propositions indécentes conditionnées à des avancements, propos sexistes répétés, pression constante. La procureure a requis six mois de prison avec sursis.
L’ex-directeur de la cuisine centrale de Montpellier, Luc L., comparaissait le 6 mai 2026 devant le tribunal correctionnel pour harcèlement sexuel envers trois salariées. Les témoignages entendus à l’audience dressent un tableau lourd : propositions indécentes conditionnées à des avancements, propos sexistes répétés, pression constante. La procureure a requis six mois de prison avec sursis.
L’essentiel
- Trois plaignantes : trois salariées placées sous l’autorité de Luc L. sont à l’origine des poursuites, pour des faits allégués en 2018, 2021 et 2023.
- Poste à responsabilité : Luc L. a dirigé la cuisine centrale et la politique alimentaire de Montpellier et sa Métropole de 2016 à 2024, avec environ 100 agents sous ses ordres.
- Plus de quinze témoins : agents et témoins ont décrit des comportements déplacés et propos sexistes lors de l’audience du 6 mai 2026, selon Midi Libre.
- Réquisition : la procureure Honorine Pourcelot a requis six mois de prison avec sursis.
- Accusations officialisées en 2023 : les plaintes formelles ont été déposées dans le cadre d’une affaire de harcèlement au sein de la mairie de Montpellier.
Une audience dense, des mots qui frappent
L’audience du 6 mai 2026 au tribunal correctionnel de Montpellier a duré plusieurs heures. Les trois plaignantes ont pris la parole. Selon Midi Libre, elles ont rapporté des phrases précises attribuées à leur supérieur hiérarchique direct. Parmi elles : « Pour la promotion, il faudra coucher » ou encore « Tu vas avoir deux amants, ton copain et moi ». Ces propos auraient été tenus en lien direct avec des perspectives d’avancement professionnel.
Les faits couvrent une période étendue : 2018, 2021 et 2023. Trois moments distincts, trois femmes différentes, toutes placées sous l’autorité directe de Luc L. Ce dernier supervisait alors une équipe d’environ cent agents au sein du service municipal.
Plus de quinze témoins à charge
Ce qui distingue ce dossier d’une opposition binaire accusé/plaignantes, c’est l’ampleur des témoignages indirects. Toujours selon Midi Libre, plus de quinze agents et témoins ont décrit lors de l’audience des comportements déplacés, des blagues à caractère sexiste, et une pression constante au sein du service. Ces récits corroborent les allégations des trois plaignantes sans en être les auteurs directs.
La procureure Honorine Pourcelot a appuyé sa réquisition sur cet ensemble. Elle a mis en avant le lien de subordination - élément constitutif aggravant en matière de harcèlement sexuel - et les propos sexistes documentés par plusieurs femmes. Sa demande : six mois de prison avec sursis.
La défense : une « haine » professionnelle
Face à ces témoignages, Luc L. a nié l’ensemble des faits. Selon Midi Libre, il a attribué les plaintes à une « haine » motivée par des décisions professionnelles qu’il aurait prises dans l’exercice de ses fonctions. Son avocate n’a pas eu l’occasion de s’exprimer publiquement en dehors de l’audience.
Luc L. a quitté son poste en 2024, après huit ans à la tête d’un service stratégique pour la collectivité : la cuisine centrale fournit les repas aux cantines scolaires et à d’autres structures de la Métropole de Montpellier. Les accusations avaient été officialisées dès 2023, selon La Glorieuse et Midi Libre.
Contexte dans l’Hérault
Cette affaire n’est pas isolée dans le paysage administratif local. En mars 2024, une plainte pour harcèlement sexuel avait été déposée contre le chef de service d’une communauté de communes de l’Hérault, selon France 3 Régions. En 2020, un pré-rapport à l’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier (ENSAM) avait révélé de nombreux cas de harcèlement moral et sexuel au sein de l’établissement, avec des comportements à connotation sexuelle signalés par le personnel, rapportait Midi Libre à l’époque.
Ces affaires dessinent un schéma récurrent : des relations hiérarchiques asymétriques, un service public comme cadre, des victimes qui tardent à porter plainte. À l’échelle nationale, en 2024, 85 % des victimes de harcèlement sexuel, d’exhibition sexuelle ou d’envoi d’images non sollicitées sont des femmes, selon les statistiques publiées par le gouvernement dans sa lettre sur les violences sexistes et sexuelles de novembre 2025.
La question de la gestion interne par la mairie de Montpellier - comment les alertes ont été traitées entre 2018 et 2023 - n’a pas été abordée publiquement à ce stade. La collectivité n’a pas communiqué sur ce point selon les sources disponibles.
Des enjeux qui dépassent le service
La cuisine centrale de Montpellier est un service municipal de taille : avec une centaine d’agents, elle assure la production de repas à grande échelle pour la ville et la Métropole. Que son directeur, en poste pendant huit ans, soit aujourd’hui jugé pour harcèlement sexuel soulève des questions sur le fonctionnement des dispositifs de signalement internes.
Les plaintes formelles n’ont été déposées qu’en 2023, alors que les premiers faits allégués remonteraient à 2018. Cet écart de cinq ans entre les premiers éléments et la saisine judiciaire est fréquent dans ce type d’affaires, notamment lorsque l’auteur présumé est le supérieur hiérarchique direct - situation qui caractérise précisément ce dossier.
La problématique du harcèlement dans les administrations locales fait l’objet d’une attention croissante. Des dispositifs comme les plateformes d’accueil spécialisées ou les cellules de signalement internes restent inégalement déployés selon les collectivités.
La suite de la procédure
Aucune date de délibéré n’a été annoncée publiquement à l’issue de l’audience du 6 mai 2026, selon Midi Libre. Le tribunal correctionnel de Montpellier rendra sa décision à une date non précisée. Luc L. encourt jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour harcèlement sexuel en droit français, la procureure ayant requis six mois avec sursis.
Les trois plaignantes, dont les noms n’ont pas été rendus publics, sont représentées par leurs conseils respectifs. Le délibéré permettra de savoir si le tribunal suit ou non les réquisitions du parquet.
Sources
- Midi Libre : "Pour la promotion, il faudra coucher" : l'ex-directeur de la cuisine centrale de Montpellier jugé pour harcèlement sexuel
- La Glorieuse : Harcèlement sexuel à la mairie de Montpellier, c'est pas grave
- France 3 Régions Occitanie : Harcèlement sexuel : une plainte déposée contre le chef de service d'une communauté de communes
- Gouvernement français / Arrêtons les violences : Lettre sur les violences sexistes et sexuelles – novembre 2025