Pyrénées-Orientales : bras de fer environnemental et juridique autour du projet de retenue collinaire des Angles
Autorisé par la préfecture en octobre 2025, le bassin de 113 000 m³ doit sécuriser l’enneigement de la station. Opposants et défenseurs s’affrontent sur les impacts écologiques et économiques.
Le projet de retenue collinaire du Roc d’Aude aux Angles (Pyrénées-Orientales) cristallise les tensions. Autorisé par arrêté préfectoral le 8 octobre 2025, il oppose élus locaux, soucieux de préserver 1 200 emplois, et associations environnementales qui dénoncent une atteinte à la zone Natura 2000.
L’essentiel
- 113 000 m³ : capacité de la retenue collinaire autorisée le 8 octobre 2025 par la préfecture des Pyrénées-Orientales.
- 5,5 M€ : coût estimé du projet, dont 1,8 M€ déjà attribués en marchés publics.
- 5 recours : nombre de recours juridiques engagés par les opposants, dont un référé-suspension le 14 avril 2026.
- Manifestation : rassemblement contre le projet le 28 juin 2026 aux Angles.
Le projet de retenue collinaire du Roc d’Aude, dans la station de ski des Angles (Pyrénées-Orientales), suscite un vif débat depuis son autorisation préfectorale en octobre 2025. D’un côté, le maire Michel Poudade défend un équipement nécessaire à la survie économique de la station. De l’autre, un collectif d’associations dénonce un impact environnemental en zone Natura 2000 et conteste la procédure.
Ce que prévoit le projet
La retenue collinaire, d’une capacité de 113 000 m³, doit être creusée au sommet du Roc d’Aude. Elle est destinée à alimenter le réseau de neige de culture de la station des Angles, qui peine à garantir un enneigement suffisant face au réchauffement climatique. Selon la mairie, le chantier représente un investissement de 5,5 millions d’euros. Les premiers marchés publics de travaux, attribués par la commune, s’élèvent à environ 1,8 million d’euros (source : macellum.fr).
Le 4 septembre 2025, le conseil municipal a validé un échange de terrains avec l’Office national des forêts : 34 hectares de forêt communale contre 6 hectares de parcelles domaniales, afin d’implanter l’ouvrage (source : GreenVoice). La préfecture a ensuite délivré l’autorisation le 8 octobre 2025.
Pour le maire, un enjeu économique vital
Le maire des Angles, Michel Poudade, justifie le projet par la nécessité de sécuriser l’enneigement de la station pour les trente prochaines années. Il estime que 1 200 emplois directs et indirects dépendent de l’activité touristique hivernale. « Sans neige, c’est toute une économie locale qui s’effondre », a-t-il déclaré à France 3 Occitanie. Les élus locaux et la majorité des commerçants de la station soutiennent le projet, y voyant un outil de pérennisation face au déclin de l’enneigement naturel.
Dans un département où le tourisme représente un poids économique important, la question de l’emploi est centrale. À titre de comparaison, d’autres secteurs du département connaissent aussi des tensions sur le maintien de l’activité, comme en témoigne la situation des Girondins de Bordeaux, dont l’avenir sportif est suspendu à un vote de la DNCG (lire notre article).
Les opposants montent au créneau
Plusieurs associations de protection de l’environnement (FRENE 66, Mountain Wilderness, Collectif eau 66) contestent frontalement le projet. Elles dénoncent « une mégabassine » en zone Natura 2000, sans étude d’impact préalable suffisante selon elles. « Le Roc d’Aude est un espace sensible, riche en biodiversité. Creuser un bassin de 113 000 m³ à cet endroit est un saccage écologique », affirment-elles dans un communiqué relayé par Mountain Wilderness.
Les opposants ont engagé quatre recours devant le tribunal administratif de Montpellier, dont un référé-suspension le 14 avril 2026, après avoir constaté le début d’opérations de déneigement sur le site (source : France 3 Occitanie). Ils ont également saisi le Conseil d’État. Le 28 juin 2026, une manifestation a rassemblé plusieurs dizaines de militants aux Angles, à l’appel du collectif (source : ouillade.eu).
Contexte dans les Pyrénées-Orientales
Les Pyrénées-Orientales sont confrontées à une sécheresse chronique et à un recul de l’enneigement en moyenne montagne. Le département compte plusieurs stations de ski (Les Angles, Font-Romeu, Formiguères) qui investissent massivement dans la neige de culture. Le projet du Roc d’Aude s’inscrit dans cette stratégie, mais il est aussi un des plus contestés. La pression sur la ressource en eau et la préservation des zones Natura 2000 (le site abrite des espèces protégées comme le grand tétras) alimente le conflit. Selon l’INSEE, le tourisme représente environ 12 % de l’emploi salarié dans le département.
Une bataille juridique en cours
Au-delà des manifestations, le bras de fer se joue devant les tribunaux. Les recours des associations contestent la légalité de l’autorisation préfectorale, notamment l’absence d’étude d’impact et le non-respect des règles Natura 2000. Le référé-suspension du 14 avril 2026 demandait l’arrêt immédiat des travaux préparatoires. À ce stade, aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue. Le maire, de son côté, maintient que tous les feux sont au vert sur le plan réglementaire et que les travaux se poursuivront.
Dans un département marqué par des épisodes climatiques extrêmes, comme récemment dans les Landes où près de 50 hectares de forêt ont brûlé après des orages (lire notre article), la question de la gestion de l’eau et des aménagements en montagne est plus que jamais sensible.
Prochaine étape
L’audience au fond devant le tribunal administratif de Montpellier devrait se tenir dans les prochains mois. En attendant, les travaux préparatoires sont suspendus ? Non, ils se poursuivent, selon la mairie. Les opposants annoncent de nouvelles actions si la justice ne leur donne pas raison. Le débat promet de durer.