Saint-Denis : le préfet recadre Bally Bagayoko après le retrait du portrait de Macron
Le préfet de Seine-Saint-Denis a adressé un courrier au maire LFI le 6 mai, lui demandant de rétablir une tradition sans obligation légale.
Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis depuis mars 2026, a retiré le portrait d'Emmanuel Macron de son bureau le 4 mai en guise de protestation contre les inégalités. Le préfet Julien Charles lui a répondu deux jours plus tard par courrier, lui demandant de le raccrocher au nom de la tradition républicaine.
Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis depuis mars 2026, a retiré le portrait d’Emmanuel Macron de son bureau le 4 mai en guise de protestation contre les inégalités. Le préfet Julien Charles lui a répondu deux jours plus tard par courrier, lui demandant de le raccrocher au nom de la tradition républicaine.
L’essentiel
- 4 mai 2026 : Bally Bagayoko retire le portrait d’Emmanuel Macron de son bureau à la mairie de Saint-Denis et le place « dans un coin ».
- 6 mai 2026 : Le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, lui adresse un courrier lui demandant de rétablir le portrait, invoquant « un usage consacré par la tradition républicaine ».
- Pas d’obligation légale : Un amendement voté le 11 mai 2023 à l’Assemblée nationale rendant l’affichage obligatoire n’a jamais été examiné au Sénat et n’est pas en vigueur.
- 50,77 % : score de Bagayoko au premier tour des municipales du 15 mars 2026, face au socialiste sortant Matthieu Hanotin.
- 28,5 % : taux de pauvreté à Saint-Denis selon l’INSEE (2023), soit le double de la moyenne nationale (14,6 %).
Un portrait retourné contre le mur
Le 4 mai 2026, Bally Bagayoko décroche le portrait officiel d’Emmanuel Macron de son bureau à l’hôtel de ville de Saint-Denis. Il le retourne face au mur. Le geste est délibéré et assumé publiquement.
Le maire justifie sa décision dans une déclaration rapportée par le JDD : « Le portrait d’Emmanuel Macron est décroché et retourné dans un coin. Ce n’est pas un manquement républicain. Le manquement républicain est du côté de l’État, qui ne corrige pas les inégalités. »
Bagayoko pointe les conditions sociales de sa ville. Saint-Denis affiche un taux de pauvreté de 28,5 % selon l’INSEE, soit plus du double de la moyenne nationale de 14,6 %. C’est le terreau sur lequel il a construit sa campagne.
La réponse du préfet, ferme mais sans sanction
Le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, ne laisse pas passer. Il adresse un courrier au maire le 6 mai 2026 - deux jours après le geste. Il lui demande de raccrocher le portrait.
Dans ce courrier, le préfet rappelle que l’affichage constitue « un usage consacré par la tradition républicaine », destiné à « rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques », selon le JDD et Le Parisien. La préfecture précise que le geste de Bagayoko « contrevient à cet usage bien établi ».
Aucune sanction légale n’est mentionnée dans le courrier préfectoral. La raison est simple : l’obligation n’existe pas en droit.
L’affichage du portrait du chef de l’État dans les mairies est une tradition initiée sous Adolphe Thiers entre 1871 et 1873, selon France Culture. Un amendement voté le 11 mai 2023 à l’Assemblée nationale aurait pu en faire une obligation légale. Il n’a jamais été examiné par le Sénat. En 2026, aucun texte de loi ne contraint un maire à accrocher ce portrait.
Un élu fraîchement installé, déjà en tension avec l’État
Bally Bagayoko a remporté les municipales du 15 mars 2026 dès le premier tour avec 50,77 % des voix sous étiquette LFI-PCF, selon les données recoupées par Wikipedia et Le Figaro. Il bat le maire socialiste sortant Matthieu Hanotin. C’est la première fois que LFI s’impose dans une ville de plus de 100 000 habitants.
La campagne avait été tendue. Des accusations de pressions aux abords des bureaux de vote et des appels à « éteindre Hanotin » sur les réseaux sociaux avaient été rapportés par La Province et Le Monde.
Après l’élection, Bagayoko avait été ciblé par des attaques racistes. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Emmanuel Macron lui avait apporté un soutien le 14 avril lors d’une rencontre à Saint-Denis, en marge d’un concert des maisons d’éducation de la Légion d’honneur - un soutien qualifié de « tardif » par le maire lui-même, selon L’Humanité et Le Monde.
La coexistence entre les deux hommes était donc déjà compliquée avant le 4 mai. Ce conflit sur le portrait s’inscrit dans cette relation tendue entre le nouveau maire et les représentants de l’État. On note par ailleurs que la mise en demeure préfectorale avait déjà été anticipée dans nos colonnes.
Un précédent en 2017, déjà sans suite judiciaire
Ce type de geste est rare. En 2017, le maire de Grand-Failly (Meurthe-et-Moselle) avait coupé un tiers du portrait de Macron pour protester contre les baisses de dotations. L’indignation du sous-préfet n’avait débouché sur aucune sanction, selon Ouest-France et RMC/BFMTV.
Le cadre légal n’a pas changé depuis. Sans texte contraignant, la préfecture ne dispose que d’un levier moral : rappeler la tradition. Ce qu’elle a fait.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
Saint-Denis est la deuxième ville d’Île-de-France par la population, avec environ 150 000 habitants. C’est un territoire historiquement ancré à gauche, longtemps tenu par le Parti communiste, puis par le PS avec Hanotin. L’arrivée de LFI à la tête de la ville marque une rupture dans l’équilibre politique local.
Le département 93 concentre certains des indicateurs sociaux les plus dégradés de France métropolitaine. Le taux de pauvreté de 28,5 % à Saint-Denis - source INSEE 2023 - est le chiffre brandi par Bagayoko pour justifier son geste. C’est aussi le département où le parquet de Bobigny a récemment mobilisé des moyens spéciaux contre les infractions routières et les violences, signe d’une pression institutionnelle élevée dans le 93.
La relation entre les élus locaux et la préfecture de Seine-Saint-Denis est structurellement sous tension. La question des dotations de l’État, des moyens alloués aux collectivités pauvres et de la représentation symbolique des institutions nationales se rejoignent ici dans un conflit de quelques jours. D’autres territoires connaissent des frictions similaires : à La Réunion, les maires sont aussi en rébellion contre l’État sur les contrats aidés.
Aucune réponse publique de Bagayoko au courrier préfectoral
À la date du 6 mai 2026, aucune réaction publique de Bally Bagayoko au courrier de Julien Charles n’a été recensée dans les sources disponibles. Le portrait est toujours, à ce stade, « dans un coin » selon ses propres termes.
La préfecture n’a pas annoncé de mesure complémentaire. Le prochain conseil municipal de Saint-Denis, prévu selon Le Figaro fin mai 2026, pourrait constituer un nouveau terrain d’affrontement sur ce dossier - mais aucune date ni ordre du jour n’ont été officiellement communiqués à ce stade.
Sources
- Le JDD : Saint-Denis : le préfet recadre le maire LFI Bally Bagayoko après le retrait du portrait de Macron
- Le Parisien : Le préfet de Seine-Saint-Denis demande à Bally Bagayoko de raccrocher le portrait d'Emmanuel Macron dans son bureau
- RMC/BFMTV : Le portrait de Macron décroché à Saint-Denis : afficher le portrait du président est-il une obligation ?
- CNews : «Votre geste contrevient à la tradition républicaine» : Bally Bagayoko recadré par le préfet