Reprise sous tension à l’usine Lustucru de Saint-Genis-Laval après la mort d’un intérimaire
L'activité a repris ce 23 avril sous haute surveillance, cinq jours après le décès d'un jeune de 22 ans happé par un laminoir.
L'usine Lustucru Frais de Saint-Genis-Laval (Rhône) a relancé sa production ce matin, après cinq jours d'arrêt suite à la mort d'un intérimaire de 22 ans. Le drame, survenu dans la nuit du 17 au 18 avril, a provoqué une enquête pour homicide involontaire et des accusations de conditions de travail dangereuses.
Une reprise progressive sous contrôle
Les machines de l’usine Lustucru Frais ont redémarré ce jeudi 23 avril à 5 heures, après validation de l’inspection du travail obtenue mardi. Selon Le Progrès, la reprise se limite dans un premier temps au nettoyage et à la production de farces, sous surveillance accrue des équipes de sécurité. Les 150 salariés, placés en chômage technique depuis l’accident, ont été informés des nouvelles mesures lors d’une réunion hier après-midi.
Une cellule psychologique reste présente sur site jusqu’à fin avril, avec une psychologue dédiée et une ligne d’écoute disponible 24 heures sur 24. La CGT a rappelé aux employés leur droit de retrait s’ils ne se sentent pas prêts à reprendre, sans risque de sanction financière. Un dispositif similaire avait été mis en place en 2025 dans une usine du Nord après un accident grave.
Un drame qui relance le débat sur l’intérim
Le jeune intérimaire de 22 ans est décédé dans la nuit du 17 au 18 avril, happé par un laminoir à pâtes qu’il nettoyait seul. Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour homicide involontaire par personne morale, confiée à la gendarmerie de Saint-Genis-Laval et à la DDETS du Rhône. Selon Lyon Capitale, la CGT dénonce des cadences élevées et un recours excessif à l’intérim, qualifiant le drame d’« exploitation capitaliste ».
La direction de Lustucru Frais a exprimé sa « profonde tristesse » tout en réaffirmant que « la sécurité de nos collaborateurs est une priorité absolue ». Aucune date n’a encore été fixée pour l’audience, l’enquête s’annonçant longue. Ce décès s’inscrit dans une hausse nationale des accidents mortels au travail, avec 764 cas enregistrés en 2024, contre 759 en 2023.
Contexte : une usine sans précédent mortel
L’usine Lustucru de Saint-Genis-Laval n’avait jamais connu d’accident mortel de ce type auparavant. En 2024, une inspection de la DDETS avait pourtant pointé des manquements mineurs en matière de sécurité, rapidement corrigés selon la direction. Le recours à l’intérim pour les postes de nuit, comme celui occupé par la victime, est une pratique courante dans l’agroalimentaire, mais souvent critiquée pour son manque de formation spécifique.
La reprise de l’activité intervient alors que les syndicats préparent une mobilisation nationale pour le 1er mai, avec une attention particulière portée sur les conditions de travail dans l’industrie. Les enjeux de sécurité au travail sont devenus un sujet central des débats politiques locaux.
Et maintenant ?
L’enquête judiciaire se poursuit sans calendrier précis. La direction de Lustucru a annoncé une revue complète des protocoles de sécurité, avec une première évaluation prévue fin mai. Les salariés seront consultés sur les mesures à mettre en place, tandis que la CGT envisage des actions en justice pour faire reconnaître la responsabilité de l’entreprise.
Sources
- Le Progrès : Après le décès d’un jeune intérimaire, le travail reprend à l’usine Lustucru de Saint-Genis-Laval
- Lyon Capitale : Mort au travail chez Lustucru près de Lyon : un drame "de l'exploitation capitaliste", dénonce la CGT
- BFMTV Lyon : INFO BFM LYON. Mort d'un ouvrier de Lustucru : le site a rouvert ce jeudi, l'activité va reprendre
- France 3 Régions : Il nous faudra comprendre comment un tel drame a été rendu possible après l'accident dans une usine Lustucru : la direction s'exprime